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[Exposition] La tapisserie de Bayeux est une «rock star» à Londres


(Photo : afp)

L’exposition de la tapisserie de Bayeux au British Museum suscite un engouement exceptionnel au Royaume-Uni, au point de déclencher une vraie «tapestry-mania».

John Heys faisait partie des chanceux ayant réussi à décrocher un billet pour l’ouverture de l’exposition de la tapisserie de Bayeux à Londres, qui affiche complet jusqu’au 31 décembre. «Je suis stupéfait de voir qu’elle soit si bien conservée après tout ce temps», a dit ce retraité de 74 ans à la sortie. «Elle est formidable tout du long», a-t-il ajouté à propos de l’œuvre, qui s’étend sur 70 mètres et raconte la conquête de l’Angleterre par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie. «C’est un tournant dans l’histoire de l’Angleterre», a souligné le visiteur.

Après avoir été accueillis par des membres du musée en tenues médiévales, les visiteurs disposent d’une quarantaine de minutes pour admirer la célèbre broderie, exposée pour la première fois à plat dans une semi-pénombre et accompagnée d’animations sur les principaux évènements qu’elle retrace. Cette œuvre jouit d’une «popularité digne d’une rock star», selon l’hebdomadaire The Economist, tandis que le Times affirme qu’une «mania» s’est emparée du pays.

Le président français, Emmanuel Macron, avait annoncé en juillet 2025 le prêt de ce joyau, envisagé deux fois par le passé sans aboutir : en 1953, pour le couronnement de la reine Elizabeth II, et en 1966, pour le 900e anniversaire de la bataille d’Hastings qui scella la victoire de Guillaume sur les troupes anglaises en 1066. La tapisserie, extrêmement fragile, est arrivée à Londres le 10 juillet dernier après un transport ultrasécurisé.

«C’est formidable que l’État français nous ait permis de l’accueillir ici», s’est réjoui Michael Lewis, le conservateur de l’exposition. «Les Britanniques sont complètement fous de cette œuvre tant elle occupe une place fondamentale dans leur histoire (…) Il est difficile de faire comprendre aux Français l’engouement qu’elle provoque au Royaume-Uni. Je crois qu’ils ne réalisent pas vraiment le trésor qu’ils ont entre les mains», a-t-il ajouté.

«Objet unique»

Constituée de neuf panneaux en lin reliés, la tapisserie représente quelque 626 personnages (et 202 chevaux) au cours de 58 scènes brodées de fil de laine. Elle montre notamment la désignation de Guillaume le Conquérant comme héritier du trône d’Angleterre en 1064 et se termine par sa victoire contre les troupes anglo-saxonnes à la bataille d’Hastings.

Pour Jenny, qui a fait partie des tout premiers visiteurs de l’exposition, «elle est formidable, émouvante et assez brutale». Cette Britannique de 52 ans avait vu la tapisserie à Bayeux à l’âge de 10 ans, et possède déjà des billets pour revoir l’exposition en novembre. «C’est un objet unique, un témoignage d’un événement historique majeur!», s’est-elle enthousiasmée.

Dans la boutique du musée, sont vendus tabliers, puzzles et jeux de cartes. Le magasin Liberty a sorti des coussins inspirés par l’œuvre d’art, au prix de 165 livres (192 euros) l’unité. En face du British Museum, un pub a installé sur ses murs une «tapisserie de la bière» retraçant l’histoire du breuvage à travers les âges.

Un million de visiteurs attendus

Selon les historiens, l’évêque Odon, demi-frère de Guillaume le Conquérant, a commandé en 1077 la tapisserie afin d’orner la cathédrale de Bayeux. Beaucoup, dont le conservateur Michael Lewis, considèrent qu’elle a été brodée en Angleterre. Ce prêt inédit constitue «un précieux symbole de confiance», avait déclaré le roi Charles III après avoir admiré la broderie en avant-première le 2 septembre, aux côtés d’Emmanuel Macron et du Premier ministre britannique, Andy Burnham.

Un nouveau lot de billets doit être mis en vente le 21 octobre. Jusqu’à un million de personnes sont attendues pour cette exposition qui doit se terminer le 11 juillet 2027. La tapisserie reprendra ensuite le chemin de Bayeux. Son transfert à partir de la Normandie a donné des sueurs froides à des experts et à des défenseurs du patrimoine en France, qui redoutaient une dégradation irréversible de l’œuvre. Une «rupture de deux fils» a été constatée après ce transfert, sans toutefois que l’état général ait été altéré, a assuré la ministre française de la Culture, Catherine Pégard.

Photos interdites

Le British Museum a interdit aux visiteurs de l’exposition de la tapisserie de Bayeux de prendre des photographies, afin que la circulation du public venu découvrir ce trésor médiéval soit plus fluide, a indiqué lundi le musée londonien.

«L’intérêt pour la tapisserie est considérable et notre priorité est de veiller à ce que tous les visiteurs bénéficient de la meilleure expérience possible», a expliqué un porte-parole du British Museum dans un communiqué. «Nous avons pris la décision d’interdire les photographies pendant que les visiteurs se déplacent le long de la tapisserie», a ajouté le musée, sans préciser quand cette interdiction était entrée en vigueur.

Les photographies avaient dans un premier temps été autorisées, mais la circulation des visiteurs était ralentie par ceux qui s’arrêtaient pour prendre des photos.

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