Les querelles intestines au sein du LSAP ne datent pas d’hier. Mais Ben Streff, le coordinateur du parti, les remet au goût du jour. Il démissionne de son poste et distribue ses bons points.
Il y a les bons, d’un côté, et les moins bons, de l’autre. Au LSAP, on distribue les points et c’est Ben Streff qui s’y colle. Le coordinateur général du parti et président de la circonscription Est démissionne de ses postes. Ses motivations sont surprenantes dans la mesure où il affirme que la fraction parlementaire remplit mal son rôle de premier parti de l’opposition.
Invité hier matin sur les ondes de RTL après avoir témoigné de son malaise la veille dans les colonnes du Tageblatt, le jeune politicien (il n’a que 30 ans, mais déjà 17 années de fidélité au LSAP) a particulièrement visé les anciens ministres qui siègent aujourd’hui à la Chambre.
Parmi eux, l’actuelle cheffe de fraction, Taina Bofferding, ancienne ministre de l’Intérieur. Sans la nommer, il lui reproche de ne pas imposer davantage les idées socialistes, observant que les verts ou la Gauche, «ou peu importe qui», le font mieux qu’elle. Taina Bofferding est pourtant réputée être une bosseuse, très présente à la fraction. Elle n’a peut-être pas la verve d’un Marc Baum (déi Lénk) ou d’une Sam Tanson (déi gréng), mais le jugement de Ben Streff est sévère.
Les problèmes entre la fraction et le parti ne datent pas d’hier. À son arrivée, Taina Bofferding a essayé de réconcilier les deux instances. Quand Ben Streff déclare que des personnels de la fraction ont quitté le navire, il oublie de dire que des députés avaient manifesté leur mécontentement quant aux compétences et au rendement de certains employés, trop habitués à se complaire depuis deux décennies dans la majorité. Taina Bofferding a refusé de les licencier, ils sont partis d’eux-mêmes. Lui reprocher le départ de certains collaborateurs relève d’une petite dose de mauvaise foi.
Paulette Lenert dans le collimateur
Les bons points sont attribués aux jeunes députés, comme Liz Braz, Claire Delcourt ou Ben Polidori. Mais aussi à Mars Di Bartolomeo, qui fait partie de ceux qui posent le plus de questions parlementaires. Bref, qui passent à l’offensive. Surtout, ils s’engagent, selon Ben Streff qui stigmatise les anciens ministres ayant délaissé le terrain. Pas assez proches des gens, dit-il.
Dans son collimateur figure donc également l’ancienne ministre de la Santé Paulette Lenert, qui arrive en tête de liste dans la circonscription Est, la même que Ben Streff qui la suit à la deuxième place aux dernières législatives. L’ancienne ministre est surtout très populaire, caracolant en tête des sondages, juste derrière Xavier Bettel. Plus discrète qu’à son époque au gouvernement où elle a dû gérer la crise covid, elle ne perd rien du capital sympathie que lui reconnaissent 75 % des sondés, selon le dernier Politmonitor de décembre. Des problèmes de santé l’ont également forcée, pendant un temps, à prendre du recul. Elle reste très engagée dans les problématiques liées au logement.
Quand l’ancien ministre Franz Fayot prend la parole à la Chambre, il est difficile de lui reprocher un manque d’offensivité. Même une Taina Bofferding parvient à tenir tête à la majorité, à sa manière, et soulève les questions qui lui tiennent à cœur, liées au social.
Déballage public
Dans son classement à points, Ben Streff adresse des louanges à Francine Closener, coprésidente avec Dan Biancalana du LSAP, tous deux députés. La première se concentre sur les thèmes liés à l’Éducation nationale et, au sein du parti, elle s’est montrée très courageuse, selon Ben Streff, qui s’apprête à rejoindre le ministère de Claude Meisch (DP), après sa démission du LSAP. Francine Closener, qui ne porte pas dans son cœur l’ancienne ministre Paulette Lenert, aurait pris de nombreuses initiatives pour redresser le parti et son fonctionnement. La fraction devrait en prendre de la graine, selon Ben Streff.
Visiblement, il ne compte pas laver le linge sale en famille. Ce déballage sur la place publique est pour lui «une dernière tentative pour lancer un appel au réveil», comme il le déclare chez nos confrères.
L’ancien coordinateur général du parti veut donc réveiller la fraction. Il a surtout causé du tort à son parti, qui a pourtant le vent en poupe avec un millier d’adhérents supplémentaires récupérés ces quatre dernières années. Et ce ne serait pas grâce aux anciens ministres, trop absents du terrain, ni à quelques autres députés parmi la fraction, forte de douze membres. En procédant par élimination, tous ceux que Ben Streff n’a pas nommés dans sa liste des «bons» seraient donc médiocres.
Il faut surtout comprendre que deux clans se sont formés. La sortie de Ben Streff n’a pas été annoncée, les députés l’ont prise en pleine figure, à commencer par Taina Bofferding, lynchée le jour même où le parti organise sa réception de Nouvel An. Pas très élégant.