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[Autofestival 2026] «On n’arrive pas du jour au lendemain au surendettement»


Attention aux risques de l'endettement avec les crédits auto. (Photo : archives/Didier Sylvestre)

Le service d’information et de conseil en matière de surendettement (SICS) de la Ligue médico-sociale alerte sur les dangers de l’endettement lié aux crédits automobiles.

Depuis quand la Ligue médico-sociale accompagne les personnes en situation de surendettement?

Christian Schumacher (chef du service) : Ce service existe depuis 1993. Actuellement, on opère à deux niveaux. Nous conseillons les personnes surendettées soit de manière générale soit dans le cadre de la loi sur le surendettement.

Que faites-vous lors des entretiens que vous menez avec ces personnes?

C. S. : Lors des entretiens que nous menons, nous allons tout d’abord analyser la situation financière (dépenses courantes, revenus). On peut aussi aider les personnes surendettées en demandant aux créanciers un réaménagement de la dette ou une réduction. Parfois, on est obligés de passer par la loi de surendettement si l’endettement est trop conséquent. Le cas le plus grave reste la faillite civile ou personnelle.

L’achat d’une voiture représente souvent un gros budget pour les ménages luxembourgeois et peut conduire à des situations de surendettement.

C. S. : La voiture, c’est un peu le bébé de chaque Luxembourgeois. On choisit avec émotion, on achète plus grand, plus joli, avec plus d’options. On veut impressionner sa famille, son voisinage. Nous avons, au Luxembourg, l’un des plus haut taux de renouvellement. Et ça, c’est regrettable. De manière générale, peu de personnes réussissent à s’acheter une voiture sans recourir à un crédit. Un crédit n’est pas une mauvaise chose en soi, mais c’est son utilisation abusive qui l’est.

En plus des banques traditionnelles, de nombreux concessionnaires proposent des solutions de financement. Elles sont souvent moins avantageuses pour les consommateurs.

C. S. : Ces crédits sont fréquemment octroyés par des établissements financiers étrangers, le plus souvent belges. C’est un vrai problème que l’on observe au Luxembourg. Une grosse partie de nos résidents passent également la frontière pour faire un crédit, car leur banque traditionnelle, qui connaît leurs dépenses et revenus, leur bloque le financement. Ce n’est pas toujours nécessairement pour l’achat d’une voiture. Cela peut être par exemple pour rembourser d’autres dettes, faire des regroupements de crédits ou acheter du mobilier. En dépassant la frontière, ils sont aussi couverts par l’anonymat.

Pourquoi la Belgique?

C. S. : Historiquement, la Belgique était plébiscitée par les Luxembourgeois car les deux pays avaient une parité monétaire (…). Il y avait aussi toute une communication pour inciter les résidents du Grand-Duché à faire des crédits en Belgique (…). Depuis 1993, nous avons observé que 51 % des Luxembourgeois ont souscrit un crédit en Belgique. En 2025, nous étions à environ 45 % (…). Nous, nous réclamons la fin de ce système. Il y a des débats pour introduire une sorte de banque de données au Grand-Duché. Mais le problème, c’est qu’il n’y a pas de base européenne. Aujourd’hui, on se dirige plutôt vers un accord bilatéral plutôt qu’une solution à l’échelle européenne.

L’Autofestival bat son plein. Quelles sont vos recommandations pour ceux qui envisagent d’acheter une voiture?

Nathalie Schmit (conseillère à la Ligue) : Nous préconisons aux consommateurs de ne jamais signer un contrat de crédit sur place, mais de prendre le temps d’examiner l’offre, de vérifier le taux annuel effectif global (TAEG) du crédit et de le comparer avec le TAEG d’au moins une ou deux autres offres. Les concessionnaires ne sont pas des banquiers, mais des vendeurs de voitures. Ils ne donneront pas de conseils sur la situation financière.

Le nombre de personnes surendettées dans le pays augmente-t-il?

Nathalie Schmit : On ne peut rien affirmer de manière globale. Mais si on regarde nos chiffres, le nombre de personnes surendettées est plutôt stable.

Combien de personnes accompagnez-vous?

C. S. : L’année dernière, nous avons reçu 234 nouvelles demandes. Nous avons traité 247 dossiers reçus des années précédentes et examiné environ 2 000 demandes d’informations. Ce ne sont pas toujours des personnes surendettées qui nous contactent. Cela peut être aussi des assistants sociaux, des avocats, des huissiers de justice.

Est-ce encore un tabou de parler de surendettement?

C. S. : De manière générale, dans le pays, on parle très peu de salaires ou de dettes (…). Chez nous, il y a plus ou moins 25 % des personnes qui ne se présentent pas à leur premier rendez-vous dans notre service. Dans certains cas, c’est parce que les gens ont déjà trouvé une solution, dans d’autres cas, c’est parce qu’ils ont peur de venir.

Existe-t-il un profil type d’une personne surendettée?

C. S. : Ce sont plutôt les personnes de la classe moyenne qui gagnent entre 3 000 et 4 500 euros. 75 % des personnes que nous accompagnons ne sont pas propriétaires de leur logement. Souvent, elles sont mariées avec un enfant ou deux et sont âgées de 26 à 50 ans.

Quelles sont les causes du surendettement?

C. S. : On n’arrive pas du jour au lendemain au surendettement, c’est une évolution. On fait un crédit, peut-être un deuxième, il y a un accident de la vie qui arrive ou on tombe malade. Il y a aussi les problèmes de mauvaise gestion budgétaire. C’est pour cela que l’éducation financière est très importante (…). Des éléments extérieurs mondiaux peuvent aussi influencer le surendettement. Par exemple, pour les crises, nous voyons des impacts seulement deux années après.

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