Malgré quelques signes d’amélioration fin 2025, l’artisanat au Luxembourg reste confronté à un ralentissement de la construction, un marché de l’emploi fragile et d’importants défis de productivité et de renouvellement des talents.
L’artisanat luxembourgeois montre de premiers signes d’amélioration, mais la reprise reste incertaine. Selon la Chambre des Métiers, «au quatrième trimestre 2025, l’artisanat luxembourgeois tend à confirmer les signes d’une reprise timide, qui reste fragile». L’indicateur d’activité global demeure négatif, à «-8,2 points», même si l’écart entre entreprises signalant une amélioration et celles constatant une dégradation tend à se réduire.
Dans ce contexte, la Chambre des Métiers estime que «le creux conjoncturel a probablement été franchi», tout en appelant à la prudence face au caractère encore précaire de la stabilisation. Les tensions géopolitiques internationales, notamment les crises en Iran et en Ukraine, continuent en effet d’alimenter l’incertitude économique.
La construction, secteur le plus touché
Le secteur de la construction reste particulièrement exposé. Le marché de la vente en état futur d’achèvement (VEFA) demeure «enlisée dans une dynamique particulièrement atone». Au troisième trimestre 2025, seulement 324 transactions ont ainsi été enregistrées, soit «un niveau inférieur de moitié à la moyenne d’avant crise», qui s’élevait à 691 ventes trimestrielles. Les mesures fiscales mises en place n’ont pour l’instant pas permis de relancer durablement la confiance dans ce modèle.
La fragilité conjoncturelle se reflète également sur le marché de l’emploi. Malgré une reprise économique annoncée fin 2025, le chômage a progressé de 0,3 point au quatrième trimestre, ce qui correspond à «une hausse de 12,6 % du nombre de demandeurs d’emploi». Le secteur de la construction est le plus touché : le nombre de demandeurs d’emploi y a augmenté de «près de 40 % en un seul trimestre», tandis que l’emploi salarié a reculé de 2 % sur un an.
Problème de transmission
Parallèlement, la Chambre des Métiers souligne un déséquilibre croissant entre secteurs économiques. Alors que l’emploi dans le secteur marchand stagne, «celui du secteur public a progressé de 24 % en cinq ans», accentuant les tensions sur le marché du travail et la concurrence pour les talents.
À ces difficultés s’ajoute un défi démographique majeur. D’ici dix ans, entre «24 000 et 28 000 départs à la retraite» sont attendus dans l’artisanat. Dans la construction, le ratio entre jeunes et seniors a même été «divisé par quatre depuis 2009», «mettant en péril la transmission des savoir-faire et les capacités de production» du secteur.
Face à ces constats, la Chambre des Métiers appelle à une action publique structurée autour de trois priorités : la productivité, le logement et l’attraction des talents.
La question de la productivité apparaît particulièrement préoccupante. Dans l’économie marchande, celle-ci a reculé de «-2,5 % entre 2003 et 2023». Dans l’artisanat, plusieurs facteurs expliquent cette tendance, notamment la pression concurrentielle, la volatilité des coûts et le ralentissement de l’activité. L’organisation souligne toutefois que l’intelligence artificielle pourrait constituer un levier d’efficacité, «un outil de complémentarité plutôt que comme un substitut au travail humain».
Attirer les talents
Le logement constitue un autre verrou structurel. Les ventes de logements neufs restent nettement inférieures aux niveaux d’avant crise et les dispositifs de partenariats public-privé peinent encore à se concrétiser. Pour la Chambre des Métiers, relancer durablement l’activité implique notamment de restaurer la confiance des ménages et de soutenir l’investissement par un cadre fiscal plus incitatif.
Enfin, l’attraction des talents apparaît comme une priorité stratégique. Le remplacement d’environ un quart des salariés de l’artisanat au cours de la prochaine décennie impose de renforcer l’orientation et la formation, d’améliorer les conditions d’accès des travailleurs frontaliers et d’attirer davantage de travailleurs internationaux.
Dans ce contexte, la Chambre des Métiers plaide pour une approche globale visant à renforcer simultanément compétences, productivité et attractivité. L’objectif : créer «une dynamique vertueuse où productivité, compétences et attractivité se renforcent mutuellement», condition jugée essentielle pour consolider la reprise encore fragile du secteur.