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Les talents hors UE, nouveaux moteurs de l’emploi luxembourgeois


Le marché de l'emploi change de visage : les Indiens dépassent désormais de nombreuses nationalités historiques. (Photo : adobe stock)

Une étude de l’Adem montre que les ressortissants de pays tiers occupent une place grandissante sur le marché du travail luxembourgeois.

L’immigration en provenance de pays hors Union européenne transforme progressivement le marché du travail luxembourgeois.

C’est en tout cas ce qui ressort de la dernière étude faite par l’Agence pour le développement de l’emploi (Adem) qui montre que ces travailleurs contribuent de plus en plus à la croissance de l’emploi, mais rencontrent aussi davantage de difficultés pour accéder durablement au marché du travail.

Premier constat : leur poids dans la population ne cesse d’augmenter. En sept ans, la part des ressortissants de pays tiers parmi les résidents en âge de travailler est passée de 9,4 % à 13,1 %.

L’Adem estime que c’est désormais «la recomposition progressive de la population en âge de travailler qui retient l’attention», alors que la part des résidents originaires d’un autre État membre de l’Union européenne recule progressivement.

Cette évolution se retrouve dans l’emploi : fin septembre 2025, le Luxembourg comptait ainsi près de 33 000 salariés résidents issus de pays tiers, soit 12,2 % de l’ensemble des salariés. Une progression spectaculaire par rapport à 2018, avec environ 13 000 salariés supplémentaires.

Évolution de la population résidente salariée par groupe de nationalité.

Deuxième constat : leur présence ne se limite plus seulement aux secteurs traditionnellement en tension. Si l’hébergement et la restauration demeure le domaine où ils sont proportionnellement les plus nombreux, l’étude souligne une «progression marquée dans les secteurs à haute valeur ajoutée».

Ainsi, les activités spécialisées, scientifiques et techniques, les technologies de l’information ou encore la finance recrutent de plus en plus de travailleurs originaires de pays tiers.

Pour l’Adem, cette évolution traduit «une diversification progressive des trajectoires professionnelles des ressortissants de pays tiers», lesquels occupent désormais «une place croissante dans les secteurs à haut niveau d’expertise».

Une surreprésentation… au chômage

Cette dynamique est certes, positive, mais s’accompagne aussi d’un revers moins glorieux : le chômage.

En effet, au 31 décembre 2025, 6 674 ressortissants de pays tiers étaient inscrits auprès de l’Adem comme demandeurs d’emploi, contre un peu moins de 4 400 sept ans plus tôt. Leur nombre a ainsi progressé de 52 %. Ils représentent désormais près d’un demandeur d’emploi sur quatre (23,5 %).

Le décalage est frappant : alors qu’ils ne constituent que 13,1 % de la population en âge de travailler et 12,2 % des salariés, ils représentent presque le double parmi les inscrits à l’Adem.

Évolution des demandeurs d’emploi ressortissants de pays tiers vis-à-vis de la population totale des demandeurs d’emploi.

L’agence parle ainsi d’une «surreprésentation relative des ressortissants de pays tiers parmi les demandeurs d’emploi», laquelle «suggère des conditions d’accès à l’emploi moins favorables que pour les autres groupes de nationalité».

Attention toutefois : l’étude rappelle que près d’un quart des demandeurs d’emploi ressortissants de pays tiers bénéficient aussi d’un statut de protection internationale ou temporaire, notamment les réfugiés ukrainiens arrivés après le début de la guerre en 2022.

Une fois ces bénéficiaires exclus des statistiques, leur part parmi les demandeurs d’emploi retombe à 17,9 %. Elle reste cependant supérieure à leur poids dans la population active.

Les situations diffèrent aussi selon le pays d’origine, le motif du séjour ou encore le parcours migratoire. Les migrants économiques, les bénéficiaires d’un regroupement familial ou les personnes placées sous protection internationale ne rencontrent (forcément) pas les mêmes difficultés d’insertion.

Davantage diplômés

Dernier constat toujours lié au chômage : une part importante des demandeurs d’emploi issus de pays tiers possède un diplôme de l’enseignement supérieur, obtenus, dans la majorité des cas, hors de l’Union européenne. Une particularité qui rend leur reconnaissance compliquée sur le marché luxembourgeois.

Composition des demandeurs d’emploi par niveau d’études.

«Les compétences linguistiques, les contraintes administratives ou encore les difficultés d’accès à certaines professions réglementées» constituent également des «freins importants», souligne l’Adem.

Pour l’agence, ces résultats montrent surtout que les ressortissants de pays tiers représentent aussi un réservoir de compétences encore insuffisamment valorisé, surtout dans un contexte où le Luxembourg fait face à des pénuries persistantes de main-d’œuvre.

L’agence estime ainsi que l’enjeu consiste désormais à «mieux reconnaître leurs qualifications, leurs compétences et leur expérience», afin de faciliter leur insertion sur le marché du travail. L’objectif est clair : éviter «le gaspillage de compétences».

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