Alors que plus d’un tiers des artisans ne dégagent plus de bénéfices, la Chambre des métiers appelle à des mesures concrètes pour soutenir ce secteur clé de l’économie.
«Les difficultés ne datent pas de la guerre au Moyen-Orient. Cela fait six ans que l’artisanat est en crise», déplore Tom Wirion, le directeur de la Chambre des métiers, rappelant le coup porté au secteur par le covid.
Ces dernières années, les difficultés n’ont fait que s’empiler, entre pénurie de main-d’œuvre, baisse de la productivité, coûts de l’énergie et des matériaux en hausse, et gonflement de la masse salariale.
De quoi peser lourdement sur les marges : en 2024, 35 % des entreprises artisanales ne sont pas parvenues à dégager un bénéfice, et 28 % ont même plongé dans une situation financière critique.
Une part qui atteindrait 39 % (+4 points) en 2025, selon une enquête de la Chambre des métiers, quand 12 % à peine des entreprises du secteur auraient enregistré une hausse de la rentabilité. Et les projections pour 2026 et 2027 ne sont pas meilleures, face à l’augmentation des prix de l’énergie et au déclenchement de l’indexation des salaires.
Du côté des emplois, les indicateurs montrent aussi des signes de détérioration : la création nette de 1 104 emplois salariés en 2025 est loin de compenser la suppression de 4 156 postes en 2024, due à l’activité en recul dans la construction.
Tom Wirion martèle donc que «cette année sera décisive», avec le focus sur la compétitivité proclamé par le gouvernement et différentes mesures annoncées, dont les premiers effets sont espérés ces prochains mois.
Un enjeu majeur pour l’économie nationale : «Le modèle luxembourgeois est basé sur une forte productivité. Or, elle n’est plus au rendez-vous aujourd’hui. Le secteur de l’artisanat représentant à lui seul près d’un emploi sur cinq, avec un rôle déterminant dans notre économie pour le financement durable des services publics, la progression des salaires ou la résilience face aux crises.»
Attirer et retenir les talents
D’où l’appel de la Chambre des métiers à instaurer des mesures structurelles. Et elles passent d’abord par une main-d’œuvre qualifiée en nombre suffisant. Alors que le secteur compte aujourd’hui un tiers de travailleurs âgés de plus de 50 ans, la perte de savoir-faire est un risque.
Pour la contrer, l’organisation préconise de renforcer l’orientation des jeunes vers les métiers de l’artisanat, en s’appuyant sur le futur Handwierkerhaff à Dudelange, mais aussi en restaurant l’attractivité du Grand-Duché auprès des frontaliers, et en ouvrant davantage le pays aux talents issus de pays tiers.
La piste d’une aide spécifique balayée
Elle veut également stimuler l’investissement des PME en mobilisant au maximum les dispositifs existants et en en créant de nouveaux, comme la mise en place d’un régime «tax shelter PME» ou la création d’une aide spécifique limitée dans le temps pour les entreprises en difficulté financière à cause de la conjoncture.
Piste balayée d’un revers de main par le ministre de l’Économie, Lex Delles, présent ce mardi à la Chambre des métiers : «Nous n’avons pas la possibilité de le faire, c’est contraire aux règles européennes. Mais une aide étatique de 300 000 euros sur trois ans peut être allouée via le système « de minimis »», a-t-il ajouté.
- 1 emploi sur 5 au Luxembourg
- 9 935 entreprises
- 105 305 emplois
- 1 663 apprentis
Enfin, la Chambre des métiers insiste sur l’importance de la simplification administrative : «Malgré les annonces, la charge réglementaire continue de peser lourd sur les entreprises, avec 36 % du personnel occupé désormais à ces tâches contre 16 % en 1990».
Point sur lequel le ministre et ses collègues travaillent : «Nous introduisons partout le principe du « once only » et du « silence vaut accord ». Une loi a été déposée en ce sens par le ministre de la Digitalisation. De notre côté, tous les projets de loi qu’on dépose comportent le « silence vaut accord » et l’échange automatique entre administrations, tandis qu’au niveau européen, le gouvernement soutient les mesures Omnibus.»
Interrogé sur la prochaine réunion tripartite annoncée en juin, Tom Wirion a botté en touche, affirmant que ce n’était pas le moment pour dérouler un catalogue de revendications.
«Il faut voir ce qui sera à l’ordre du jour de cette tripartite. Pour l’instant, nous devons analyser la situation dans laquelle nous sommes avec cette crise de l’énergie, l’inflation, et voir quels scénarios sont envisagés par le Statec. Ensuite, on pourra établir des pistes à suivre. À l’heure actuelle, et sans constat partagé sur la situation, il est inutile de s’exprimer.»