Condamné à trois ans de prison ferme pour vente de cocaïne, Kastriot a fait opposition à ce jugement et réclame une peine moins longue. Il était principalement actif devant l’Abrigado.
À 30 ans, Kastriot a bourlingué à travers toute l’Europe en quête de boulots. Il a notamment été pizzaïolo à Hambourg et dealer au Luxembourg. Face aux éléments découverts par la police, le jeune homme reconnaît avoir vendu de la cocaïne, mais tente de minimiser l’ampleur de son commerce.
Lundi après-midi, il s’est présenté face à la 7e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg pour faire opposition à un jugement du 6 juillet 2023. Kastriot avait été condamné par défaut à 36 mois ferme de réclusion et à une amende de 2 500 euros. Une peine jugée trop longue par le jeune homme extradé du Royaume-Uni vers le Luxembourg le 18 août dernier et écroué depuis.
Le jour de la Saint-Nicolas en 2022, il a été arrêté par la police alors qu’il dévalait dans les parages de la gare de Luxembourg. Il avait 116 boules de cocaïne en sa possession : douze dans sa manche et le reste dans son caleçon. Une quantité énorme pour un seul homme. Cette belle prise est arrivée au terme d’un enquête rondement menée. Kastriot a été filé par la police avant le coup de filet.
«En juillet 2022, nous avons été avertis qu’un individu vendait des stupéfiants devant l’Abrigado», a indiqué un des enquêteurs à la barre. Il était également actif devant la gare de Luxembourg, la piscine de Bonnevoie et à un arrêt de bus à Bertrange. Au total, 11 013 euros, 32,6 grammes de cocaïne et de la marijuana ont été découverts lors d’une perquisition à son domicile. Ne manquaient plus que les déclarations de six acheteurs pour le boucler.
Sauf que depuis le début, le prévenu conteste la provenance de la somme d’argent. Deux bienfaiteurs albanais la lui auraient donnée pour payer une opération de sa maman. Me Says, son avocat, présente des attestations des deux bienfaiteurs. «C’est un peu bizarre!», lance le juge. «Avez-vous connaissance d’une maladie avérée que la caisse de maladie albanaise ne prendrait pas en charge?»
L’avocat n’en sait pas plus. Les enquêteurs ont fait le calcul et, selon eux, il s’agirait de l’équivalent de «cinq jours de vente» de cocaïne en se basant sur les quantités en sa possession. Kastriot ayant refusé de leur donner accès à son téléphone mobile, les policiers n’ont pas pu déterminer l’ampleur exacte de son trafic ni depuis quand il était actif au Luxembourg ou qui l’approvisionnait. Une seule chose est certaine, il pratiquait «la vente directe» aux consommateurs.
Confirmation du jugement
Immédiatement après son arrestation, il avait essayé de se présenter comme un toxicomane qui consommait entre 10 à 15 grammes par jour, soit l’équivalent de 35 à 40 boulettes, précise un des policiers. Ou «de quoi lui causer un arrêt cardiaque par jour», note le juge. La parade s’avère peu crédible. Peu importe puisque Kastriot est désormais en aveux.
Le jeune homme, coupe de cheveux militaire bien dégagée derrière les oreilles, pull beige à torsades et lunettes à la mode, est peu loquace. Interrogé par le juge, il se contente de soulever que «la police se contredit». «Elle me dit très actif et elle n’a entendu que six clients.» De quoi faire sourire le juge, qui répond que «c’est déjà six de plus que dans d’autres affaires de stupéfiants». «Je n’ai pas compté le nombre de mes clients. J’espère que le tribunal ne va pas exagérer.» Kastriot ne se laisse pas démonter.
La représentante du parquet a demandé à la chambre correctionnelle de confirmer le premier jugement. Elle ne voit pas pourquoi la peine mériterait d’être réduite, et ce, d’autant plus que le prévenu vendait à proximité de la Fixerstuff. Une circonstance aggravante à prendre en compte par le juge et ses assesseurs.
Me Says plaide, conformément aux exigences de son client, en faveur d’une réduction de la peine. Le prévenu a déjà passé 9 mois et demi en détention dans le cadre de cette affaire. «Tout ce qui dépasse cette durée devra être assorti du sursis probatoire soumis à la condition que mon client se tienne éloigné du milieu de la drogue», réclame l’avocat.
«C’est un peu bateau comme condition!» Le juge lui coupe l’herbe sous le pied. «C’est incontrôlable! S’il prend le train à la gare, il est en plein dedans. J’ai l’impression que vous êtes en train d’inventer une condition pour décrocher un sursis probatoire.» Le prévenu ayant épuisé ses chances de sursis simple, Me Says a tenté le tout pour le tout pour diminuer la durée de réclusion.
Le prononcé est fixé au 5 février.