Ce nouvel épisode de notre série sur les bibliothèques insolites du pays nous emmène à Rolligen pour découvrir la bibliothèque de la Fondation Lëtzebuerger Blannevereenegung. Installée depuis 20 ans, elle aide les personnes malvoyantes ou aveugles.
Dans le petit village de Rollingen près de Mersch, la Fondation Lëtzebuerger Blannevereenegung (FLB) accueille dans ses murs une bibliothèque assez particulière. Dans ce petit bureau, on ne trouve aucun livre physique. Et pour cause, les ouvrages sont tous sous format digital. «C’est une bibliothèque sonore. Elle permet aux personnes aveugles ou malvoyantes d’avoir un accès facilité à la lecture et à la culture», explique Thierry Lutgen, directeur général de la Fondation Lëtzebuerger Blannevereenegung (FLB).
Pour pouvoir lire des ouvrages, chaque personne déficiente dispose d’un outil adapté à ses besoins. «Avec ce lecteur spécialisé, ils peuvent avancer la lecture de l’ouvrage, sauter un chapitre, aller d’une page à une autre. C’est très pratique. Ils peuvent faire cela en toute autonomie, à leur domicile», poursuit-il.
Du côté de l’accessibilité, la bibliothèque sonore dépend d’un réseau mondial. «Elle est réglée par un accord que l’on nomme le traité de Marrakech (…). Il faut avoir un certain niveau de handicap pour pouvoir avoir accès à cette bibliothèque totalement gratuite pour les personnes malvoyantes ou aveugles», précise Thierry Lutgen. Un réseau mondial qui ouvre les portes d’une collection vertigineuse. «Nous proposons 500 000 titres en sept langues, mais le catalogue mondial en compte des millions», précise le directeur général.
«Des donneurs de voix»
De très nombreux livres qui ont une particularité au Luxembourg : ils sont tous lus par des personnes physiques. Un dispositif permettant ces enregistrements a été installé dans la bibliothèque. Ici, des «donneurs de voix» viennent bénévolement lire des ouvrages à destination des personnes déficientes visuelles. «Il y a 20 ans quand nous avons lancé la bibliothèque à la fondation, la voix digitale n’existait pas. C’est pour cela que nous faisions appel à nos bénévoles. Mais, aujourd’hui encore, nos bénéficiaires préfèrent la voix naturelle. Peut-être qu’à l’avenir, nous passerons sur des voix digitales», souligne Thierry Lutgen.
Aujourd’hui, près de 84 bénévoles prêtent leur voix. Parmi eux, 60 sont des lecteurs réguliers. «Ils disposent de deux formations. L’une pour tout ce qui est techniques de guidage afin de comprendre la spécificité d’une personne malvoyante respectivement aveugle. Cela permet de répondre aux besoins des bénéficiaires. Et la deuxième c’est pour maîtriser le logiciel. Nous veillons à ce que les donneurs de voix lisent dans leur langue maternelle», explique Stéphanie Thiry, chargée de direction de l’institut Betty Hirsch.

Pour pouvoir lire des ouvrages, chaque personne déficiente visuelle dispose d’un outil adapté à ses besoins. (Photo : emilie dias)
Romans policiers, thriller, faits divers, histoire… Sur un mois, 85 livres ont été enregistrés pour un total de 43 bénéficiaires. «Nous avons aussi certaines demandes pour des lecture de magazines ou de journaux luxembourgeois (…). C’est quelque chose qui marche plutôt bien. D’année en année, nous avons de plus en plus de bénéficiaires», précise-t-elle. Pour beaucoup, la lecture représente bien plus qu’un moment d’évasion. «La culture n’est pas un privilège, c’est un droit pour tout le monde», appuie Stéphanie Thiry. Pour certains, les livres faisaient même partie de leur quotidien avant la maladie. «Nous avons parmi nos bénéficiaires des personnes qui sont devenues aveugles ou malvoyantes à la suite d’un accident. Elles veulent, malgré leur déficience, continuer à lire.»
Vers plus de digitalisation
Présente depuis plus de deux décennies au sein de la Fondation Lëtzebuerger Blannevereenegung (FLB), cette bibliothèque, animée par un permanent, prépare aujourd’hui sa mue pour relever les défis de demain. «Avec 500 000 livres, les catalogues papier deviennent de plus en plus compliqués. Nous sommes en pleine période de transition pour aussi développer une application spéciale pour les personnes aveugles ou malvoyantes qu’ils pourront utiliser avec la transposition vocale», explique le directeur général de la Fondation Lëtzebuerger Blannevereenegung (FLB). En attendant, les «donneurs de voix» continueront à lire les nombreux ouvrages que compte cette bibliothèque sonore.
Qu’est-ce que la Fondation Lëtzebuerger Blannevereenegung (FLB)?
La FLB est une institution luxembourgeoise d’utilité publique située à Rollingen (Mersch). Initialement créée pour soutenir les personnes aveugles et malvoyantes, elle a élargi continuellement ses offres de services à l’intention de son public cible pour devenir un acteur majeur du secteur social et des soins pour personnes déficientes au Grand-Duché. Avec l’institut Betty Hirsh, elle accompagne les personnes atteintes d’un handicap visuel à leur domicile. Elle gère également un logement encadré pour personnes aveugles, une maison de retraite le «CIPA Blannenheem» ainsi qu’un réseau d’aide et de soins pour toutes prestations de soins au domicile des bénéficiaires, le «Motum-De Mobile Fleegedéngscht vun der FLB». L’atelier d’inclusion professionnelle, le «Bieschbecher Atelier» offres des postes de travail pour personnes déficientes visuelles. La crèche d’entreprise «Naturcrèche Bieschbech» complète l’offre de services de la Fondation Lëtzebuerger Blannevereenegung à Rollingen.