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[Musique] Muaaah! Records, label de fabrication locale


Le groupe Miaow Miaow (Photo : muaaah! records)

Lancé en 2021 depuis les Rotondes, le label célèbre le vinyle, réédité ou d’actualité. Avec sa nouvelle série «Muaaah! From The Past», il se penche désormais sur d’anciens albums de groupes luxembourgeois n’ayant jamais vu le jour jusqu’ici.

Ceux qui aiment lever le coude sur le parvis des Rotondes reconnaissent immédiatement la frimousse hirsute et le slogan enthousiaste sur l’étiquette de leurs bières. Mais tout le monde devrait savoir que derrière cet appât «promotionnel», Muaaah! Records, comme son nom l’indique, est d’abord un label. «Je ne sais pas si les gens font le lien, mais en tout cas, ça a l'air d'être apprécié. C’est déjà un plus!», plaisante Yann Gelezuinas, régisseur et cofondateur du projet avec deux autres figures bien connues de la place, les programmateurs Marc Hauser et Nicolas Przeor.

 

Une bonne idée née à l’occasion de la crise sanitaire où l’ennui est devenu un terreau propice à la créativité. On est en 2021, soit une décennie après la création de l’alter ego messin, Specific Recordings. Le principe reste d’ailleurs le même : célébrer le vinyle, la nouveauté et la réédition, dans une approche passionnelle qui mélange plaisirs égoïstes et sens du partage. Yann Gelezuinas synthétise : «Pouvoir sortir des albums que l’on a écoutés jeune, ou d’autres que l’on a appréciés par la suite mais qui n’existaient pas en vinyle, c’est en effet un petit kiff personnel. Mais après, les groupes concernés, comme les auditeurs, sont eux aussi ravis».

«Des bonbons pour les oreilles»

Une joie collective qui a démarré l’année suivante avec un premier «bonbon pour les oreilles», comme il est écrit sur Bandcamp : At The Speed Of Light Or Day de Volta Do Mar, daté initialement de 2001. Si ce groupe américain est connu de peu de monde, c’est normal : on a affaire ici à des spécialistes. «Ce sont des noms qui ont circulé dans des cercles fermés, intervient Nicolas Przeor pour justifier la démarche. Il y a un côté culte derrière tout ça». Suivront d’autres sorties qui montrent toutefois que le label a l’esprit large : des nouveautés locales (Artaban, No Metal in This Battle) comme des «split EP», et même des cassettes audio à l’ancienne.

 

La scène nationale est mal documentée, mal représentée

Entre soutien à la scène actuelle et anciennetés au doux parfum «nostalgique et affectif», la réussite, elle, fluctue. «On arrive à rentrer dans nos frais», lâche Marc Hauser, pragmatique, jamais à l’abri de surprises en référence aux «7-inch» des locaux Bartleby Delicate, Hannah Ida, Autumn Sweater et Sheebaba, que Muaaah! Records a édités : «Les groupes sont connus, marchent plutôt bien même, mais l’objet, lui, moins. Quand on est derrière un stand et que les gens ne savent pas ce qu'est un 45 tours, ça fait quand même bizarre…» Nicolas Przeor ne dit pas le contraire : «Le vinyle, c’est rétro, un truc de collectionneurs». D'où sûrement, aussi, son retour en force face à une dématérialisation à tout crin.

Le trio poursuit malgré tout sur ses intentions, guidé par le plaisir et désormais par une nouvelle proposition intitulée «Muaaah! From The Past». Soit l’édition exclusive d’albums de groupes luxembourgeois n’ayant jamais vu le jour jusqu’ici. L’objectif est vertueux à plusieurs titres : déjà, par ce biais, le label s’évite les recherches fastidieuses. «Le plus difficile, c’est toujours de trouver les contacts de groupes qui n’existent plus. Il faut plonger au fond des entrailles d’internet». Ensuite, en affirmant un peu plus son enracinement sur le territoire, il réécrit une Histoire toujours à l’état de pointillé : «La scène nationale est mal documentée, mal représentée, poursuit Nicolas Przeor. Surtout que certains groupes ont eu une carrière éclair!»

Deux autres rééditions avant la fin de l'année 

Dans le lot, assurent-ils, il y a des «pépites», comme la première à lancer la série : Summertime for a lifetime de Miaow Miaow, sortie en 2007. Sans conflit d’intérêt, Nicolas Przeor, ex-guitariste de cette formation à la courte durée de vie, raconte : «C’était un album plaisant à faire. C’était la première fois que l’on quittait l’univers du punk et du hardcore pour aller vers une musique plus mélodique», comme Pavement ou Modest Mouse. «Tous les dimanches, on écrivait deux-trois morceaux, et le public a accroché». Selon ses potes et lui, vingt ans après, l’objet reste de qualité. «Honnêtement, j'en suis encore fier. C'est un disque qui passe bien», lâche-t-il nostalgique, suivi par Yann Gelezuinas, plus ancré dans le présent : «En plus, c’est un style qui revient au devant de la scène».


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