Ce mercredi matin, le président Donald Trump saura s’il a été désavoué par le peuple américain ou s’il peut persévérer dans sa politique. Mardi soir, les électeurs commençaient à voter pour les midterms.
Les Américains ont voté mardi lors d’élections cruciales à valeur de référendum sur Donald Trump, l’opposition démocrate espérant reprendre la majorité au Congrès et limiter ainsi l’action de l’homme qui bouleverse depuis dix ans tous les codes politiques des États-Unis. Meeting après meeting, le président républicain de 80 ans, qui a vu sa cote de popularité chuter, a jeté toutes ses forces dans cette bataille âpre, prédisant des conséquences apocalyptiques en cas de victoire démocrate, évoquée par des sondages qu’il promet encore une fois de faire mentir.
Défendant son bilan dans un appel téléphonique tôt mardi sur Fox News, il a appelé les électeurs «à préserver la grandeur de l’Amérique». «Nous sommes formidables aujourd’hui. Il y a deux ans, nous étions dans une situation catastrophique», a dit Donald Trump, élu en 2024. Cette campagne tendue, aux multiples rebondissements, suivie comme un feuilleton planétaire, va-t-elle s’achever sur un vote sanction dans la première économie mondiale? Les 250 millions d’électeurs potentiels vont-ils faire payer à l’impopulaire maître de la Maison-Blanche la hausse du coût de la vie, aggravée par la guerre contre l’Iran qu’ils n’ont pas demandée? Les bureaux de vote ont ouvert à 6 h locales dans de nombreux États de l’est du pays. Signe de l’enjeu, près de 58 millions de citoyens ont déjà voté par anticipation, un record pour des élections de mi-mandat.
«Deux ans de cauchemar»
À Portland, dans le Maine (nord-est), Tom Walsh, 59 ans, technicien dans un hôpital local, dit vouloir en finir avec «deux ans de cauchemar». «C’est épuisant. Je suis lassé d’entendre dire que je suis antiaméricain, un loser», dit cet électeur démocrate. «Je pense que c’est surtout une question de coût de la vie, de prix de l’essence, ce genre de choses. Il faut que ça change pour les gens ordinaires», explique un autre électeur Donta Comer, 38 ans, chef d’études, rencontré à Atlanta, en Géorgie (sud-est). Historiquement, le parti qui occupe la Maison-Blanche perd du terrain au Congrès lors des «midterms» et chez les démocrates, l’espoir d’une «vague bleue» (leur couleur) est bien là.
Les enquêtes d’opinion prévoient leur victoire à la Chambre des représentants, entièrement renouvelée mardi. Mais le Sénat pourrait aussi basculer, à la faveur de scrutins dans des États traditionnellement républicains: du Maine à l’Alaska, en passant par le Texas, l’Ohio ou encore le Kansas. Dans certains bastions de la droite, un tel résultat était encore inimaginable il y a quelques mois.
«J’ai tenu plus de promesses que je n’en ai fait», a déclaré le président républicain à Washington lundi dans une allocution décousue au cours de laquelle il a passé plus de temps à évoquer ses projets monumentaux dans la capitale fédérale que les élections. Un dernier discours qualifié de «pathétique» par le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, qui y voit un symbole de la déconnexion du milliardaire avec la réalité des Américains. Prendre le contrôle de la Chambre donnerait aux démocrates plus de poids sur le budget fédéral, mais aussi la possibilité de lancer des enquêtes parlementaires, notamment sur des accusations de corruption envers Donald Trump et ses proches. Un Sénat à majorité démocrate pourrait bloquer les nominations par le président, en particulier en cas de vacance à la Cour suprême.
«Si nous perdons le Texas…»
Jusque dans les dernières heures de la campagne, le mot d’ordre était à la mobilisation, comme pour Jane Callum, rencontrée en banlieue d’Atlanta en pleine opération de porte-à-porte pour le sénateur démocrate sortant Jon Ossoff. «Je sens véritablement une obligation de faire tout ce que je peux pour changer la direction que prend notre pays en ce moment, et le mettre davantage sur le chemin de la démocratie», a expliqué cette enseignante à la retraite de 77 ans. Côté républicain, le ton est plus maussade. «Je n’exagère pas quand je dis que si nous perdons le Texas, nous perdons l’Amérique», s’est alarmé dimanche le candidat républicain au Sénat, l’ultraconservateur Ken Paxton, à la carrière émaillée de scandales.
Quels que soient les résultats, ces élections marquent le début de la fin de la carrière d’homme d’État de Donald Trump, mais aussi le début de la course effrénée, chez les républicains comme chez les démocrates, pour lui trouver un successeur en 2028.