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[Cinéma] «L’Abandon», un film «au plus près» des derniers jours de Samuel Paty


À travers son interprétation, Antoine Reinartz «ressuscite» Samuel Paty, selon la sœur de ce dernier, Mickaëlle Paty. (Photo : guy ferrandis)

CINÉMA En salle depuis mercredi après sa première à Cannes, L’Abandon fait le récit clinique des dix derniers jours de Samuel Paty, professeur d’histoire-géographie assassiné en 2020 après une campagne de haine en ligne.

Récit clinique de la cabale qui a précédé l’assassinat de Samuel Paty, L’Abandon permet de réhabiliter sa mémoire et que sa «mort serve à quelque chose», déclare Mickaëlle Paty, sœur du professeur d’histoire-géographie qui a participé à l’écriture de ce film projeté à Cannes mercredi, jour de sa sortie en salle. «Ce film participe à le réhabiliter, parce que sa mémoire a quand même été salie avant l’attentat, peu après et encore récemment avec le deuxième procès en appel» au printemps dernier, détaille Mickaëlle Paty, rencontrée peu avant la projection hors compétition sur la Croisette.

Le film retrace les dix jours d’octobre 2020 pendant lesquels ce professeur d’histoire-géographie est emporté par une campagne de haine alimentée par le mensonge d’une élève, après un cours où avaient été montrées les caricatures de Mahomet publiées dans Charlie Hebdo. Cette cabale débouchera sur son assassinat par un jeune Tchétchène radicalisé le 16 octobre 2020.

«On s’est centré sur le mensonge, l’engrenage, la rumeur, la campagne sur les réseaux sociaux et sur les failles d’un système qui n’a pas réussi à endiguer un attentat contre un professeur», observe Mickaëlle Paty, qui a déjà consacré un livre à son frère. L’idée d’y consacrer une fiction répond au besoin de «raconter autrement, différemment» une histoire dont l’écho faiblit peu à peu. «On a compris assez rapidement que les hommages allaient arriver quelque part au bout de leur capacité à fédérer, à rassembler», estime la collaboratrice au scénario, signé Vincent Garenq et Alexis Kebbas.

Isolement croissant

Également réalisateur du film, Vincent Garenq explique avoir tenu à «minimiser la part de fiction» de L’Abandon afin d’«être au plus près des faits» et de faire œuvre de pédagogie. «On s’est aperçus en tournant avec les gosses qui jouaient les élèves de la classe qu’ils observaient chaque année une minute de silence sur Samuel Paty, mais qu’ils ne savaient absolument rien de cette histoire», assure le cinéaste. «Quand on est traumatisé par un évènement, on a tendance à regarder ailleurs», estime-t-il, assurant que le cinéma permet d’y remédier en «incarnant cette histoire et la chaîne de causalités qui a conduit à la tragédie».

Inertie des institutions académiques et policières, désaveu de certains collègues… Le film décrit l’isolement croissant de Samuel Paty à mesure que grandit la campagne en ligne l’accusant, à tort, d’avoir stigmatisé des élèves musulmans. «Le film ne cherche pas des boucs émissaires, mais c’est important de comprendre les failles pour que ça ne se reproduise pas», dit-il.

Antoine Reinartz bouleversant

Le film n’escamote rien et prend notamment le parti de montrer les caricatures de Mahomet, au cœur de la campagne en ligne lancée contre Samuel Paty. «C’était pour moi indispensable, parce que c’est la raison pour laquelle mon frère est mort», dit Mickaëlle Paty. «Il n’est pas mort pour avoir soi-disant discriminé des élèves musulmans, il est mort parce qu’il a été accusé d’avoir commis un acte de blasphème.»

Selon elle, comme d’après le réalisateur, l’Éducation nationale doit désormais s’emparer du film pour «réveiller les consciences» et informer les plus jeunes. «Ce film va permettre que sa mort serve à quelque chose», espère Mickaëlle Paty. Pour elle, le long métrage aura eu une vertu beaucoup plus personnelle, liée à l’interprétation d’Antoine Reinartz qui incarne Samuel Paty à l’écran. «Il y a une chose à laquelle je ne m’attendais pas, c’est qu’Antoine arrive à s’emparer du personnage à ce point. Il a réussi à ressusciter mon frère pendant 1 h 40», dit-elle, ajoutant : «J’ai été très touchée, très touchée de le revoir.»

L’Abandon,
de Vincent Garenq. En salle.

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