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Trafic de stupéfiants : une interpellation «en slip»


METZ Le 1er décembre 2025, la police judiciaire de Metz a procédé à plusieurs perquisitions dans des localités alentour. Quatre individus ont été interpellés.

Charles Michel
(Le Républicain lorrain)

D’un côté, des prévenus détendus, souriants. De l’autre, pour sécuriser la salle d’audience et ses alentours, des agents des équipes régionales d’intervention et de sécurité (ERIS). Encagoulés, lourdement armés. Un dispositif justifié par la présence, parmi les quatre prévenus, de Resjan Qyra.

Pour Me Arnaud Blanc, son conseil, ce contraste témoignerait de la volonté de «colorer un dossier» dans lequel les enquêteurs du service local de police judiciaire (SLPJ) de Metz n’auraient pas manqué de «fantaisie» dans leurs déductions.

Ce vendredi 13 février, lui et ses trois autres confrères de la défense des quatre mis en cause pour trafic de stupéfiants, n’ont eu de cesse de mettre à mal un dossier de près d’un millier de pages. Si Me Olivier Rondu le juge tout bonnement «imbuvable», Me Anthony Besnier s’interroge : « On entre dans la police par goût de l’action. Alors, à force de passer plus de temps à taper des PV sur des logiciels qui fonctionnent à peine, on a parfois envie d’une grosse affaire et on en vient à voir ce que l’on a envie de voir…»

16 avril 2025. Le SLPJ de Metz est informé, via un renseignement anonyme, d’un trafic d’herbe et de résine de cannabis, rue du Général-De-Gaulle, à Longeville-lès-Metz. Très vite, un dispositif de surveillance est mis en place. Une Citroën C3, propriété d’Enea Senja, est repérée. Natif d’Elbasan (Albanie), l’individu est arrivé en France en 2017 à l’âge de 16 ans. Mineur isolé, il rejoint l’aide sociale à l’enfance de Plappeville où il rencontre Resjan Qyra. D’autres véhicules, telle une Renault Clio ou une Alfa Romeo, feront l’objet d’une géolocalisation en temps réel (GTR).

Les écoutes téléphoniques révèlent des commandes quasi quotidiennes, des lieux de rendez-vous, mais aussi un compte Snapchat avec des photos plus qu’explicites. Dans cette affaire, deux autres protagonistes : Egi Senja – frère de – et Justin Charton, apparu selon son avocat, Me Olivier Hurault, «pour la première fois dans l’enquête le 1er décembre».

Le Ban-Saint-Martin, Woippy,…

Ce jour-là, le SLPJ coordonne plusieurs perquisitions simultanées. À Woippy, rue Jean-Pierre-Pêcheur, où résident Egi et Enea Senja, les agents mettent la main sur 290 grammes d’herbe, 25 grammes de cocaïne, une serre avec 35 plants de cannabis, 700 euros en liquide et la clé d’un appartement situé rue Coislin où sera découverte, là encore, une serre avec 34 plants.

À leur arrivée chez Justin Charton, rue du Général-De-Gaulle au Ban-Saint-Martin, les enquêteurs découvrent l’individu «en slip», tentant de se débarrasser d’une partie de la marchandise dans ses toilettes. Au domicile de l’individu déjà condamné en 2021 à 4 ans de prison pour des faits similaires, ils trouvent : une sacoche avec 450 euros en numéraire, 150 grammes d’herbe dans l’évier, une serre avec 11 plants de cannabis et, cachés dessous dans du papier cellophane, 4 000 euros.

Chez Resjan Qyra, rue Dupré-de-Geneste à Devant-les-Ponts, pas de plantes mais de l’argent liquide (8 000 euros), trois montres et une balance de pesée. «L’argent vient d’un héritage», déclare l’intéressé. «Invérifiable!», rétorque le ministère public. «En revanche, on trouve trace d’un compte albanais vers lequel il a viré 2 290 euros en avril 2025 et 8 000 euros en octobre…»

Deux ans et demi et trois sans de prison

Le procureur est formel : «On n’est pas sur de la petite vente individuelle à des clients occasionnels pour financier sa propre consommation. On a des allers-retours express vers la Belgique et les Pays-Bas. Ils disent y être allés juste pour fumer un joint dans un coffee shop. Soit…».

Enea Senja écope de trois ans de prison ferme (révocation de 6 mois de sursis probatoire compris). Resjan Qyra a été condamné à 30 mois. Egi Senja et Justin Charton, eux, à 24 mois. Tous avec maintien en détention. Enea et Egi Senja, ainsi que Resjan Qyra, tous albanais, sont également frappés d’une interdiction de territoire français de 5 ans avec exécution provisoire.

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