Avec déjà 120 000 travailleurs frontaliers entre la Moselle et le Luxembourg, et 10 000 de plus d’ici à 2030, le serpent de mer de l’autoroute A31 bis refait résolument surface, face à des oppositions qui fustigent un projet « anachronique ».
Entre 60 000 et 70 000 véhicules roulent chaque jour sur l’autoroute A31 entre Thionville et la frontière luxembourgeoise, avec une forte congestion, occasionnant des kilomètres de bouchons et des heures sur la route pour les frontaliers.
« C’est la première période où je ressens que le projet avance vite », dit Rémy Dick, maire LR de Florange, principale ville concernée, puisqu’un tunnel de 2,4 km doit y être construit, permettant de fluidifier le trafic vers le Luxembourg.
Soutenue par de nombreux élus locaux, la décision gouvernementale de mener à bien ce projet avait été officialisée en 2023, mais depuis, l’enquête publique, promise « fin 2024 ou début 2025 » tardait à arriver, inquiétant certains maires.
Cette enquête, étape préalable à la déclaration d’utilité publique (DUP), débutera « après les élections municipales », selon le préfet de Moselle, Pascal Bolot.
Le projet, qui couvre environ 350 hectares, doit voir la création de 7 km de tracé neuf, en 2×2 voies, pour contourner Thionville, toujours très engorgée. Le coût est estimé à plus d’un milliard d’euros.
L’Autorité environnementale (Ae), instance indépendante nationale, a émis de nombreuses recommandations, pointant des « insuffisances » dans le dossier, notamment quant aux impacts du bruit et aux conséquences environnementales de cette nouvelle portion d’autoroute, dans un avis rendu mi-janvier.
« Anachronique »
En décembre, le Conseil départemental de Moselle a donné son « soutien inconditionnel à la réalisation rapide de l’A31 bis ».
Deux élus départementaux PS, Nathalie Ambrosin-Chini et Luc Corradi, s’y sont toutefois opposés, plaidant pour davantage de trains sur l’axe, et dénonçant des zones d’ombre dans le projet.
« Le rapport présenté reste coincé dans une vision 100% route… alors que ça ne marche plus. On a élargi, on a bétonné… et aujourd’hui, on étouffe », juge Mme Ambrosin-Chini.
L’élue évoque aussi un « racket » annoncé des automobilistes, avec un péage dont le tarif devrait s’élever à 3,88 euros pour un aller simple avec un véhicule léger et 11,64 euros pour les poids lourds.
Autre ombre au tableau: l’expropriation, pour les besoins du nouveau tracé, de 13 entreprises de Florange.
« C’est un projet national que nous n’avons pas voulu, que nous subissons. Il doit être indolore pour la ville », insiste M. Dick, qui plaide notamment pour un léger allongement des sorties de tunnel.
« Raisonnablement optimiste »
Le collectif « Terville contre l’A31 bis » estime lui que le projet « anachronique et destructeur n’apportera aucune solution en termes de mobilité pour les habitants de Terville », commune voisine de Florange, à 17 km du Grand-Duché.
A contrario, « il me semble que ce tunnel de 2,5 km (…) va diminuer le bruit, les pollutions (…) par rapport à la situation actuelle », estime le préfet. « Ça me paraît la solution, ça fait sens. Maintenant, tout est dans l’exécution et dans le détail. »
Le préfet se dit « raisonnablement optimiste » quant à un début des travaux en 2030, quand le Luxembourg aura aussi effectué les travaux pour augmenter la capacité de son autoroute 3, qui rejoint l’A31.
Le député RN de Moselle Laurent Jacobelli a demandé début février « l’arrêt immédiat du projet », le jugeant « ni viable, ni juste (…) Aujourd’hui, même les experts reconnaissent que cette autoroute n’est pas rentable pour les usagers, mais uniquement pour l’État et le concessionnaire », estime-t-il.
« Le manque de prise en compte des enjeux environnementaux majeurs ainsi que le faible bénéfice de ce projet pour ses usagers doit conduire l’État à renoncer à l’A31 bis », a aussi estimé le groupe Ecologistes du Grand Est dans un courrier au préfet.
Ce serpent de mer a près de 30 ans. Le projet initial était la construction d’une autoroute A32 reliant la Moselle au Grand-Duché, en tracé neuf. Il avait fait l’objet d’un débat public en 1999, avant d’être complètement abandonné en 2007.