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CinÉast à la croisée des chemins


Le film «3 Weeks After» est l'une des deux coproductions luxembourgeoises présentées à CinÉast. (Photo : this and that productions)

CINÉMA Pour sa 19e édition, CinÉast accompagnera le boom des productions d’Europe centrale et orientale dans les grands festivals ces derniers mois, tout en restant éminemment politique et attaché au patrimoine.

D’une édition à l’autre, CinÉast porte la «stabilité» en étendard : «pas de changement majeur» mais quelques ajustements, selon Radek Lipka, le directeur du festival de cinéma d’Europe centrale et orientale. À l’instar de la défection d’un vieux partenaire, l’Ancien Cinéma de Vianden (une perte «temporaire», rassure Radek Lipka), et de l’intégration d’un nouveau lieu artistique, hqLX, l’ancienne caserne de pompiers du Limpertsberg (qui accueillera la projection du film Erupcja, avec la popstar Charli XCX, suivie d’un DJ set). Le festival, qui reviendra à Luxembourg du 9 au 25 octobre, avait déjà ébruité quelques informations, dont la première projection au Grand-Duché du chef d’œuvre Sátántangó (1994), un monument de 7 h 30 réalisé par le maître hongrois du «slow cinema», Béla Tarr, disparu le 6 janvier dernier. D’autres hommages seront rendus à l’immense Andrzej Wajda (1926-2016) pour le centenaire de sa naissance, ou encore au chef décorateur Allan Starski, connu pour son travail sur Schindler’s List ou The Pianist, en sa présence.

Radek Lipka note que cette 19e édition se place entre celle de «la majorité et les 20 ans», «un âge qui n’est pas encore celui de raison». Il ne faudra alors pas se fier aux films les plus connus (et sérieux) du lot – même le trublion roumain Radu Jude, avec son Journal d’une femme de chambre, signe son long métrage «le plus rangé», juge le directeur. Le retour de CinÉast se fera bel et bien sous le signe d’une certaine folie, comme le mettent en avant des films tels que la comédie dramatique déjantée Black Money and White Nights, le documentaire In Hell with Ivo sur l’artiste queer et provocateur Ivo Dimchev, ou Franz, de la grande Agnieszka Holland, une biographie de Franz Kafka au ton «acerbe», qui montre comment les grandes angoisses présentes dans l’œuvre de l’écrivain se sont concrétisées dans le monde d’aujourd’hui. Le tout sous un thème général, «Crossroads» («À la croisée des chemins), qui englobe sous ce nom aussi bien «les bouleversements politiques» que «les choix auxquels nous sommes confrontés chaque jour en tant qu’humains».

Année évènement

Forcément politique, le festival poursuit le projet CinÉast4Ukraine, initié en 2022 au lendemain de l’invasion russe, et qui a récolté jusqu’à présent «52 000 euros qui ont permis d’envoyer quatre ambulances» en Ukraine. Il accueillera aussi, parmi de nombreux invités de marque, l’ancien ministre des Affaires étrangères Jean Asselborn à l’occasion d’une rencontre autour du documentaire The Eukrainian, qui suit les efforts de l’Ukraine dans sa quête d’adhésion à l’Union européenne. La principale opposante politique biélorusse, Svetlana Tikhanovskaïa, honorera également le festival de sa présence «express et exceptionnelle» pour accompagne le documentaire Not Made for Politics, qui suit la résistance de femmes opposées à Loukachenko dans un contexte d’élections truquées.

Si le festival CinÉast reste le seul évènement au Luxembourg promouvant la richesse des cinémas d’Europe de l’Est, en mettant sur le même pied d’égalité les récentes sensations de festivals et des œuvres plus pointues, donc moins facilement visibles, avec cette 19e édition, «on a remarqué qu’il s’est passé quelque chose», note Radek Lipka, qui souligne la «forte représentation» de films est-européens aux palmarès des grands rendez-vous cinématographiques de l’année. Une parenthèse enchantée ou le début d’une reconnaissance globale attendue de longue date? Entre autres films évènements, on retrouvera sous la bannière de CinÉast les vainqueurs des derniers festivals de Cannes (Fjord, de Cristian Mungiu), Locarno (You Don’t Belong Here, de Florin Serban), et Sundance (Shame and Money, de Visar Morina, et le documentaire To Hold a Mountain, de Biljana Tutorov et Petar Glomazić). En outre, onze films programmés sont candidats nationaux aux Oscars, sur les vingt pays représentés en tout à CinÉast. Une moyenne remarquable.

Deux coproductions luxembourgeoises

À l’échelle du Luxembourg, le festival tient un double rôle de vitrine et de lieu de rencontre pour les industries cinématographiques nationale et des pays d’Europe centrale et orientale. Mais si deux Luxembourgeois – le réalisateur Fabrizio Maltese et la comédienne Jeanne Werner – figurent parmi le jury présidé par la cinéaste hongroise Ildikó Enyedi, seuls deux des quelque 65 longs métrages sélectionnés sont des coproductions nationales : le drame scolaire serbe 3 Weeks After, de Miroslav Terzić (Paul Thiltges Distribution), et Guria, de Levan Koguashvili (Tarantula), une tragicomédie sur fond de chute de l’URSS et de guerre civile.

Le directeur artistique du festival, Hynek Dedecius, avance un hasard du calendrier, alors que CinÉast a l’habitude de présenter en moyenne quatre à cinq nouvelles coproductions luxembourgeoises par an, hors courts métrages. «Il y a pas mal de films qui seront bientôt prêts ou qui sont en train de se faire», explique-t-il, glissant que certains d’entre eux pourraient d’abord prendre la direction du LuxFilmFest en mars prochain. On peut donc être assuré qu’en 2027, pour la vingtième édition de CinÉast, la présence luxembourgeoise occupera plus de place sur les écrans.

Du 9 au 25 octobre.

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