Présentée ce lundi, l’édition 2026 du Retail Report dresse le bilan d’un secteur en pleine mutation.
Quelle est la situation du commerce au Luxembourg? Lundi, le ministre de l’Économie, Lex Delles, a présenté, aux côtés de Tom Baumert, président du GIE Observatoire national des PME et directeur de la Luxembourg Confederation, et de la directrice de l’entrepreneuriat à la Chambre de commerce, Stéphanie Damgé, la nouvelle édition du Retail Report, soit l’analyse approfondie du commerce de détail et du secteur de l’Horeca.
Première conclusion : la surface de vente par habitant est en recul. D’après le rapport, à la fin du troisième trimestre 2025, elle s’élevait à près de 1,09 million de mètres carrés, soit une moyenne de 1,58 m² par habitant. Cet indicateur permettant de mesurer la saturation du marché a atteint son niveau le plus bas depuis le début des relevés du cadastre du commerce en 2019. À cette date, la moyenne était de 1,69 m² (-6,6 %). «Cela peut s’expliquer, entre autres, par la croissance continue du commerce en ligne qui, en raison de son besoin moindre en surface, augmente la pression sur les surfaces de vente classiques existantes», explique l’Observatoire des PME dans le Retail Report.
Pour Lex Delles, la montée de l’e-commerce n’en est pas pour autant un fait inquiétant, mais une «réalité» qui peut être complémentaire au commerce classique. «Beaucoup de personnes consultent sur internet et se déplacent ensuite dans les magasins pour acheter un produit, car ils ont encore besoin du service client», note-t-il.
La mode en difficulté
Si certains secteurs s’en sortent, d’autres dégringolent en raison du développement du commerce en ligne. C’est le cas notamment de la branche mode et beauté. Depuis 2019, ses points de vente ont enregistré une baisse de 12 %. Les plateformes de la fast fashion comme Shein ou Temu seraient-elles responsables de cette situation? Pour Tom Baumert, le directeur de la Luxembourg Confederation (l’ancienne clc), ces sites ou d’autres peuvent, en effet, concurrencer les commerces traditionnels.
«Là où il y a une compétition avec internet, les marges des établissements peuvent diminuer. Il y a aussi la question du renouvellement. C’est plus facile de se réinventer quand la structure est plus grande (…). Pour les plus petites, qui sont de plus en plus nombreuses à disparaître, c’est forcément plus difficile», explique-t-il. Si cette tendance s’observe depuis 2019 pour la mode, un autre secteur pourrait être concerné dans les années à venir. «Le prochain, c’est l’ameublement. Les consommateurs achètent de plus en plus sur internet, notamment les jeunes générations», précise-t-il.
Les magasins internationaux en plein boom
À l’inverse des enseignes de mode, les commerces alimentaires sont en pleine expansion. Avec plus de 110 points de vente supplémentaires depuis 2019, ce secteur a également observé une augmentation de 12 % de sa surface de vente. Et parmi les gagnants de ce secteur, on trouve les supermarchés hard discount. Au cours des six dernières années, leur surface de vente a augmenté de 39,4 %.
Pour Tom Baumert, ce n’est pas l’inflation ou la situation économique qui ont poussé ces distributeurs à investir au Grand-Duché. «Les décisions ont été prises bien avant (…). Souvent parce que des grands groupes y voyaient un potentiel et qu’il y avait un besoin de proposer ce type de commerce au Luxembourg», souligne-t-il.
Le nombre de commerces spécialisés dans l’alimentation internationale est également en progrès (+31% depuis 2019). «C’est une vraie tendance», note Tom Baumert. Une évolution qui peut s’expliquer par la mixité culturelle grandissante du Luxembourg et le dynamisme démographique de certaines communautés de résidents. «C’est quelque chose que l’on observe surtout dans les centres-villes et dans des communes comme Esch, Luxembourg ou Dudelange», poursuit-il.
Du côté du secteur de l’Horeca, les fast-foods se sont multipliés. Leur nombre a augmenté de 43 % depuis 2019 (389 établissements au total). Cette tendance avait déjà été mise en avant lors de l’édition 2025 du Retail Report. Elle s’est poursuivie au cours des douze derniers mois. Par contre, les bars, cafés, bistrots et glaciers affichent, eux, un recul d’environ 9,2 % du nombre d’établissements.
Recul du taux de vacance
Les commerces des centres-villes sont-ils toujours attractifs? D’après le rapport sur le commerce de détail, le taux de vacance a enregistré une baisse récente et se fixe pour la fin 2025 à 13,3 %. C’est le niveau le plus bas depuis la première publication de cette étude, il y a quatre ans. Cette bonne nouvelle ne signifie pas que le problème est résolu. Malgré ces bons chiffres, le taux d’inoccupation reste plus important dans les centres-villes que dans les centres commerciaux, où il se situe en moyenne entre 5 % et 8 %.
Pour dynamiser les magasins de ville, les pop-up stores, dont le nombre a doublé depuis 2019, poursuivent leur développement. Pour autant, ces solutions restent par définition éphémères. «Oui, mais cela montre que beaucoup de communes sont conscientes du problème de l’attractivité du commerce au sein de leur centre-ville. Il y a vingt ans, personne ne parlait des pop-up stores, aujourd’hui c’est quelque chose qui est devenu très courant», note Lex Delles.