Guillaume Priou retrace le destin hors norme du célèbre meneur de jeu français. Une approche honnête et romantique qui préfère les terrains aux coulisses politiques.
Repartir sur les traces de Michel Platini, c’est (re)découvrir un football d’un autre temps, moins business et tape-à-l’œil qu’il ne l’est aujourd’hui. Ceux âgés de plus de quarante ans rajouteront sûrement plus glamour. C’était l’époque des terrains pourris, des chaussettes baissées, des physiques passe-partout, des cornes de brume, du public debout dans les gradins, des transversales de cinquante mètres façon quarterback, des défenses coupe-pattes, et, plus généralement, d’une France qui ne sait que perdre, en club comme en sélection. Conséquence : elle boude le ballon rond.
Mais voilà que dans les années 1970 arrive de Joeuf, ville ouvrière de Meurthe-et-Moselle, un joueur d’une autre trempe et d’un talent fou : Michel Platini, le «Platoche» comme on dit en Lorraine, futur «roi» d’Italie après cinq saisons jouées pour la Juventus, et sauveur annoncé de toute une nation en mal de succès. Sous le maillot des Bianconeri, des Bleus et d’autres (Nancy, Saint-Étienne), il remportera presque tout, à l’exception de la Coupe du monde qu’il lèvera finalement en tant que président du comité d’organisation, à domicile, en 1998. La série en six épisodes que lui consacrent Guillaume Priou et Canal+ épouse d’ailleurs cette trajectoire : oui, être Platini, ça ne veut pas dire que gagner.

(Photo : canal+)
Brouillant un peu les repères chronologiques, le réalisateur reste toutefois fidèle aux codes qu’imposent l’exercice biographique : une tonne d’archives, des confidences du principal intéressé et une kyrielle d’intervenants, des proches (ses enfants Laurent et Marine) aux partenaires de vestiaires (Olivier Rouyer, Alain Giresse, Marco Tardelli…) en passant par ses rivaux du Calcio (Karl-Heinz Rummenigge, Zico). D’une même voix, ils dépeignent un personnage entier qui, à défaut d’être brillant à ses débuts («je n’étais pas un winner», dit-il), va s’accrocher à son étoile, porté par le solide caractère d’un «leader né», une envie de gagner collée aux crampons et le sentiment d’«être contre» le reste du monde qui, c’est assuré, ne lui fera pas de cadeau.
Michel, c’est Michel!
Si la lumière vient de Marcel-Picot à Nancy, où il réalise ses premiers dribbles en tant que professionnel et se montre déjà à la télévision (la publicité «Fruité, c’est plus musclé!»), c’est de deux autres stades qu’il tient son génie : à Joeuf d’abord, où son père Aldo officie comme entraineur et lui transmettra ce plaisir simple de jouer «entre copains». À Metz ensuite, où il découvre enfant, lors d’un match amical entre anciennes gloires, que l’on peut faire une passe à l’aveugle. L’œuvre est de László Kubala, et Michel Platini, «traumatisé» par cette inspiration, va en faire sa signature. Celle d’un numéro 10 «intelligent» qui voit les espaces avant les autres pour mieux s’y engouffrer ou délivrer une passe millimétrée. Il devient alors celui qui «éclaire le jeu».
Sportivement, le déroulement est connu : des victoires à la pelle, des coups-francs d’anthologie, trois Ballons d’or (il en donnera un à Giovanni Agnelli, patron de Fiat étroitement liée à l’histoire de la Juve et la sienne), une apogée en 1985 et la lente déchéance d’un corps chargé d’anti-inflammatoires. Avant le jubilé à domicile façon «Disneyland» (avec Pelé, Diego Maradona), il y aura des joies et des larmes, notamment lors de la finale de la Coupe d’Europe des clubs champions contre Liverpool (le drame du Heysel et ses 39 morts, en majorité des tifosi), «un enfer» qui le hante toujours. Mais aussi de la colère lorsqu’il se fait siffler sur les terrains français, rancune à laquelle il répondra par un bras d’honneur au Parc des Princes. Le geste d’un homme qui a toujours eu «peur d’être jugé, mal compris et mal aimé».

(Photo : canal+)
Côté anecdotes, la plus belle est sûrement l’histoire de l’arbitre qui, lors de la demi-finale du Championnat d’Europe gagné sur le fil, en prolongations, contre le Portugal, va lui demander son maillot qu’il recevra à condition «qu’il siffle la fin du match tout de suite», rigole le numéro 10. Lui-même va en enfiler d’autres durant ou après sa carrière : porteur de flamme pour les Jeux olympiques d’hiver, chanteur (pour Les Restos du Cœur), animateur (de son émission éphémère Numéro 10 sur Antenne 2), objet publicitaire, sélectionneur «grand frère» notamment auprès de Didier Deschamps, et désormais propriétaire d’un bar à Cassis où, depuis le bord de la Méditerranée, il glisse : «Le football, c’est formidable! Il ne faut pas le dégrader».
Une remarque qui s’appuie sur son expérience politique, abordée durant un unique épisode, d’abord à la tête de l’UEFA (il est notamment à l’origine des règles sur le fair-play financier et de la création de la Ligue des Nations), avant qu’il ne se casse les dents sur Sepp Blatter et Gianni Infantino, figures de la FIFA et de la grande marchandisation en marche accélérée du ballon rond. Pour avoir cherché à briguer sa présidence, il sortira «meurtri» de dix ans de «persécution» judiciaire, avant d’être blanchi en 2025. Il se souviendra sûrement des conseils avisés de son camarade de la Juve, Zbigniew Boniek, qui l’avait prévenu «de ne pas y aller». A-t-il retenu la leçon et cette évidence que le football est aujourd’hui entre les mains de ceux qui le connaissent le moins? Pas sûr, car il continue de suivre la philosophie de sa mère, qui tient en une seule phrase : «Quand des portes se ferment, d’autres s’ouvrent».
Platini
De Guillaume Priou
Avec Michel Platini, Alain Giresse, Maxime Bossis…
Durée 6 x 30 minutes
Genre sport / documentaire
Buteur, passeur, capitaine, sélectionneur, président : dans le monde du football, Michel Platini a eu plusieurs casquettes. Retour sur le parcours de cette figure emblématique, de Saint-Étienne jusqu’à Turin, raconté par d’anciens coéquipiers ou adversaires.
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