Cinq acquittements et une accusation. Le verdict du procès Bommeleeër bis est tombé jeudi. Il n’en signe cependant pas la fin. Les protagonistes risquent de se retrouver en appel.
Soulagement pour les uns et stupeur pour Pierre Reuland, jeudi. Alors que ses coprévenus ont tous été acquittés, l’ancien commandant des brigades mobiles est le seul à être condamné dans le cadre du procès Bommeleeër bis. La 9e chambre correctionnelle du tribunal d’arrondissement de Luxembourg a prononcé une peine de 3 ans de prison avec sursis et une amende de 5 000 euros à son encontre pour faux témoignage dans le cadre du procès principal.
Ces sentiments promettent cependant d’être de courte durée. Depuis le début de ce procès en décembre dernier, les avocats des six prévenus avaient annoncé leur intention d’interjeter appel en cas de condamnation et Me Assa, l’avocat de l’ancien directeur de la police, compte bien s’y tenir. Le parquet risque en outre de l’imiter pour contester la décision du tribunal d’acquitter Guy Stebens, Aloyse Harpes, Armand Schockweiler et Guillaume Büchler. Sa représentante avait requis des peines de 18 ans à 5 ans de prison contre les prévenus à l’exception de Marcel Weydert qu’elle souhaitait voire acquitter.
Pour Me Assa, l’avocat de Pierre Reuland, l’appel n’est pas une option. «Nous risquons de tous nous retrouver face aux juges. Le parquet va certainement interjeter appel contre les cinq autres. C’est dommage pour eux.» Son client serait le «pion sacrifié» comme sur un plateau d’échec.
Me Pierret est satisfait de l’acquittement obtenu pour son client qui «a beaucoup souffert ces douze dernières années». Il lui tapote l’épaule affectueusement alors que Guy Stebens semble sonné par le verdict. «On lui a d’abord reproché les attentats à la bombe avant une entrave à la justice et finalement le faux témoignage.» L’avocat est confiant et ne craint pas une éventuelle suite en appel. «Nos arguments y resteront valables. Le dossier est mauvais pour le parquet.»
Tous les six ont mené des carrières exemplaires au sein des forces de l’ordre avec des états de service excellents. Les accusations de faux témoignage dans le cadre du procès Bommeleeër les ont entachés. Ils se sont à tel point noyés dans les contradictions à la barre de la chambre criminelle que le procès principal avait dû être interrompu pour donner lieu, onze ans plus tard, au procès baptisé Bommeleeër bis.
Son issue avait ainsi été repoussée aux calendes grecques. La perspective d’une procédure d’appel et peut-être de cassation, retarde une fois de plus son issue et contrarie les deux principaux prévenus du procès principal. Deux anciens membres des brigades mobiles de la gendarmerie sont accusés d’être les poseurs de bombes qui ont fait trembler le Grand-Duché au début des années 1980.
Ils s’étaient portés parties civiles dans ce procès dans le procès à hauteur de 500 000 euros par tête. La déception était grande de leur côté également jeudi après-midi. La chambre correctionnelle a rejeté leur demande ainsi que celle de l’État luxembourgeois. Tous deux espéraient être reconnus en tant que victimes dans cette affaire. Depuis treize ans, Jos Wilmes et Marc Scheer attendent l’issue du procès principal pour être fixés sur leur sort. «Jusqu’à quand?», interrogent leurs deux avocats.
Un secret bien protégé
Sans surprise, on avait bien vite compris que ce n’est pas lors de ce procès que le Bommeleeër serait démasqué. Les prévenus n’ont pas été très loquaces : ils ont juré ne pas avoir menti et ne pas connaître l’identité du ou des poseurs de bombes. Quarante ans après les attentats, le secret est bien gardé et les hypothèses sont légion. Le parquet et les enquêteurs étaient toutefois d’avis que quelqu’un au sein de la gendarmerie de l’époque disposait d’informations et essayait depuis tout ce temps de protéger les auteurs en ne les livrant pas ou en mettant des bâtons dans les roues à l’enquête.
Des auteurs qu’il faudrait, partant de ce postulat chercher au sein des forces de l’ordre et donc des brigades mobiles. Or, les années passant, les esprits s’émoussent et les témoins de l’époque disparaissent ou comme certains prévenus dont Pierre Reuland, font valoir leur droit au silence rendant le mystère encore plus épais et participant à l’élaboration de théories fumantes ou de conspiration.
Les prévenus n’acceptaient pas d’être présentés comme des menteurs et dénonçaient la manière dont ils ont été interrogés lors du procès principal. Un procès bruyant et brouillon, selon les témoins de l’époque, lors duquel des questions «suggestives» et déstabilisantes ont été posées pendant 177 audiences avant que le parquet ne requière la surséance à statuer.