[Luxembourgeois à l’étranger] Beveren a gagné à Seraing (1-2), vendredi soir, bouclant sa saison invaincu. Une première depuis 1933 en Belgique, un truc fou que Laurent Jans mesure à sa juste valeur.
On va se contenter d’un oui ou d’un non pour les trois prochaines questions, si vous le voulez bien. Avez-vous l’impression d’avoir marqué durablement l’histoire de votre club?
Laurent Jans : Oui.
Avez-vous l’impression d’avoir marqué durablement l’histoire de la D2 belge?
Oui.
Ces dernières semaines, je l’ai répété plusieurs fois à mes coéquipiers : finir invincible, je voulais le faire. C’est un truc qui va unir tous les joueurs de cette équipe à vie.
Avez-vous l’impression d’avoir marqué durablement l’histoire du football belge?
(il hésite) Peut-être pas. Même si en fait… oui, on l’a écrit quand même. C’est difficile de trouver les mots pour exprimer ce qu’on a fait. Exceptionnel? Même si ce n’est que la D2 belge, on nous a dit que ce n’était plus arrivé depuis l’Union, en 1933. Et qu’ils étaient les seuls à l’avoir fait. Cela n’arrive quasiment jamais. Même pas dans le monde entier. Et ces dernières semaines, je l’ai répété plusieurs fois à mes coéquipiers : finir invincible, je voulais le faire. C’est un truc qui va unir tous les joueurs de cette équipe à vie.
À quel point est-ce devenu une obsession?
En fin de saison, on a fait tourner un peu. Deux titulaires indiscutables ont dû se faire opérer immédiatement après l’officialisation de la montée, pour gagner du temps sur leur récupération. Et depuis, à chaque match, nous avions deux ou trois garçons qui méritaient vraiment de recevoir leur chance. Donc on n’a pas gardé l’équipe absolument ensemble, juste pour avoir l’assurance de le faire.
À quoi ressemblait l’ambiance dans le vestiaire avant le match à Seraing? Tendue à l’approche de cette entrée dans l’histoire?
Il n’y en avait aucune. On peut me croire ou pas, mais toute la saison a été comme ça. Ça chantait, ça dansait. Une ambiance sereine, avec plein de mecs d’expérience dont beaucoup d’anciens joueurs de D1 qui pouvaient calmer ceux qui exagèrent.
Quel a été le moment le plus fort, pour vous? La montée? Le titre? L’invincibilité?
La montée! Direct! Et encore plus pour moi qui suis revenu dans ce club qui m’a lancé. Je suis un type de la vieille école et pour moi, le foot, ça doit rester romantique. Je reviens dans cet endroit où je suis aimé par tout le monde et dont je suis parti douloureusement pour faire évoluer ma carrière. Alors réussir cette montée que toute une région souhaitait…
Il y a des fois, on oublie qu’on ne joue pas que pour nos carrières, mais aussi pour des gens.
Donc le coup de sifflet final à Seraing, vendredi soir, cela n’a pas été plus émotionnel que ça? Tout le plaisir était déjà «tombé» avant?
Non, mais c’est parce qu’on n’a pas encore pris conscience de ce qu’on a fait. On a vu à quel point c’était important en voyant la réaction du staff. Mais on aurait pu aussi s’en douter en voyant le nombre de nos supporters -et plein d’employés du club- venus à Seraing un vendredi soir alors que tout était déjà joué. Donc non, au niveau émotionnel, ce n’était pas aussi fort que la montée ou le fait de soulever le trophée en tant que capitaine, mais quand même. Mais je vois que dans ce business, tout va trop vite. On n’en profite que quand on est à la retraite et c’est dommage.
On en parle, de ce moment où vous avez soulevé le trophée?
J’étais nerveux. Tout le monde te regarde. mais quand tu t’empares du trophée et que tu le soulèves, qu’il y a cette explosion, tu vois la joie dans les yeux de tout le monde, tu en vois pleurer aussi… Peu de temps après, un très vieux monsieur est venu nous voir à l’entraînement pour nous dire le plaisir que ça lui faisait, lui qui supporte le club depuis une cinquantaine d’années. Il y a des fois, on oublie qu’on ne joue pas que pour nos carrières, mais aussi pour des gens.
Au fait : vous finissez un exercice exceptionnel, dont les «gens» parleront encore longtemps. Mais finalement, combien de fois êtes-vous passé près de la défaite, cette saison?
Il y a eu un match clef contre le Beerschot. On est menés 2-0 à la pause mais en rentrant aux vestiaires, on s’est dit qu’on était solides et qu’on n’allait pas perdre. Et on gagne 4-2. Rien ne pouvait nous arriver. On l’a senti dans beaucoup de matches. On a été menés 2-0 quelques autres fois. Mais la plupart du temps, on a marqué les premiers. On était costaud défensivement.
Ce groupe doit-il connaître un gros renouvellement pour aborder sereinement la D1, la saison prochaine?
On est confiants. On ne peut pas se cacher que la D1, c’est totalement différent. On a tous vu ce qu’a fait Bruges en Ligue des champions. Contre ce genre d’équipes, les erreurs individuelles seront punies directement. Donc la question pour une équipe qui avait la possession en D2, est de savoir s’il ne faut pas changer de style en D1. Mais je suis convaincu qu’on peut réussir à ce niveau avec de bons transferts. On a fini avec le meilleur buteur, le meilleur passeur, la meilleure défense… On a vraiment fait une saison parfaite!
(Pour sa prolongation) Les discussions ont avancé un peu mais il n’y a encore rien de concret à annoncer
Et la saison prochaine? Elle se fera avec un capitaine luxembourgeois?
Les discussions ont avancé un peu mais il n’y a encore rien de concret à annoncer. J’espère pouvoir dire oui ou non assez vite.
Encore envie, fatalement?
Tout le monde me demande si je traverse la meilleure période de ma carrière. Paderborn, ça a été très spécial, jouer l’Europa League avec le Standard aussi… Mais vivre «ça» à 34 ans (NDLR : il les aura en août), cette montée dans ces conditions, c’est vrai que ça fait plaisir. Je n’ai pas été blessé cette saison. J’ai joué trente-deux matches sur trente-deux… Mais je vais pas me mentir, l’été prochain, j’aurai 35 ans. Donc même si j’ai une grande chance de continuer, ce serait aussi beau de finir comme ça, en vivant quelque chose d’aussi exceptionnel, avec des prestations plus que correctes et avec des données physiques qui montrent que j’étais parmi les meilleurs en termes de sprints, de distances parcourues à haute intensité. Il y a encore quelque chose en moi qui peut apporter des choses.
Vous commencez à penser à la suite?
On me demande souvent si je ferai coach et on me suggère de commencer le plus tôt possible, pour gagner du temps. Mais moi, je me dis que si je commence à penser à ça maintenant, alors dans ma tête, c’est que ce sera fini et que je serai déjà ailleurs… Donc je ne vais pas le faire. Le football, je suis ouvert à l’idée d’y rester mais il n’est pas exclu non plus qu’au début, je cherche à voir d’autres choses avant d’y revenir.
Heureusement pour Laurent Jans, si la saison de Beveren est finie, ses obligations contractuelles vont le conduire à faire encore un bon mois de séances d’entraînement plus deux à trois matches amicaux qui vont permettre au capitaine des Rout Léiwen de rester dans le coup physiquement avant les amicaux du mois de juin. «Et cela reste très excitant, même à 34 ans», dit Jans, excité de jouer l’Italie à domicile pour la première fois depuis près de quarante ans. «Cela sera très spécial vu la grosse communauté italienne qui est celle du Luxembourg, des gens très fiers de leur équipe. Même à moi qui ai vu beaucoup de choses, cela fait plaisir. On les avait joués à Pérouse et je me rappelle encore de l’hymne. Ils n’ont pas chanté, ils ont brûlé (sic). C’était fou. Même si chez nous, malgré notre hymne moins agressif, le Héemecht est de mieux en mieux chanté. Mais je rêverais de rejouer encore en Italie, contre la Squadra, dans un grand stade. Genre San Siro. Ou à Turin…»