Après avoir perdu plus de 400 000 euros dans une fraude au changement de coordonnées bancaires, la Ville de Differdange publie une chronologie détaillée des faits et admet avoir informé le public trop tard.
La Ville de Differdange revient sur l’escroquerie qui lui a coûté plus de 400 000 euros au printemps dernier.
Dans un communiqué publié ce vendredi 9 octobre au soir, le collège échevinal entend «rétablir la chronologie exacte des faits» après les inexactitudes relevées dans les premières informations rendues publiques fin septembre.
Au cœur de cette affaire, une fraude au changement de coordonnées bancaires particulièrement élaborée. Le 20 avril, la commune reçoit une facture de 400 000 euros pour des travaux de construction en cours.
La chronologie des faits détaillée
La facture correspond bien à des prestations réelles. Les 4 et 5 mai, le service technique fait vérifier sa conformité par le bureau d’architectes, qui confirme sa validité et autorise le paiement.
Mais le 7 mai, un courriel envoyé depuis la messagerie du bureau d’architectes vient fausser la suite des événements. Les criminels ont en réalité pris le contrôle de cette boîte mail et se font passer pour les partenaires de la commune. Les adresses de deux collaborateurs de l’entreprise de construction, placés en copie du message, ont également été falsifiées.
Les escrocs demandent ensuite une modification des coordonnées bancaires du bénéficiaire, comme l’ont précédemment rapporté nos confrères du Tageblatt.
La Ville exige un document officiel attestant du changement et obtient également une confirmation du bureau d’architectes. Logique. Mais là, problème : les deux vérifications aboutissent à des réponses des fraudeurs eux-mêmes, qui contrôlent alors déjà la messagerie du prestataire.
Le 13 mai, les 400 000 euros sont versés sur un compte bancaire aux Pays-Bas. Ce n’est que le 19 mai, soit deux jours ouvrables plus tard, que le service des recettes détecte l’anomalie.
La commune contacte immédiatement sa banque et l’établissement néerlandais afin de tenter de bloquer les fonds, mais ceux-ci ont déjà été transférés.
Elle dépose plainte auprès de la police grand-ducale et alerte le bureau d’architectes, qui découvre, à cette occasion, la compromission de ses systèmes informatiques.
Des regrets sur la communication
Si la Ville affirme avoir réagi «dès la découverte de la fraude», elle reconnaît avoir tardé à communiquer sur l’affaire.
Le ministère de l’Intérieur n’a été informé que le 30 septembre, date à laquelle le dossier a été rendu public. Differdange explique avoir «privilégié, dans les semaines précédentes, les démarches visant à récupérer les fonds et le bon déroulement de l’enquête.»
Le collège échevinal admet toutefois, avec le recul, que «le ministère, le conseil communal et le public auraient dû être informés plus tôt».
Le bourgmestre, Guy Altmeisch (LSAP), reconnaît également des manquements dans la communication politique : «les faits ont été rendus publics trop tard et avec des erreurs».
Il regrette cette situation, tout en soulignant que «les services communaux avaient procédé à plusieurs vérifications avant le paiement et détecté la fraude en deux jours ouvrables.»
Des procédures renforcées
La commune insiste sur le «caractère professionnel» de l’escroquerie, qui a reposé sur le piratage d’un prestataire légitime et l’usurpation simultanée de l’identité de deux partenaires.
Un mode opératoire destiné à contourner les contrôles habituels, qui touche chaque année de nombreuses administrations et entreprises, au Luxembourg comme à l’étranger.
Differdange indique avoir «renforcé immédiatement ses procédures internes» et «sensibilisé l’ensemble de ses services aux fraudes au virement et au hameçonnage».
La Ville s’est également constituée partie civile et affirme «suivre l’enquête en collaboration avec la police grand-ducale et le Parquet.»
Les fonds détournés n’ont, à ce stade, pas pu être récupérés, selon la chronologie communiquée par la commune.