La mort tragique d’une des leurs a secoué le milieu des agents immobiliers. Une employée confirme le sentiment d’insécurité qui règne dans la profession ces dernières années.
Laetitia, de Calteux Société immobilière, est active dans la branche depuis une quinzaine d’années. De nature peu craintive et dynamique, elle remarque que, comme dans beaucoup de métiers de contact, le risque zéro n’existe pas.
Quelle est l’ambiance dans la profession depuis mardi?
Laetitia : On parle beaucoup de l’attaque et de notre sécurité au quotidien. Le risque d’agression ne s’applique pas qu’aux agents immobiliers. Il s’applique à tous les commerciaux. Nous rencontrons tous des inconnus. Ce qui est propre à la profession de l’agent immobilier est que ces personnes sont de véritables inconnus, pas des B2B ou des entreprises. Nous n’avons pas les moyens de vérifier l’identité ou les coordonnées de la personne que nous allons rencontrer.
Bien que l’attaque du Limpertsberg semble être un cas isolé, avez-vous rencontré des problèmes ou été agressée dans le cadre de votre travail?
Le public des locations est plus varié que pour les ventes. Je n’ai jamais rencontré aucun problème jusqu’à présent et je n’ai jamais eu peur. Cela peut arriver. Nous courons un risque, surtout en tant que femmes. Nous sommes plus vulnérables face à ce genre de situation. Mon compagnon et mes collègues de travail m’ont conseillé de prendre du spray au poivre dans mon sac, même si c’est interdit par la loi. Je suis contre.
Dans l’immobilier, il y a une part de séduction. Nous devons nous mettre en avant sous notre meilleur jour pour donner envie au client de s’intéresser à nos biens. Cela peut peut-être être mal interprété. Un agent homme est, pour diverses raisons, moins susceptible d’être exposé à des agressions. L’âge joue également.
La criminalité augmente à Luxembourg, qui est devenue une capitale européenne. Nous sommes exposés à des dangers nouveaux que nous n’imaginions pas. Il y a des points positifs et des points négatifs au développement. Ce qui est arrivé est malheureux pour ces pauvres jeunes femmes.
Je ne vais pas arrêter de faire des visites après 17 h ou m’armer
Une réflexion est-elle menée pour améliorer la sécurité des agents immobiliers?
C’est difficile de prévenir ce genre de situations aléatoires. Nous avons un agenda des visites. Tous mes collègues et mon patron savent où je suis et comment me contacter si je ne rentre pas à l’agence. C’est une précaution de base. Restent les cours de self-defense. Je pratique la boxe, mais saurai-je appliquer ce qu’on m’a enseigné en cas d’attaque?
Envisagez-vous de changer vos habitudes à l’avenir?
Non! C’est comme après les attentats en France. Je ne vais pas arrêter d’aller prendre un verre, je ne vais pas arrêter de faire des visites après 17 h ou m’armer… J’ai foi en l’humanité, je ne peux personnellement pas porter d’objets comme du spray au poivre ou un taser pour me défendre. Ce genre de choses arrive et il ne faut pas tomber dans la surenchère ou la peur.
Le métier est exercé par de plus en plus de femmes.
Oui. C’est un souhait des agences. En matière d’immobilier, ce sont souvent les femmes qui décident. Leurs époux sont séduits par l’agente, donc va être plus enclin à signer, et les épouses sont rassurées ou nouent des rapports de complicité. Plus la personne chargée des visites est jolie et avenante, mieux c’est. Ce qui ne veut pas dire que les agences recrutent de ravissantes andouilles. Les patrons recrutent des candidats qui connaissent leur métier. La profession est en train de changer.