Il a fait rire tout un siècle et est l’un des piliers de la comédie américaine : Mel Brooks est au centre d’un long documentaire qui remonte le fil de son incroyable destinée, pas toujours si amusante.
Le 28 juin prochain, il fêtera ses 100 ans. Un siècle de facéties qui méritait bien deux parties et quelque trois heures et demie de documentaire dépeignant le génie comique de Mel Brooks, homme qui a passé sa vie à faire rire les autres. Une histoire typiquement américaine, avec cette soif de grandeur, ses faillites et son décor, celui qui voit un gamin juif de Brooklyn né dans une famille d’immigrés perdre tôt son père, grandir dans la pauvreté, partir combattre durant la Seconde Guerre mondiale avant de bâtir l’un des piliers majeurs de la culture américaine : la comédie.
«J’ai réalisé mon rêve», valide-t-il devant la caméra de Judd Apatow (The 40 Year-Old Virgin), fan de l’artiste et l’un de ses nombreux héritiers qui cherche à en savoir plus sur ce trublion à la grimace facile, que «personne ne connaît vraiment», dixit l’intéressé.
D’une forme classique mêlant interviews récentes et anciennes, invités en pagaille (Ben Stiller, Adam Sandler, Jerry Seinfeld, Dave Chappelle, les frères Farrelly et Zucker…) et flashbacks, ce portait est celui d’un garçon, «conscience comique» d’un quartier où le textile est roi, souhaitant s’ouvrir les portes d’Hollywood et marcher ainsi sur les traces de Charlie Chaplin, Buster Keaton et les Marx Brothers.
Avec tout ce que ça implique : le rire qui masque les périodes de colère, de solitude, de remise en question et de dépression. Sans oublier les banqueroutes financières. Oui, le show-business est un monde impitoyable, mais Mel Brooks a du charisme, beaucoup de confiance et une tchatche, comme on peut le voir en image durant les talk-shows où il amuse la galerie. Sa force? Un sens inné de l’improvisation et une peur qui se transforme en «énergie créative».
1974, l'année de la gloire
Mais avant de prendre la lumière, il devra se contenter de l’ombre en tant qu’auteur pour la télévision, propulsé au début des années 1960 par Sid Caesar et Your Show of Shows, puis avec la parodie d’espionnage Get Smart (Max la Menace en VF). C’est au cours de cette période qu’il fait deux rencontres décisives, ses «amours» : l’actrice Anne Bancroft, sa seconde femme et son soutien de toujours. Et Carl Reiner, touche-à-tout comme lui et complice avec lequel il va créer 2000 Year Old Man, série de sketches où il incarne un homme immortel pince-sans-rire (le titre du documentaire y fait référence).
Mais s’il a débuté par la musique (il était batteur) et que le petit écran apprécie l’écriture de cet amuseur pour qui la réussite d'un projet tient à «90%» au script, c’est bien au cinéma qu’il aimerait apporter son grain de folie.
Il y arrive avec son premier film, qui sera un coup de maître : The Producers (1968) remporte en effet un Oscar, lance la carrière de Gene Wilder (avec qui il collaborera régulièrement par la suite) et pose les bases d’un humour totalement déjanté à travers cette histoire de deux escrocs qui cherchent à monter une comédie musicale désastreuse pour échapper au fisc. Son titre parle pour lui : Le Printemps d’Hitler.
Ce ne sera pas la dernière fois que Mel Brooks va faire référence au «Führer» et au régime nazi, dont il adore se moquer. D’une formule, l’animateur américain Conan O’Brien balaye les critiques. «Quand comme lui, à 17 ans, vous avez combattu les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, vous pouvez faire tout ce que vous voulez!»
Toutes les réponses sont dans le rire!
Il ne va pas s’en priver : en 1974, il signe coup sur coup deux comédies à succès qui, depuis les sommets du box-office, le posent enfin comme un réalisateur qui compte : Blazing Saddles, avec son concours de pets à la belle étoile, et Young Frankenstein, où l’on (re)découvre que c’est Gene Hackman qui incarne l’aveugle. Mais au-delà de la farce, Mel Brooks montre aussi qu’il connaît son métier, tournant «avec sérieux» et esthétisme ce qui, en apparence, ne sont que des parodies faciles du western et du film d’horreur. Ce qui lui permettra d’assoir un engagement : faire de la comédie un art à part entière, au cœur d’une industrie trop sérieuse pour le remarquer. La critique et l’intelligentsia, qu’il ne tient pas en estime, ne seront pas du même avis, voyant dans son travail une œuvre «commerciale, ridicule et grossière».
Coup de pouce à David Lynch
Finalement, c’est d’abord au public qu’il doit son salut (et sa fortune), portant aux nues d’autres de ses méfaits devenus cultes comme History of the World, Part I (1981), Spaceballs (1987) ou Robin Hood : Men in Tights (1993). C’est ensuite dans un autre rôle, celui de producteur, que Mel Brooks va encore prendre une autre dimension : c’est en effet lui qui lance la carrière de David Lynch et met en lumière celle de David Cronenberg, dont les films respectifs, Elephant Man (1980) et The Fly (1986), trouveront le soutien inattendu de sa société, Brooksfilms. C’est enfin avec la comédie musicale inspirée de The Producers qu’il entrera dans le Panthéon artistique en raflant douze Tonys, record qui tient toujours. Une manière de boucler la boucle, lui l’amoureux de Broadway et de Frank Sinatra qui a mêlé dans ses films musique, danse, théâtre et claquettes.
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