Malgré un climat de tensions militaires extrêmes dans le Golfe, les délégations américaine et iranienne réunies à Genève mardi sont parvenues à poser des principes de base pour un règlement diplomatique.
L’Iran et les États-Unis ont conclu mardi près de Genève leur deuxième session de pourparlers dans un contexte très tendu en début de journée. Au moment même où les deux délégations se trouvaient dans la résidence d’Oman, pays médiateur des discussions, le guide suprême iranien Ali Khamenei s’était livré à un discours virulent, assurant que l’Amérique n’arriverait jamais à détruire la République islamique.
Face au déploiement dans le Golfe du porte-avions USS Abraham Lincoln, l’ayatollah a haussé le ton : «Un navire de guerre est certes une arme dangereuse, mais l’arme capable de le couler l’est encore plus». Le porte-avions, embarquant près de 80 appareils, et ses navires d’escorte se trouvent actuellement à environ 700 kilomètres des côtes iraniennes. Un deuxième, le Gerald Ford, doit le rejoindre, à une date qui reste incertaine.
La déclaration d’Ali Khamenei intervenait aussi en pleine manœuvres militaires et démonstration de forces des gardiens de la révolution, l’armée idéologique du pays, dans le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique pour le commerce mondial de pétrole.
«Un ensemble de principes directeurs»
C’est dans cette ambiance acerbe que les délégations des deux pays se sont retrouvées à la résidence de l’ambassadeur d’Oman à Cologny, commune voisine de Genève, pour environ trois heures et demie de discussions par messages interposés selon les médias iraniens. Comme chefs de file se trouvaient, d’un côté, l’émissaire Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, et de l’autre Abbas Araghchi, le chef de la diplomatie iranienne.
Ce dernier a déclaré à l’issue de la journée que son pays et les États-Unis s’étaient malgré tout entendus sur «un ensemble de principes directeurs», qui pourrait ouvrir la voie à un possible accord.
«Nous avons pu parvenir à un large accord sur un ensemble de principes directeurs, sur la base desquels nous avancerons et commencerons à travailler sur le texte d’un accord potentiel», a déclaré Abbas Araghchi à la télévision d’État, qualifiant la nouvelle session de pourparlers de «plus constructive» que celle du 6 février dernier à Oman.
Le ministre s’est félicité qu’une «nouvelle fenêtre d’opportunité» pour un règlement diplomatique aux tensions avec les États-Unis se soit ouverte. «Nous espérons que ces négociations aboutiront à une solution négociée et durable qui servira les intérêts des parties concernées et de la région dans son ensemble», a-t-il affirmé.
Le «dilemme existentiel» du nucléaire
«Cela ne signifie pas que nous pouvons parvenir rapidement à un accord», a toutefois tempéré le ministre iranien, reconnaissant qu’il «faudrait du temps pour réduire» l’écart entre les positions des deux parties. «Il a été convenu que les deux parties poursuivraient leurs travaux sur des projets de textes», après quoi «une date pour une troisième session» sera fixée, a-t-il ajouté.
Téhéran et Washington avaient repris des discussions pour la première fois depuis les bombardements américains sur des sites nucléaires iraniens durant la guerre de 12 jours déclenchée en juin par une attaque israélienne contre l’Iran.
Tandis que l’Iran ne veut parler que de son programme nucléaire. Donald Trump, comme Israël, exige également qu’il limite son programme de missiles balistiques et cesse de soutenir des groupes armés régionaux. Sur le volet nucléaire, l’Iran s’est dit prêt à un compromis concernant son stock d’uranium hautement enrichi, estimé à plus de 400 kg et dont le sort est incertain, si Washington lève ses mesures punitives.
L’Iran est «confronté à un dilemme existentiel : céder aux exigences américaines pourrait lui permettre d’obtenir un allègement des sanctions dont le pays aurait désespérément besoin», a analysé Ali Fathollah-Nejad, du Centre de réflexion pour le Moyen-Orient et l’ordre global (CMEG).
Mais «toute concession significative sur les questions nucléaires, balistiques et relatives aux alliés régionaux risquerait de compromettre gravement sa position idéologique et militaire», a-t-il ajouté.
Les cours du pétrole sont retombés à la suite des nouveaux pourparlers entre l’Iran et les États-Unis et la déclaration du ministre iranien des Affaires étrangères évoquant un accord potentiel. Dans l’après-midi mardi, le prix du baril de brent de la mer du Nord perdait 1,30% à 67,03 dollars. Son équivalent américain, le baril de West Texas Intermediate chutait de 2,36% à 62,07 dollars.