Le Luxembourg renouvelle son soutien à l’agence des Nations unies pour la santé reproductive et sexuelle. Sa représentante a alerté sur les dérives culturelles touchant les femmes.
Diene Keita, secrétaire générale adjointe des Nations unies et directrice exécutive du Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP en français, UNFPA en anglais), était en visite au Luxembourg ces derniers jours pour rappeler à quel point pouvoir, en tant que femme, disposer de son corps et de son avenir est important et ne coule pas toujours de source dans certaines cultures et traditions.
«Nous avons constaté beaucoup de reculs en la matière et nous continuons à sensibiliser les communautés», explique l’invitée de Xavier Bettel et de la Chambre des députés. Les mutilations et les violences sexuelles, les mariages forcés et les orientations sexuelles imposées ne seraient pas du fait des femmes. «Pour que les filles puissent rester dans la communauté», elles sont soumises à des «idées préconçues» et «traditions ancestrales». «Nous essayons de faire comprendre aux communautés que cela n’a aucun avantage. (…) Une femme diminuée, c’est une société tout entière qui est diminuée.»
En 2024, 25 millions de femmes et de jeunes filles n’avaient pas accès à un moyen de contraception moderne et toutes les deux minutes, une femme est morte de complications liées à sa grossesse ou lors de l’accouchement. En 2025, grâce à l’aide du FNUAP, «295 millions de protections contraceptives ont été distribuées, 66,1 millions de grossesses non désirées ont été évitées», illustre le ministre de la Coopération et de l’Action humanitaire, qui ajoute que «8,5 millions d’accouchements sans risques ont été réalisés dans des régions en crise».
La Coopération luxembourgeoise soutient le travail de l’agence des Nations unies chargée de la santé reproductive et sexuelle des populations les plus vulnérables dans le cadre d’un partenariat «durable et structuré» depuis 2004. «Nous défendons les droits humains et l’égalité des genres, nous investissons dans la santé sexuelle et aidons les populations les plus vulnérables qui n’ont pas d’avocats pour porter leur voix», rappelle Xavier Bettel. «Le Luxembourg continuera à être un partenaire, à vous soutenir, à investir dans l’égalité et les droits», poursuit-il en s’adressant à Diene Keita.
25 % de financement en moins
Le Luxembourg consacre 1 % de son revenu national brut à l’aide publique au développement, dont environ 30 % sont alloués à des partenaires multilatéraux. L’an passé, le Luxembourg a donné plus de 15 millions d’euros à cette agence de l’ONU. En septembre 2025, un nouveau «cadre de partenariat stratégique» a été signé pour la période 2026-2029.
Les domaines spécifiques de collaboration entre le Grand-Duché et le FNUAP incluent la prévention des infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH, la promotion de la santé sexuelle et reproductive, dont la santé maternelle, l’abandon de l’excision, la campagne du FNUAP contre la fistule, et UNFPA Supplies, qui fournit des contraceptifs modernes et d’autres produits de santé reproductive.
En 2024, les États-Unis étaient le premier contributeur de l’organisation avec environ 286 millions de dollars pour l’aide humanitaire et le développement. Depuis, l’administration américaine a suspendu l’intégralité des nouveaux accords de financement, entraînant la perte d’une enveloppe estimée à 377 millions de dollars, selon un rapport du Parlement européen. Cette suspension s’appuie sur l’amendement Kemp-Kasten, qui interdit de financer les organisations jugées impliquées dans la gestion de programmes d’avortement ou de planification familiale coercitive.
Les droits des femmes, comme les financements du FNUAP même en Europe, sont en recul. L’agence enregistre une perte de 25 % de son financement. Pourtant, le travail du fonds est essentiel pour les populations des 150 pays – dont l’Afghanistan, le Soudan, la Somalie, Haïti et le Sahel – dans lesquels il intervient. «Chaque vie mérite d’être sauvée», affirme Diene Keita, qui se bat pour compenser les pertes sans rogner sur la qualité des aides apportées. «Des gens meurent quand nous n’intervenons pas.»