Une «caresse» déplacée de la part d’un ami aurait poussé le prévenu à le poignarder. Le jeune homme a attendu l’audience pour avouer et expliquer son geste punitif.
«Je suis en prison depuis un an à cause du comportement sexuel inapproprié de Monsieur», lance Mohammad d’entrée de jeu. «Vous êtes en prison en raison du geste qui vous est imputé», le recadre le président de la 12e chambre criminelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg. Le jeune homme de 28 ans est accusé de tentative de meurtre sur Vedat, un Turque âgé de 30 ans, pour lui avoir porté un coup de couteau au cou.
Le jeune Kurde irakien de 28 ans a pris tout le monde à revers, même son avocate. C’est la première fois qu’il évoque la thèse du geste déplacé qu’il aurait voulu punir et qu’il avoue son geste. L’après-midi du 12 avril 2025, Vedat aurait «caressé» la main du prévenu lors d’un échange de cigarette et de briquet entre les deux occupants d’un foyer pour demandeurs de protection internationale. Une caresse que n’a pas appréciée le prévenu.
«Pourquoi ne pas l’avoir repoussé ou en avoir parlé avec lui?», veut comprendre le président de la chambre criminelle. «J’étais choqué. Je n’ai pas pu réagir immédiatement. Je le considérais comme un frère», répond le prévenu qui avait pourtant emporté un couteau. «Je n’avais pas encore décidé si j’allais l’utiliser.»
«Je devais extérioriser ce que je ressentais», explique-t-il. «Je l’ai attaqué pour qu’il ne s’approche plus de moi. Je voulais lui faire peur, pas le tuer. Je n’ai frappé qu’une fois et je suis parti. Si j’avais eu l’intention de le tuer, je ne l’aurais pas lâché.»
Les deux jeunes hommes avaient passé la soirée à Luxembourg. «Il ne sortait pas beaucoup. J’ai insisté pour qu’il m’accompagne», indique la victime. L’agression a eu lieu dans le parc de l’avenue Monterey vers 22 h. La victime s’est réfugiée «en se tenant le cou» dans le café Bonne Nouvelle, avenue Émile-Reuter, où elle a reçu les premier soins avant d’être opérée d’urgence.
«Il me regardait fixement»
La victime s’est trouvée «en danger de mort potentiel», selon un expert légiste qui estime qu’elle «a eu de la chance d’échapper à des complications plus graves». Un nerf et une veine ont été touchés ainsi que les muscles cervicaux. La victime en a gardé une paralysie d’une corde vocale et des séquelles respiratoires entre autres.
La police n’a pas réussi à trouver de témoins de l’attaque sur place, rapporte un officier de police judiciaire. Les faits se seraient produits «sur un banc, pendant qu’ils mangeaient et buvaient». La victime consultait son smartphone. C’est le moment qu’aurait choisi Mohammad pour lui donner le coup de couteau. À gauche, par derrière et par surprise alors qu’il se levait pour jeter leurs déchets à la poubelle.
Jusqu’à l’audience, Mohammad avait toujours contesté avoir porté le coup de couteau et n’en avait jamais donné la raison. «En tant qu’homme, il ne me viendrait jamais à l’esprit de caresser la main d’un autre homme», assure Vedat posément, d’une voix rauque, incapable de s’expliquer le geste dont il a été victime.
«Vous ne vous doutiez de rien», résume le président de la chambre criminelle après le récit de leur soirée par Vedat. Il avait toutefois trouvé étrange le comportement du prévenu. «Il ne parlait pas, il me regardait fixement.» Vedat ne se remet pas de l’attaque et subit, outre les séquelles physiques, les conséquences d’un stress post-traumatique. Il s’est porté partie civile et réclame la somme de 29 433 euros pour ses divers préjudices.
Mohammad, lui, n’en démord pas : il a porté un coup de couteau, certes, mais ne se sent pas coupable. Il aurait, selon lui, été agressé en premier. «Je m’excuserai s’il s’excuse», assure-t-il à la barre, illustrant ainsi «l’immaturité», «l’impulsivité», «l’incapacité à assumer ses actes» et la personnalité antisociale décelées par un expert psychiatre.
La représentante du ministère public estime que Mohammad «a agi en pleine conscience des conséquences». «Il devait savoir que le coup de couteau pouvait être mortel», précise-t-elle, convaincue que l’intention de donner la mort doit être retenue et donc la prévention de tentative de meurtre à l’encontre du prévenu. Le jeune homme, auquel elle n’a trouvé aucune circonstance atténuante, encourt 20 ans de prison minimum.