Le prévenu accuse sa victime présumée d’avoir commis les faits dont elle l’accuse. Alexandre s’est défendu en assurant être la victime dans cette affaire d’agression sexuelle.
«Il m’a forcé à faire des gestes que je ne souhaitais pas faire.» Un mineur aurait été à deux reprises agressé sexuellement dans les toilettes de l’entreprise dans laquelle il effectuait un job d’été à Luxembourg. Alexandre, 33 ans, un collègue travaillant au même étage, nie les agressions et se présente en victime de sa victime présumée.
Tous deux rapportent les mêmes faits d’un point de vue différent à la barre de la 9e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg et tous deux ont porté plainte l’un contre l’autre. Les deux jeunes hommes s’accusent mutuellement de s’être systématiquement suivis aux toilettes.
«J’avais remarqué des regards inappropriés de sa part», indique le prévenu âgé de 33 ans. «À la fin du mois, son harcèlement s’est intensifié.» Le 22 août 2025, l’un des deux aurait exhibé son pénis devant l’autre. Ruben et Alexandre auraient alors décidé de changer de toilettes jusqu’au 28 août 2025.
«Une personne est rentrée après moi et m’a entraîné dans une cabine en me tirant», rapporte Ruben, 17 ans au moment des faits. «Alexandre a mis mes mains sur son sexe et a imprimé un mouvement de va-et-vient.» Piégé, il aurait subi la scène avant d’aller la dénoncer à son supérieur. Alexandre réplique en accusant Ruben de l’avoir obligé à le regarder pendant qu’il se masturbait dans une cabine. Il finit par s’échapper et se tait.
«C’est une honte d’être courtisé par un mineur. Pour éviter une situation d’embarras, je me suis dit qu’il ne lui restait qu’une semaine de job étudiant», répond le prévenu à la présidente qui s’étonne qu’un adulte ne se soit pas défendu face à un mineur et ait tardé à dénoncer les faits allégués.
«Sur le moment, j’étais complètement choqué. Je ne voulais pas laisser faire, mais je ne savais pas comment réagir et communiquer sur le sujet. Le père de Ruben occupait un poste important dans l’entreprise. Je craignais de perdre mon emploi», explique Alexandre qui porte plainte contre Ruben le 23 septembre 2025. Alexandre a été mis à pied puis licencié.
La défense plaide l’acquittement
«Vos réactions me gênent dans ce dossier», insiste la juge. «Vous portez plainte au lendemain de votre entretien préalable au licenciement.» Son épouse l’y aurait encouragé. Alexandre est également accusé – «cerise sur le gâteau», d’après son avocat – de dénonciation calomnieuse «pour avoir dénoncé des faits qui n’ont jamais existé» et d’avoir menacé Ruben de représailles s’il le dénonçait.
«J’étais dans l’impossibilité totale de le suivre aux toilettes, contrairement à Ruben», jure Alexandre. «Son bureau avait une vue plongeante dessus.» Qui a agressé qui? S’il dit vrai, le prévenu semble jouer de malchance. Il aurait été agressé «un ou deux fois dans les toilettes publiques à Paris» par le passé, selon le rapport de police.
La présidente a bien pris le temps d’interroger Alexandre qui «ne pense pas avoir été traité comme un humain depuis le début de cette procédure». «J’ai l’impression de ne pas avoir été considéré.» Son avocat dénonce une différence de traitement procédural alors que «chacun prétend être le plaignant» et qu’«aucun élément factuel ne permet de privilégier une version par rapport à l’autre».
Les droits de la défense auraient été lésés, plaide-t-il. La différence de traitement remonterait jusqu’aux questions posées lors des interrogatoires préliminaires de police. «Le ministère public ne peut conférer l’autorité probatoire à la version qu’il décide de défendre à l’audience», poursuit l’avocat. «Cela ne peut suppléer l’absence d’investigations subjectives et neutres.»
Le procureur venait de requérir une peine de 24 mois de prison et une amende appropriée à l’encontre du prévenu, ne croyant «pas une seule minute» ses explications beaucoup moins «précises, circonstanciées et cohérentes» que celles de Ruben. Et de conclure qu’il n’y a «rien de honteux à se faire courtiser par un homme, mais qu’il est honteux de porter plainte contre la personne qu’on a agressée».
Ce à quoi l’avocat répond que «rien n’incrimine Alexandre, sauf le regard qu’on porte sur son comportement». Sans témoins des faits et sans expertise de crédibilité, c’est la parole de l’un contre celle de l’autre. Voire de celle du père de Ruben, dont la version diffère de celle de son fils, selon la défense. «Quelle version Ruben a-t-il livrée à son père?»
Alexandre est la victime et doit être acquitté, martèle sa défense après avoir déconstruit l’enquête et avancé des arguments en sa faveur.