Pour embrasser le Luxembourg et sa culture, il faut y mettre la langue. Une journée nationale organisée le 26 septembre encouragera sa pratique et décoincera les plus réticents.
Une langue est une passerelle vers l’autre. Ne pas la maîtriser empêche le dialogue, les échanges, les liens sociaux, la cohésion et la découverte, voire encourage le repli sur soi, la solitude et les idées préconçues sur l’autre. Malheureusement, même au Luxembourg connu pour son multilinguisme, tout le monde ne jongle pas avec les langues et s’arrêter au seul Luxembourgeois paraît difficile étant donnée la diversité grandissante de ses habitants.
En dix ans, la diversité linguistique a explosé avec une augmentation de 55 % de «nouvelles langues», constate le portail statistiques.lu en janvier dernier. Ce qui modifie profondément la situation linguistique. Si le luxembourgeois reste en tête des langues les plus parlées, il a perdu des locuteurs au cours de ces quinze dernières années. Toujours selon le portail, pratiquement quatre personnes sur dix ne parleraient pas luxembourgeois, ni à la maison ni au travail.
Il suffit de se promener dans les rues de la capitale ou dans les transports en commun vers les communes limitrophes pour s’en rendre compte. La pratique du luxembourgeois comme langue principale déclarée est passée de 55,8 % en 2011 à 48,9 % en 2021. L’érosion est lente, mais d’autant plus préoccupante que les premières générations d’étrangers nés sur le sol grand-ducal pratiquent de moins en moins la langue de Dicks.
Afin qu’elle ne s’éteigne pas avec ses locuteurs natifs et devienne une langue véhiculaire pour les nouveaux arrivants, la deuxième journée de la langue luxembourgeoise est organisée le 26 septembre dans tout le pays. Après le succès de la première édition en 2025, de nombreuses communes, associations et organisations ont répondu présentes à l’appel du ministère de la Culture pour y participer.
«Cette journée fait partie du plan d’action pour la langue luxembourgeoise et met concrètement en œuvre la mesure 38, qui vise notamment à promouvoir et à renforcer la visibilité de notre langue», a indiqué Eric Thill lundi matin. «L’objectif est non seulement de thématiser le luxembourgeois, mais de le vivre et de l’utiliser au quotidien en famille, à l’école, au travail, dans les associations, dans la culture, la musique, la littérature et le théâtre. Parallèlement, le caractère plurilingue de notre société doit être mis en avant comme une force et comme une composante de notre identité.»
À la poursuite de l’écureuil
Il faut donc oser dire quelques mots pour briser la glace. L’effort sera apprécié par votre interlocuteur. Un bon moyen de se familiariser avec la langue est de participer à une des soixante activités proposées ce jour-là. Il suffit de suivre le Kaweechelchen (NDLR : écureuil en luxembourgeois) bondissant jusque sur le site internet dag.letzebuergesch.lu pour découvrir le programme ainsi que d’autres mots préférés des apprenants comme Seechomes, Gromperekichelchen ou Muckefuck entre autres.
Le site internet est partie intégrante de la campagne «Dat ass…». Il répertorie toutes les activités allant de conférences et cours interactifs aux ateliers de théâtre et de cinéma, en passant par des concerts, des cafés de langues, des expositions et podcasts.
Le ministère de la Culture conseille le LëtzCamp, qui se tiendra à l’Institut national des langues Luxembourg (INLL) à Luxembourg-Ville. «Chacun aura l’occasion de contribuer avec ses idées, ses expériences et ses propositions pour l’avenir de la langue luxembourgeoise. Les discussions mèneront à l’élaboration de mesures et d’idées concrètes.»
L’exposition «D’Lëtzebuerger Sprooch(en)» – du 26 septembre au 14 novembre au Parlement européen au Kirchberg – vaut également le détour. Elle invite à explorer la langue luxembourgeoise et les langues du Grand-Duché. Le titre, volontairement ambigu, reflète la complexité linguistique du pays, décrit le programme. Des visites guidées et des brèves conférences sur la situation linguistique au Luxembourg seront proposées.
«Un aspect essentiel de la promotion de la langue luxembourgeoise est sa visibilité. Elle doit être présente dans l’espace public et voir sa valeur renforcée», poursuit le ministère de la Culture sur son site internet. «Notre objectif principal cette année est de renforcer le luxembourgeois comme langue vivante et de motiver son usage actif, car cette langue crée des liens et construit des ponts.» Elle est en outre liée aux origines, à l’histoire et à l’identité du pays et de ses citoyens.