Le parti d’opposition dénonce une réforme fiscale jugée trop injuste, qui profiterait bien moins aux petits et moyens revenus qu’aux revenus les plus élevés. Une contre-proposition est mise sur la table.
La proposition alternative du LSAP arrive trop tard pour être intégrée au projet de réforme fiscale, soumis mercredi matin au vote de la Chambre et dont l’entrée en vigueur est prévue en 2028. Les députés socialistes vont d’ailleurs s’abstenir lors du vote sur le paquet élaboré par le ministre des Finances, Gilles Roth, sans pour autant en rejeter toutes les mesures.
L’élément-clé de la réforme, à savoir l’individualisation de l’imposition, est ainsi supporté par le LSAP. Il s’agirait d’une «revendication de longue date» qui incarnerait «l’égalité, l’émancipation et l’indépendance économique». «L’impôt doit se rapporter à la personne et non à l’état civil», souligne le parti dans un communiqué.
«Nous ne bloquons pas l’individualisation. Nous exigeons qu’elle soit rendue socialement plus juste», renchérit le député Franz Fayot. Les moyens publics engagés – la réforme aura un coût de 880 millions d’euros en 2028 – doivent profiter en premier lieu «aux revenus modestes et moyens, aux familles, aux monoparentaux et à la classe moyenne travailleuse».
C’est sur ce point que le LSAP voit le principal défaut de la réforme, justifiant ainsi son «non» lors du vote. «Sous le couvert de l’individualisation, le gouvernement opère en réalité une vaste réforme qui allège substantiellement la fiscalité des revenus les plus élevés», dénonce le camp socialiste, accusant la majorité CSV-DP d’offrir, à l’approche des législatives d’octobre 2028, «un cadeau électoral aux plus fortunés aux frais de la collectivité». «Arroser des plus fortunés aux petits revenus est non seulement injuste, mais aussi irresponsable vis-à-vis des générations futures», souligne Taina Bofferding, cheffe de file du LSAP à la Chambre.
Un simulateur en ligne
La contre-proposition est annoncée «plus ciblée» et donc «plus juste».
Le LSAP propose ainsi l’introduction d’une classe d’imposition unique reposant sur la «solidarité» («Barème S») qui prévoit une plus forte taxation des plus hauts revenus. Une exonération serait d’application jusqu’à 28 845 euros par an. Ensuite s’appliquerait une imposition progressive des tranches jusqu’à 48 % au-delà de 500 000 euros. Un célibataire de 55 ans avec un revenu mensuel brut de 83 333 euros paierait ainsi 4 001 euros de plus par mois comparé au système actuel.
En parallèle, les socialistes demandent une revalorisation du crédit d’impôt monoparental (6 000 euros par an) et l’introduction de nouveaux crédits d’impôts pour les enfants (1 200 euros par an et par enfant), pour les jeunes actifs de moins de 30 ans (jusqu’à 2 400 euros par an) et pour les aidants (jusqu’à 3 600 euros par an).
Le LSAP réclame en outre une «protection temporaire» des ménages à revenus uniques en cas de perte involontaire du revenu. Et finalement, l’introduction d’une période transitoire échelonnée pour les couples (classe 2), fondée sur l’ancienneté du mariage. La réforme du gouvernement fixe d’office à 25 ans la période maximale pour choisir de rester en classe 2 ou de glisser vers la nouvelle classe d’imposition unique.
Le parti propose aux contribuables de faire eux-mêmes la comparaison entre les avantages que leur apporte la réforme du gouvernement et celle mise sur la table par le LSAP. Un simulateur est disponible en ligne à l’adresse steieren.lsap.lu.
DP : «Aucun contribuable ne sera perdant»
Sans surprise, le DP, partenaire de coalition du CSV, «soutient pleinement» une réforme fiscale «revendiquée de longue date» par le Parti libéral. L’«empreinte libérale» est mise en avant par le député Patrick Goldschmidt, lundi matin, lors d’une conférence de presse. La «conviction que chacun a droit à une imposition identique» serait «l’un des principes fondamentaux» du DP.
Le camp libéral insiste aussi sur le maintien de la progressivité de l’impôt : «Les personnes disposant de revenus élevés continueront à payer davantage que celles aux revenus plus modestes.» Le DP salue en outre le fait qu’«aucun contribuable ne sera perdant à partir de 2028 et que la grande majorité bénéficiera même d’une situation plus avantageuse».
Les libéraux assument également le coût de la réforme, estimé entre 800 et 900 millions d’euros par an. Selon eux, l’allègement fiscal devrait avoir des «retombées positives sur la consommation, les recettes fiscales, l’attractivité du pays et l’emploi».