Le Mouvement écologique interroge la place démesurée de la voiture dans un pays recordman de la motorisation en Europe.
L’Autofestival devrait-il être supprimé? Alors qu’il entame son dernier week-end, l’évènement qui promeut l’achat de nouvelles voitures n’est pas forcément du goût des défenseurs de l’environnement. Si le Mouvement écologique ne souhaite pas non plus interdire ce rendez-vous annuel, il note encore des améliorations à réaliser pour que les résidents du pays utilisent moins la voiture. «On ne veut pas mettre en contradiction les différents moyens de transport, car on a besoin de la voiture. Le plus important, c’est qu’il y ait une bonne offre de transport en commun. Beaucoup de choses ont été faites, mais il y a encore du pain sur la planche», note Blanche Weber, présidente de l’ASBL.
Alors que le Luxembourg reste le champion européen de la croissance, pour Blanche Weber, ce développement exponentiel du pays pose question. «Si on poursuit la croissance économique actuelle, les infrastructures de transports en commun ne seront pas suffisantes», alerte-t-elle. Alors, quelles sont les solutions préconisées par le Mouvement écologique? Pour la président de l’ASBL, deux axes pourraient encore davantage se développer. En premier : la question de l’aménagement du territoire. «Il y a toujours une grande concentration d’actifs au niveau de Luxembourg, alors que l’on pourrait développer d’autres zones d’activité plus près des travailleurs frontaliers (…). On pourrait y établir des plans de mobilité spécifiques. Je pense à des lignes de bus spéciales, du carsharing pour permettre aux employés de s’y rendre en utilisant moins leur voiture (…). C’est un instrument présent à l’étranger qui est très efficace», explique-t-elle.
Pour la présidente du Méco, développer ce genre de projet peut «avoir de nombreux bénéfices tant pour le paysage, le climat et l’intérêt des salariés (…). C’est quelque chose qui est vraiment sous-développé. Nous avons eu une réunion avec le ministre de l’Économie, qui nous a dit qu’il relancerait cet aspect. Il faut voir. Nous en parlons depuis 15 ans au moins».
Un malus sur les voitures polluantes
Outre l’aménagement du territoire, d’autres aspects peuvent encore être développés. Blanche Weber cite l’instauration d’un malus lors de l’achat d’un véhicule polluant. «Cela pourrait être pour les véhicules à combustion qui émettent beaucoup de CO₂ et pour les voitures électriques qui consomment beaucoup d’énergie. C’est quelque chose qui se fait dans d’autres pays européens, comme en France», détaille-t-elle.
Au Luxembourg, le secteur des transports demeure le principal moteur du dérèglement climatique, générant à lui seul 61% des émissions de CO₂. Cette situation est corrélée à un parc automobile exceptionnel : avec 682 véhicules pour 1 000 habitants, le Grand-Duché détient le record de motorisation au sein de l’Union européenne. Si les Luxembourgeois restent très attachés à leur voiture, pour Blanche Weber, les mentalités semblent changer. «La jeune génération est plus soucieuse des enjeux climatiques derrière l’utilisation de la voiture», explique-t-elle.
De plus, le choix de la motorisation du véhicule s’oriente de plus en plus vers des combustions plus respectueuses de l’environnement, comme l’électrique. Et les chiffres le confirment. En 2025, l’électrique représentait 26,9% des immatriculations neuves et l’hybride 29,3%. Ils surclassent ainsi l’essence et le diesel. «Ce sont des signaux positifs, évidemment, il faut aussi se demander quelle est la part des personnes qui choisissent ces voitures pour les subventions», précise Camille Muller gestionnaire du projet Oekotopten.lu.
Sur ce site, il a d’ailleurs listé les 120 modèles de voitures les plus efficientes du marché et qui bénéficient des aides de l’État. «Une voiture électrique à forte consommation d’énergie reste, elle aussi, nuisible pour l’environnement, électrique ou non. Il est donc judicieux, tant pour la planète que pour le portefeuille, de porter une attention particulière à la consommation et de choisir une voiture qui répond à ses besoins», conclut-il.