JEU VIDÉO Quatorze ans après sa dernière aventure sur console, l’agent secret britannique James Bond revient dans un nouveau jeu vidéo, à la faveur d’un retour en grâce des sagas chéries du cinéma.
«J’ai travaillé sur de nombreux projets différents, mais j’ai toujours eu Bond dans un coin de ma tête», avait confié en août dernier Rasmus Poulsen, directeur artistique de 007 First Light, en marge du salon Gamescom en Allemagne. Pour ce quadragénaire danois, qui consacre également une chaîne YouTube à la réalisation en 3D de vaisseaux issus des sagas Star Wars et Star Trek, comme pour de nombreux développeurs, adapter en jeu vidéo des univers avec lesquels ils ont grandi fait souvent figure de rêve d’enfant. Disponible sur PC et consoles PlayStation et Xbox (la version Nintendo Switch est attendue plus tard cette année), 007 First Light propose une relecture des origines du personnage avec un James Bond plus jeune et moderne, avant que l’agent décroche son fameux «permis de tuer».
Doué avec les armes à feu, armé de gadgets technologiques, pilotant des voitures de luxe, «James Bond est un bon client pour le jeu vidéo, car c’est un personnage construit sur un impératif d’action», estime Alexis Blanchet, maître de conférences au département cinéma et audiovisuel de la Sorbonne-Nouvelle. Cela faisait pourtant plus d’une décennie que l’agent secret n’avait pas eu les honneurs d’une aventure sur consoles : si GoldenEye 007, titre culte de la Nintendo 64 et adaptation du film de 1995, s’était imposé comme l’un des meilleurs jeux de sa génération à sa sortie en 1997, ses successeurs n’ont pas connu le même succès. Le précédent jeu, 007 Legends (2012), sorti pour le 50e anniversaire de la saga et qui permettait de revivre les missions iconiques des différents interprètes de l’agent secret (Sean Connery, Roger Moore, Pierce Brosnan…), avait été largement considéré par les critiques et les fans comme l’un des jeux James Bond les moins réussis.
«Routine» de l’industrie
First Light est aussi la première incursion de la saga dans le jeu vidéo depuis le rachat de la MGM, détentrice des droits de James Bond, par Amazon en 2022. «Il semble logique qu’Amazon fasse ses premiers pas dans la mythologie 007 avec un jeu vidéo», estime le journaliste britannique Keith Stuart, dans une newsletter du quotidien The Guardian. «Au cinéma, l’héritage du personnage de Bond est devenu problématique et ses motivations en tant qu’agent secret britannique moderne sont incertaines.» Les éléments immanquables de la série de films sont pourtant bien là, dont la participation de David Arnold, compositeur de cinq aventures de 007 au cinéma, qui signe également la chanson du générique du jeu, interprétée par Lana Del Rey.
Si les premières adaptations de films en jeux vidéo remontent à la fin des années 1970, elles connaissent un premier engouement du milieu des années 1980 jusqu’au milieu des années 1990. De nombreux blockbusters voient ainsi leur sortie cinéma s’accompagner d’une déclinaison en jeu vidéo, souvent de qualité très inégale, pour surfer sur la campagne marketing autour du film : Harry Potter, The Lord of the Rings, The Matrix, Scarface, Batman et autres super-héros, sans oublier les immanquables jeux Star Wars. Cette tendance connaît son pic dans les années 2000, où les adaptations laissent davantage la place à des histoires parallèles prolongeant en jeu vidéo l’univers des longs-métrages, avant de fortement ralentir au début des années 2010, selon des données fournies par Alexis Blanchet.
Entre 1975 et 2011, 547 films de cinéma ont donné lieu à quelque 2 000 jeux vidéo, ce qui représente environ 10 % de l’édition de jeux vidéo, estime le chercheur dans une étude. Pour lui, cette résurgence ponctuelle des grandes sagas de la pop culture relève davantage d’un «fonctionnement routinier» de l’industrie plutôt que d’un vrai «renouveau». «Il y a un vieillissement de l’âge moyen des joueurs de jeux vidéo, et les studios en sont conscients», ajoute Alexis Blanchet.
Soif d’adaptations
Pour sortir du lot, mettre en avant des figures connues du grand public permet aux éditeurs d’«essayer de garantir le succès du jeu» face aux difficultés économiques que traverse le secteur depuis plus de deux ans, poursuit le maître de conférences. Avec des résultats contrastés : si Hogwarts Legacy (2023) ou Indiana Jones et le Cercle ancien (2024) ont trouvé leur public, d’autres ont connu des lancements plus mitigés, comme Star Wars Outlaws (2024) d’Ubisoft.
Indépendamment des résultats, la porte reste ouverte à de nouvelles adaptations. «Comme l’ont démontré des titres acclamés comme Indiana Jones et Star Wars Jedi : Fallen Order (2019), les jeux vidéo modernes sont capables de contourner les complexités de certaines franchises cinématographiques en perte de vitesse en offrant aux fans les éléments de l’expérience qu’ils recherchent, sans les problématiques d’intrigues bancales et de mythologies rigides», estime Keith Stuart.
007 First Light,
de IO Interactive.
Disponible sur PC, PlayStation 5 et Xbox Series.