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[Exposition] Verdun 1916 : une humanité dans la bataille


(Photo : mémorial de verdun)

Cent dix ans après, les combattants du monde entier sont à l’honneur à Verdun. Un éclairage nouveau sur ces femmes et ces hommes venus des quatre coins de la planète, engagés dans ce terrible conflit. Visite.

Des tirailleurs africains, des prisonniers russes ou même un aérostier péruvien… Cent dix ans après, une exposition à Verdun entend porter un «regard novateur» sur la sanglante bataille, à travers les destins méconnus de milliers d’hommes venus des quatre coins du monde dans l’enfer meusien. Au-delà de la vision commune, «paroxystique», des combats ayant opposé soldats français et allemands pendant dix mois en 1916, il s’agit de «prendre de la hauteur» à travers une vision «mondiale» de cette bataille, qui a souvent «été appropriée par une histoire très nationale, pour ne pas dire nationaliste», résume Nicolas Barret, directeur du Mémorial de Verdun, où se tient l’exposition.

Pour chaque pôle géographique ou pays d’origine, les explications historiques et scientifiques côtoient des objets d’époque et des aquarelles sur bois réalisées par l’artiste Timo Bechert, qui illustrent des destins individuels. Ceux-ci ont été parfois reconstitués à partir de traces retrouvées sur le champ de bataille par Nicolas Czubak, historien au Mémorial, qui arpente les lieux au quotidien. Ainsi du Danois Erik Petersen Skøtt (1895-1916), charcutier de profession. À 20 ans, alors qu’il vit dans une province annexée par la Prusse, il est mobilisé dans l’armée allemande, d’abord sur le front de l’Est, avant d’arriver à Verdun où il décèdera.

Tirailleurs d’Indochine

Son corps a été retrouvé il y a quatre ans à la suite d’une chute d’arbre, qui a déterré tout le sol autour, à 500 mètres du Mémorial, retrace Nicolas Barret. Fait «assez rare», la dépouille était intacte, et accompagnée d’effets personnels, de sa gourde mais aussi de sa plaque. Les objets, rendus à ses descendants, qui en ont fait don à un musée danois, ont été prêtés au musée de Verdun pour l’exposition. Comme lui, «énormément de Danois et de Polonais» ont combattu, «majoritairement dans l’armée allemande, mais aussi dans l’armée française. Il y a peut-être eu des combats fratricides!», en connaissance de cause ou pas, soulève même le directeur du mémorial.

Il y a peut-être eu des combats fratricides!

«Des milliers» de civils belges ou de prisonniers russes ont aussi été mobilisés dans l’arrière-front allemand, où les conditions, dans la forêt, sont rudes. Il faut notamment construire le camp… mais jamais loin des bombardements. Autres soldats souvent placés à l’arrière-front, les tirailleurs d’Indochine, ici racontés à travers une planche d’aquarelle reflétant le parcours de Nguyên Van Tue. Il est incorporé au printemps 1916 au sixième régiment de tirailleurs indochinois, et arrive en juillet dans un camp militaire du sud de la France. Il décèdera des suites d’une maladie contractée en service à Bar-le-Duc en septembre.

Des photos des sépultures des soldats, et notamment du carré musulman de la nécropole de Fleury-devant-Douaumont, permettent d’évoquer les près de 200 000 tirailleurs sénégalais ayant combattu pendant la Grande Guerre, dont 4 000 à Verdun. Mais des hommes venaient de toute l’Afrique, pas seulement du Sénégal. «Ils étaient d’abord volontaires», retrace Nicolas Barret, mais de moins en moins ensuite car les blessés qui rentraient «disaient aux autres de ne pas y aller». S’en suivaient alors des «négociations forcées avec les chefs de village», voire des rafles.

Mouchoir percé

Au centre de l’exposition, une installation impressionnante regroupe 60 fiches «Morts pour la France», de tirailleurs décédés au combat les 24 et 25 octobre 1916, à la reprise du fort de Douaumont. Les équipes du Mémorial ont aussi retrouvé la trace d’un aérostier péruvien qui était posté dans les airs, en observation, ou celle d’un pilote japonais reconnaissable aux trois canards peints sur son appareil.

Les femmes d’autres pays ont aussi œuvré, à l’instar de Kathleen Burke, Britannique surnommée «la fille qui gagne une livre à la minute», qui récoltait des fonds pour aider les blessés et construire des hôpitaux. De nombreux objets en disent long sur la violence au front : un mouchoir percé par des éclats de grenade, qui a appartenu à l’artilleur danois Andreas Møller Tilhørte, engagé dans l’armée allemande. Ou un coupe-papier fabriqué avec un obus qu’un soldat s’est retiré lui-même de la cuisse.

«Des mondes dans la bataille : Verdun 1916»
Jusqu’au 31 décembre.
Mémorial de Verdun.

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