Lors d’une de nos «Interviews du lundi», elle avait dit dans les colonnes du Quotidien : «Je suis certaine d’avoir commis de nombreuses erreurs.» L’ambassadrice américaine au Grand-Duché, Stacey Feinberg, en a peut-être commis une nouvelle. Il y a quelques jours, une soirée était organisée à laquelle ont participé notamment le Grand-Duc Guillaume, le ministre des Affaires étrangères, Xavier Bettel, le ministre des Finances, Gilles Roth, et bien sûr Stacey Feinberg. Comme l’a repéré le Tageblatt, l’ambiance était chaleureuse et une photo de groupe a été prise pour graver dans le marbre ces précieux instants dans la Grosse Pomme. Mais une des personnes présentes sur le cliché a été gommée : l’ancienne ambassadrice au Luxembourg de 2009 à 2011 Cynthia Stroum. Cette dernière avait été nommée à l’époque par le président démocrate Barack Obama. La photo de groupe qui aurait été retouchée a été mise en ligne sur le Facebook de l’ambassade. Malaise.
Gommer une personne sur un cliché est un procédé qui rappelle d’autres temps, d’autres régimes. Avec le trumpisme, c’est parfois retour vers le futur. Voilà en tout cas une fake news bien maladroite et consternante. Gommer ses adversaires politiques dans une soirée qui n’a rien d’un meeting politique est navrant pour ceux qui représentent les États-Unis au Luxembourg. Cela ne va pas forcément créer la confiance que souhaite tisser l’ambassadrice avec le Grand-Duché. Elle qui avait fustigé lors de son audition au Congrès, avant sa prise de poste en Europe, la mainmise qu’aurait la Chine sur le Luxembourg. Les communistes du côté de Pékin n’ont qu’à en prendre de la graine pour gérer leur communication.
Les sourires de la représentante des Américains au Luxembourg auront du mal à réparer cette offense (à ce niveau-là, on ne peut pas appeler ça une maladresse). Voilà qui, en tout cas, par l’exemple, montre ce que la politique au Grand-Duché ne devra jamais devenir : une querelle de personnes, un affrontement d’idéologies sans pitié et sans concessions possibles, où le bien de la population est pris en otage par des intérêts personnels et des ego surdimensionnés. Où les adversaires politiques sont gommés même lors de la plus innocente rencontre.