Roberto Traversini a péché par pragmatisme, selon le parquet. La note risque d’être salée. Si le parquet a compris ses intentions, il a tout de même requis de la prison à son encontre.
L’héritage de Roger Quaino s’est avéré être un cadeau empoisonné pour Roberto Traversini. Deux parcelles rue de Pétange à Niederkorn. Sur l’une, le fameux abri de jardin par lequel le scandale est arrivé et sur l’autre, une maison qui vaut à l’ancien bourgmestre de Differdange d’être entre autres accusé de conflit d’intérêts. Mardi, il s’est expliqué à la barre de la 7e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Roberto Traversini jure avoir agi avec pragmatisme dans l’intérêt de la collectivité et dans sa fonction de bourgmestre.
Ce mercredi matin, le représentant du parquet a donné son avis quant aux faits reprochés. Il avait déjà annoncé la couleur la veille : il comprend les intentions du prévenu, mais «le code pénal est le code pénal». De l’argent public a été utilisé pour des intérêts privés. L’infraction est instantanée et l’intention ne compte pas pour le législateur.
Les infractions reprochées ont eu lieu entre novembre 2016 et juillet 2019. Elles sont jugées plus ou moins graves par le procureur, qui estime les accusations de conflit d’intérêts et de prise illégale d’intérêts posées. «La plus grave» de ces infractions serait le contrat avec l’entreprise de construction CBL au nez et à la barbe de son service technique, de son collège échevinal et de la loi sur les marchés publics. «Le prévenu a utilisé sa fonction de bourgmestre pour faire une faveur à son deuxième père», selon le magistrat. Il s’agissait de travaux de voirie dans la rue de Pétange.
«Soit il ne connaissait pas la procédure, soit il ne s’y est pas intéressé», estime le magistrat, qui conclut sur ce point au détournement de fonds publics. «Il pouvait déjà s’imaginer qu’il allait hériter de la maison de Niederkorn.» Roberto Traversini aurait «utilisé l’argent public comme si c’était le sien», «en catimini» et «de manière inhabituelle». Comme pour la pose de plaques de trottoir financée par le budget de l’école de cyclisme et réalisée dans le cadre d’une formation du CIGL. Formation qui était une «première» proposée par le prévenu.
Un bon père de commune
Le parquet retient également le «faux par un fonctionnaire». Un crime puni de peines de réclusion de 10 à 15 ans. Dans cette affaire, il a été décriminalisé, mais le prévenu encourt tout de même une peine de 3 à 5 ans de prison. Clôture contre les sangliers autour de la maison de la rue de Pétange à la facturation douteuse, travaux réalisés sans autorisation, blanchiment-détention dans le cadre de l’avantage patrimonial jusqu’au remboursement… tout y passe. Le seul point sur lequel le procureur est indulgent concerne la formation de bardage en bois sur l’abri de jardin pour laquelle le magistrat a requis l’acquittement.
Trop de pragmatisme tue le pragmatisme et pousse à la faute, selon le parquet. Les fautes se seraient multipliées «crescendo autour de l’épicentre de la rue de Pétange jusqu’à ce que la bulle éclate». Une attitude «inhabituelle» de la part d’un «bon père de commune». Le magistrat requiert finalement une peine de quatre ans de réclusion assortie du sursis intégral ainsi qu’une amende appropriée à l’encontre de Roberto Traversini. À cela s’ajoutent des interdictions de cinq ans du vote passif et du droit à remplir un emploi, une fonction ou un office public. Un avertissement pour les fonctionnaires qui seraient tentés d’imiter le prévenu.
Interrogé sur un éventuel retour en politique, Roberto Traversini a nié de la tête. Ces interdictions ne remettent donc pas en cause ses aspirations.
Giorgio, le chef du service technique, passe entre les gouttes. Le magistrat a requis son acquittement. Il n’a rien à se reprocher. Quant à la compagne de Roberto Traversini, elle encourt une amende pour recel. Le parquet n’a pas retenu la complicité dans leur chef.
Le procès se poursuivra lundi prochain avec les plaidoiries de la défense des trois prévenus. Me Grasso a laissé entrevoir une partie de sa stratégie.