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[Musique] Space : Daft Punk vingt ans avant Daft Punk


(Photo : afp)

Pionnier de la musique électronique à la fin des années 1970, Didier Marouani, sous le nom de Space, est considéré comme un précurseur de la «French Touch». Il portait même un casque vingt ans avant Daft Punk. Entretien en haute altitude. 

Question : c’est un groupe français qui jouait de la musique électronique caché sous des casques et qui a vendu des millions de disques dans le monde. Non, ce n’est pas Daft Punk mais Space, fondé en 1977 par Didier Marouani et précurseur de la French Touch qui explosera vingt ans plus tard. «Il ne faut jamais penser qu’une idée est trop folle!», sourit aujourd’hui Didier Marouani en racontant une carrière qui l’a amené à être une star en Russie soviétique, à envoyer sa musique dans l’espace et à avoir un astéroïde à son nom.

L’odyssée de Space est célébrée dans un nouveau best of qui sort ce vendredi, The Art of Space Disco. Il résume les trois albums parus en 1977 et 1978 (Magic Fly, Deliverance et Just Blue), vendus à 10 millions d’exemplaires au total selon la maison de disques Because Music, et contient des remix par des artistes actuels. Il s’ouvre notamment sur Magic Fly, premier et principal tube du groupe. Cette mélodie accrocheuse jouée au synthétiseur sur un rythme disco sort début 1977. Le décollage est immédiat.

Dans l’appartement de Jean-Michel Jarre

«Tous les jours j’avais mon producteur au téléphone, il me disait : »J’ai vendu le titre en Angleterre, en Allemagne, aux États-Unis… ». Et moi je pensais : « Mais qu’est-ce qui se passe? »», se souvient Didier Marouani, 73 ans. Dans le clip, les membres de Space jouent dissimulés sous des casques d’astronautes et des combinaisons spatiales. Cette esthétique colle aux sonorités cosmiques du morceau, mais a aussi une raison très terre à terre.

«Je ne pouvais pas apparaître le visage découvert car j’avais un contrat avec Polydor», alors que Space était chez une autre maison de disques, Vogue, explique dans un rire Didier Marouani. Il est alors compositeur et chanteur de variété, et a fait des premières parties de Johnny Hallyday ou de Claude François. Quand il propose Magic Fly à Polydor, le refus est brutal : «Ils ont dit : « Pas question, ça n’a aucun intérêt! ». J’ai donc signé chez Vogue sous pseudonyme».

Il ne faut jamais penser qu’une idée est trop folle!

Pour former Space, il s’entoure de Roland Romanelli (claviers), collaborateur de la chanteuse Barbara, et du batteur américain Joe Hammer. L’appartement parisien où Didier Marouani compose le premier album du groupe est celui où Jean-Michel Jarre a écrit un autre succès mondial du synthétiseur, Oxygène (1976) : «J’ai repris son appartement quand il est parti». À la fin des années 1990, une nouvelle génération de musiciens électroniques français conquiert le monde, englobés sous l’appellation «French Touch». 

Auteur du générique de Temps X

Parmi eux, Étienne de Crécy, Air, Cassius, Alex Gopher ou les plus connus, Daft Punk, dont les casques de robots rappellent Space. «Daft Punk a dit avoir été inspiré par Space. Quand ils sont arrivés avec des casques, j’ai trouvé ça un peu lourd!», avoue Didier Marouani. Selon Alex Gopher, qui a remasterisé les morceaux de Space pour le best of, le succès international du groupe a ouvert la voie à tous ces artistes. 

(Photo : afp)

«Toutes ces musiques étaient instrumentales, sans barrière de la langue», rembobine-t-il. «Quand la maison de disques Virgin a fait de Daft Punk une priorité mondiale, ils ont pu se dire que c’était possible en se souvenant de succès français comme Space.» Sans faire de la musique de Space une influence directe, Alex Gopher voit un point commun avec celles estampillées «French Touch» : leur «richesse mélodique et harmonique», élément «très français». En 1979, Didier Marouani signe sous son nom le générique de Temps X, l’émission télévisée de science-fiction des frères Bogdanoff. 

Puis, alors que Space se désagrège, il est invité à donner des concerts géants en URSS dès 1983 : «Ça a accroché encore plus que dans les autres pays». En 1987, le Kremlin accepte que le CD de son album Space Opera soit lâché dans l’espace depuis la station Mir. Puis, en 2021, un astéroïde situé entre les orbites de Mars et Jupiter est officiellement baptisé (275215) Didiermarouani, à la demande de l’astronome russe qui l’a découvert en 2009. Après cinquante ans de carrière, le Français se dit toujours curieux des artistes électroniques actuels, lâchant avec gourmandise : «Justice, par exemple, je trouve ça bien!».

The Art of Space Disco (1977-1978), de Space.
Sortie ce vendredi. 

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