Avec sa trilogie inspirée des films d’horreur, dont le dernier volet aux accents électroniques sort vendredi, le compositeur français Carpenter Brut s’est taillé une place à part sur la scène metal, du Hellfest aux États-Unis.
Son histoire pourrait commencer ainsi : il était une fois, dans la ville imaginaire de Midwich, un étudiant introverti nommé Bret Alford, amoureux d’une pom-pom girl, elle-même éprise du quarterback star du lycée. Ce synopsis à l’eau de rose prend une autre teinte lorsque l’étudiant, victime de harcèlement scolaire par ce joueur de football américain, sombre du côté obscur. «Finalement, on ne sait pas s’il est un tueur en série, s’il se venge vraiment ou si c’est juste un fantasme. Ça peut être une ordure…», laisse planer Carpenter Brut, créateur de ce scénario.
Son dernier album rétro-futuriste, Leather Temple, clôt sa trilogie entamée avec Leather Teeth en 2018 puis Leather Terror en 2022. À l’époque, la surprise était totale avec la découverte de cet artiste qui ne voulait dévoiler ni son nom ni son visage, autodidacte dont seule la musique qu’il développe compte. Celle-ci, inspirée des films de John Carpenter (dont il tire son appellation), étonnait aussi, étrange alliage d’électronique vintage et de guitares stridentes, très enracinée dans les années 1980. «Carpenter Brut, c’est de la fiction! Je n’ai aucun autre but que celui de m’amuser», confiait-il. Ses concerts ont fini par bâtir sa réputation scénique. Et ses clips, hommages aux séries B d’horreur, ont forgé son identité visuelle.
Il confirme : «Le délire, c’est de faire des fausses bandes originales de film», sourit le compositeur de 48 ans, qui cultive la discrétion et refuse toujours de révéler sa véritable identité. Ce cinéphile, fan avoué des comédies horrifiques de Peter Jackson – époque avant Le Seigneur des anneaux – a d’abord évolué dans l’ombre comme ingénieur du son et producteur, avant d’oser donner vie à ses propres chimères. Dans ce nouvel opus, l’introduction sur les notes d’un orgue dessine une atmosphère pesante, qui n’est pas sans rappeler l’ouverture de Cross du duo Justice.
Ça peut être un peu violent pendant une heure et demie…
Mais Carpenter Brut décloisonne aussi les styles avec des accents rock (The Misfits / The Rebels) ou un Neon Requiem aux accents synth-wave, d’où s’échappe un saxophone. Pour terminer sa trilogie, son héros est projeté en 2077, avec des membres mécaniques et l’idée d’affronter un grand méchant. «Quand j’étais plus jeune, je m’amusais à faire des mains coupées, des photos et des petits films d’animation en Super 8», rembobine-t-il. «Vous prenez des boîtes de conserve, des pots de machin, des vieux trucs pétés… Vous peignez tout en gris et ça vous fait un vaisseau!», s’amuse l’artiste, qui crée sa musique sur ordinateur.
Carpenter Brut assume faire «de l’électronique pour des métalleux», qu’il soit au Hellfest, rendez-vous mondial des musiques extrêmes près de Nantes, ou encore en tournée aux États-Unis où il repart au printemps. Et quand résonne sa version guitares saturées de Maniac, tube de Michael Sembello dans une séquence culte de Flashdance (1983), le public se lâche. «Ça peut être un peu violent pendant une heure et demie… Donc, il y a un côté un peu générique de fin», compare-t-il.
Carpenter Brut a pourtant dû apprivoiser la scène, un lieu qui ne l’attirait pas au départ : «J’ai jamais envié quelqu’un sur scène, je voyais le travail, la forme physique que ça demandait», confie-t-il. Les premiers concerts que j’ai faits, j’étais tout seul. C’était un enfer, pour moi, pour les gens qui regardaient!», estime l’artiste, désormais accompagné en live d’une guitare et d’une batterie. Il constate également le changement d’image sur le metal, longtemps victime de clichés.
«On se rend compte que ce ne sont pas forcément des débiles qui font ça. Ce sont des gens normaux!», lance-t-il. Carpenter Brut se réjouit d’ailleurs de l’arrivée d’une nouvelle ère pour les musiques métalliques, depuis les «patrons» de Gojira qui ont enflammé la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris en juillet 2024, jusqu’à l’avènement de nouveaux groupes français comme Landmvrks, en tournée internationale. Lui sera au Zénith de Paris début 2027, après un Olympia, complet, en mars. Et un concert attendu à la Rockhal.
Leather Temple, de Carpenter Brut.
Il sera en concert à la Rockhal le 12 mars.