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[Magazine] Chine : devenez la star de votre film!


(Photo : afp)

Dans l’«Hollywood» chinois, les touristes peuvent désormais s’offrir un rôle dans leur propre minifilm, genre popularisé part des applications comme Douyin ou Hongguo. Visite sur un tournage au cœur des studios de Hengdian. 

Vêtue d’une robe impériale jaune, Gao Saifei, 19 ans, feint de gifler une concubine devant les caméras : dans les allées du «Hollywood chinois», cette touriste paie pour tourner sa propre mini-série – costume et équipe compris. Avec des amis, elle s’est rendue dans les studios de cinéma de Hengdian, les plus grands de Chine, pour rejouer une scène des Impératrices du palais, un populaire feuilleton en costumes, riche en intrigues de cour. «C’était vraiment grisant!», raconte-t-elle, alors que sa scène s’achève sous les applaudissements des touristes venus observer le tournage.

Ce studio, qui abrite une réplique de la Cité interdite de Pékin, attire des visiteurs venus, comme Gao Saifei, goûter au plaisir de tourner dans ces «microdramas», un genre pensé pour les jeunes et les réseaux sociaux. Leurs épisodes, parfois réduits à 30 secondes, sont souvent tournés au format vertical, plus approprié pour les smartphones. Ils ont conquis la Chine, où on les regarde sur des applications comme Douyin (la version chinoise de TikTok) ou Hongguo.

(Photo : afp)

À Hengdian, ces tournages pour touristes suivent un mécanisme bien huilé : chaque plateau a son équipe (cadreurs, assistants lumière, réalisateur). Certaines productions engagent des figurants. Le réalisateur montre aux visiteurs les répliques, les gestes et les expressions de chaque personnage. Jouer le rôle de l’empereur, «ça m’a permis d’être un peu arrogante et théâtrale», raconte Gao Saifei, qui n’est pas trop dépaysée par l’exercice puisqu’elle est étudiante en art dramatique. «Ça m’a vraiment aidée à me lâcher et à sortir de ma coquille», confie-t-elle.

Dans un autre studio, des touristes prennent place devant des miroirs de coiffeuse tandis que des maquilleuses les poudrent, leur appliquent du blush sur les pommettes et leur composent des coiffures élaborées. Le forfait complet (costume, coiffure, maquillage et vidéo) coûte 388 yuans (52 euros). Ces offres abordables attirent même des étrangers, à l’image de la Londonienne Kinjal Patel, venue exprès. Son forfait, pour l’équivalent de 134 euros, comprend des interprètes chinois-anglais, pour qu’elle comprenne les indications du réalisateur, données en mandarin.

Ça m’a vraiment aidée à me lâcher et à sortir de ma coquille

Âgée de 35 ans, fan de séries historiques, elle incarne une sœur innocente face à sa cadette, manipulatrice, qui l’accuse d’avoir brisé une tasse de leur mère. «Je voulais voir l’architecture, la culture, l’histoire, et m’y promener! Parce qu’ici, on a l’impression de remonter le temps», explique-t-elle, parée d’une robe rouge de la dynastie Ming. Si les «microdramas» séduisent autant, c’est que leur contenu «relève souvent du rêve et de l’imaginaire», analyse Wu Yizhuo, le réalisateur chargé du tournage de Kinjal Patel.

«Par exemple, un agent de sécurité courtisé par une belle PDG, ou une femme de ménage qui fait chavirer un beau PDG autoritaire», dit-il, citant quelques ressorts bien rodés du genre. «Même si on sait pertinemment que ce qu’on regarde est fictif, nos émotions se laissent emporter par l’intrigue, ce qui nous permet d’évacuer un peu de stress», ajoute-t-il. Les sociétés de production de «microdramas» recourent toutefois de plus en plus à l’IA pour remplacer acteurs et scénaristes – et réduire ainsi les coûts.

(Photo : afp)

Ces contenus générés artificiellement représentaient 95 % des 128 000 «microdramas» sortis dans le pays au premier trimestre 2026, selon la chaîne publique CCTV. À Hengdian, les travailleurs du secteur ont ainsi vu leur rôle fondre cette année, rapporte la chaîne. Si certains figurants pouvaient toucher jusqu’à 600 yuans (80 euros) par jour ces dernières années, leur paie a été divisée par deux en 2026, d’après CCTV.

Pour Gao Saifei, l’IA permet de donner vie à «des scènes plus grandioses et plus épiques pour un budget bien moindre», mais c’est une arme à double tranchant : les étudiants en art dramatique comme elle «pourraient bien se retrouver au chômage», s’inquiète-t-elle. Si les personnages générés par IA peuvent sembler «assez fluides» dans leurs expressions, les humains ont de «vraies émotions», quelque chose que l’IA «ne peut pas vraiment reproduire».

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