APRÈS SA SAISON INDOOR Désormais double médaillée internationale, Patrizia Van der Weken a réussi une saison parfaite. Retour en cinq date clefs sur trois mois historiques.
19 janvier : une rentrée tonitruante
Après sa saison 2024 exceptionnelle, Patrizia Van der Weken a pris un peu de repos. Avant de repartir au travail avec, notamment, un stage en Afrique du Sud, où elle se trouvait au moment de recevoir son deuxième trophée de sportive de l’année de suite, début décembre. De retour, elle avait fait une rentrée «tranquille» au Regio Meeting 2, avec des lignes droites avalées en 7« 20 et 7« 19 tout de même. Plutôt encourageant avant le premier gros rendez-vous de la saison : le CMCM. Avant le début de saison, l’Ettelbruckoise avait fixé les objectifs de son hiver : «Le but, c’est d’être en forme pour les deux grands championnats. J’ai encore beaucoup de choses à réaliser dans ma carrière. Beaucoup d’objectifs à réaliser.»
Le CMCM était une première étape. D’autant plus que le plus grand rendez-vous international d’athlétisme au Luxembourg franchissait un nouveau cap, en passant du statut de bronze à silver. Pour sa vraie rentrée, Patrizia Van der Weken avait décidé de doubler 60 et 200 m. Devant une Coque bien pleine : «Je n’ai jamais vu autant de monde!», la Luxembourgeoise ne rate pas ses débuts. Une victoire en série en 7« 16. Avant, une heure plus tard, de frapper un premier grand coup en remportant son 60 m en 7« 07. Soit deux centièmes sous son précédent record national, établi… au CMCM 2023 : «C’est vraiment un super feeling de courir à la maison devant autant de monde», confie-t-elle à l’issue d’une compétition où elle a, au passage, également battu son record national du 200 m.
4 février : confirmation face à Swoboda

Il fallait bien profiter de la présence de Patrizia Van der Weken à la Coque. En effet, le reste de sa saison se passera loin de ses bases. Comme faisant partie des meilleures du monde, on la retrouve ainsi au départ des plus grands meetings indoor du calendrier. Et l’occurrence, les meetings labellisés gold. Et début février, elle est censée enchaîner trois courses en moins d’une semaine. Avec Ostrava, Karlsruhe et Paris, qui lui n’est «que» silver. Ça débute donc en République tchèque, où elle doit affronter l’une de ses trois rivales annoncées pour la médaille aux championnats d’Europe d’Apeldoorn en mars, sa vieille rivale Ewa Swoboda. Si elle l’a déjà dominée à plusieurs reprises sur 100 m, c’est plus compliqué, en revanche, en salle contre une des meilleures partantes du circuit.
Avant ce premier affrontement, Arnaud Starck, son entraîneur, explique ce qu’il attend de sa protégée : «J’attends une course pleine. Si c’est le cas, le chrono sera au rendez-vous.» Soulignant, toutefois : «Ce n’est pas une semaine cruciale. Le gros chrono, elle l’a. L’idée, c’est de stabiliser toutes les phases de course.»
Résultat : une victoire en finale en 7« 08 avec un centième d’avance sur Swoboda. Son premier succès face à la Polonaise en salle : «C’était une bonne rentrée. C’est quand même un chrono solide. Mais je pense qu’il y a moyen de faire encore mieux», confie Arnaud Starck. Trois jours plus tard, elle s’impose à Karlsruhe en 7« 13, le même temps qu’en séries à Ostrava. Elle zappera ensuite Paris à la suite d’une petite alerte. Et Torun, qui figurait également à son programme, une semaine plus tard. Histoire de ne pas prendre trop de risques.
28 février : victoire du World Indoor Tour à Madrid

Après trois semaines sans compétition, Patrizia Van der Weken a besoin d’un dernier test avant les championnats d’Europe d’Apeldoorn. Et c’est donc Madrid, dernier meeting gold de l’hiver, qui a été choisi : «Je suis satisfait des derniers jours. Les derniers entraînements étaient vraiment bons. Vu sa forme et ce qu’elle a déjà fait, elle doit l’emporter.»
En bonne élève, la Luxembourgeoise applique les consignes à la lettre. Une victoire en série en 7« 15 puis un succès en finale dans un excellent 7« 09, à seulement deux centièmes de son record national, indiquent une chose : elle est prête pour Apeldoorn. Au passage, cette victoire d’une athlète qui arrivera invaincue aux Pays-Bas est également synonyme de succès au classement final du World Indoor Tour, le circuit mondial. Même si les meilleures du monde, ou supposées telles, n’étaient pas forcément toutes présentes, les absentes ont toujours tort. Et ce titre est une belle récompense pour un hiver déjà très réussi.
9 mars : premiers frissons et première médaille

«J’aimerais bien changer un peu mon palmarès», confie Patrizia Van der Weken deux jours avant son entrée en lice aux championnats d’Europe, où elle fait partie des quatre filles, sur le papier, qui peuvent prétendre à une breloque. C’est clairement avec une médaille dans un coin de la tête qu’elle aborde la compétition. Le jour J, il faut que tout soit millimétré. En effet, il y a très peu de temps de récupération entre la série et les demi-finales. En série, elle n’amuse pas le terrain et s’impose en 7« 15. Quelques heures plus tard, elle termine deuxième de sa demi-finale. En 7« 06, elle améliore d’un centième son record national. Et en finale, à l’issue d’une course très serrée, elle décroche la toute première médaille de l’histoire de l’athlé luxembourgeois en championnat d’Europe indoor. En 7« 06, elle termine troisième d’une course remportée par l’Italienne Zaynab Dosso (7« 01, NR et WL) devant la Suissesse Mujinga Kambundji (7« 02) et avec un centième d’avance sur Ewa Swoboda. Qui l’avait privée d’une médaille aux championnats d’Europe de Rome pour… un centième, l’an passé sur 100 m.
À l’issue de la course, Patrizia Van der Weken, avec les larmes dans les yeux, savourait : «Une médaille internationale, ce n’est pas rien!»
22 mars : la confirmation mondiale

Sa superbe saison hivernale s’achève à des milliers de km du Luxembourg, en Chine, du côté de Nankin. À son arrivée, elle ne se cache pas derrière son petit doigt : «Je suis troisième sur la start list. J’ai donc toutes mes chances pour faire un podium», confie-t-elle. Avant d’ajouter : «Mais le chemin est encore long.»
Comme à Apeldoorn, elle doit en effet gérer une longue journée. Avec, cette fois, des séries le matin. Soit à 4 h du matin heure luxembourgeoise : «Même si je me suis habituée au décalage horaire, pour le corps, ce n’est pas évident de courir si tôt», indiquait-elle. Ce qui explique une entrée en matière très tranquille où elle assure avec une deuxième place en 7« 21. «C’est ce qu’il fallait faire. À Apeldoorn, on a fait l’erreur de vouloir trop en faire dès les séries. Là, il fallait s’économiser le plus possible. C’est ce qu’elle a fait», apprécie son entraîneur.
De longues heures plus tard, elle est de retour sur la piste. Et là, ça ne rigole pas. En demi-finale, seules les deux premières places sont directement qualificatives pour la finale. Alors pas le choix, il faut y aller. À l’issue d’une superbe ligne droite, elle bat aux millièmes Kambundji et la Néo-zélandaise Zoe Hobbs, toutes créditées de 7« 12. Un an après Glasgow, où elle avait terminé 7e, Patrizia Van der Weken est à nouveau en finale des mondiaux indoor.
À 21 h 18, heure locale. Elle est exacte au rendez-vous. Encadrée par deux des meilleures partantes du circuit, Swoboda et Dosso, elle ne se laisse pas avoir. Elle résiste bien durant les vingt premiers mètres avant de profiter de sa meilleure fin de course pour grignoter son retard. La course est remportée par Mujinga Kambundji en 7« 04. Elle devance Dosso (7« 06). L’Italienne a eu très chaud puisque Patrizia Van der Weken vient mourir sur ses talons, à seulement… six millièmes de son adversaire. Pas grave. C’est une deuxième médaille internationale de suite pour la Luxembourgeoise : «Troisième au monde, c’est un truc de ouf!» La conclusion idéale d’une saison parfaite.