Même prestige, nouvelle formule : avec les travaux de la Cinémathèque, le LuxFilmFest en profite pour repenser ses fondamentaux. On passe en revue le programme d’une 16e édition qui nous séduit déjà.
Il n’y a aucune raison à changer une formule gagnante, on le sait. Mais les circonstances dans lesquelles se déroulent une manifestation obligent parfois ses organisateurs à bousculer leurs habitudes, comme ce sera le cas dès cette année pour le Luxembourg City Film Festival. En cause notamment, les travaux de la Cinémathèque, qui délocalise ses projections chez ses voisins du théâtre des Capucins. Un bouleversement qui en amène d’autres, comme la création de labels qui segmente la sélection hors compétition jadis appréhendée comme un seul gros bloc.
Pour le reste, rien de nouveau et un plaisir qui reste intact. Les invités prestigieux se succèderont le long d’une dizaine de jours, à l’instar de l’Espagnol Rodrigo Sorogoyen, président du jury longs métrages, de l’icône du cinéma français Isabelle Huppert, à qui hommage sera rendu à l’occasion de la projection de The Blood Countess, coproduction luxembourgeoise signée Ulrike Ottinger, ou encore le cinéaste mauritanien Abderrahmane Sissako, qui «vient de finir sa première œuvre en réalité virtuelle» et qui, pour l’occasion, intègre le jury du Pavillon immersif. Découverte en quatre points de cette 16e édition du festival.
Cinquante nuances de rose
C’est la couleur qui règne sur l’affiche : plus qu’un symbole de cette 16e édition, le rose est une «tendance de fond» retrouvée dans plusieurs films de la sélection, commente Alexis Juncosa, directeur artistique de la manifestation. Ainsi, le festival donnera son coup d’envoi avec Rose, de Markus Schleinzer, un drame historique porté par Sandra Hüller (Toni Erdmann). Rosebush Pruning, une relecture déjantée de l’œuvre rebelle de Marco Bellocchio I pugni in tasca (1965), clôturera quant à elle le festival. Entre ces deux rendez-vous incontournables, Mark Jenkin proposera Rose of Nevada, un film «ancré dans un paysage social contemporain», note Alexis Juncosa, mais toujours caractérisé par la patte expérimentale et sensorielle du réalisateur d’Enys Men. Le rose a décidément tout un tas de nuances.
Labels étoiles
On connaissait les sections classiques comme «Made in/with Luxembourg» ou le plus récent «Late Night Bizarre», véritables marques du festival. Cette édition en introduit d’autres pour mieux regrouper la cinquantaine de films hors compétition autour de moyens d’expression et de thématiques communes.
Les films étiquetés «Agora», présentés en collaboration avec diverses institutions, s’intéressent à des thématiques sociales fortes. On pourra y découvrir aussi bien le documentaire I Am Martin Parr, sur le célèbre photographe britannique, que le drame Live a Little, qui suit deux amies dans un tour d’Europe avec des conséquences dramatiques, en passant par le documentaire Paul, du cinéaste québécois hors normes Denis Côté. Le label «New Visions» s’intéresse lui aux nouveaux territoires et écritures cinématographiques, à l’image du conte absurde et philosophique Hen, vu à hauteur de poule, ou de Treat Me Like Your Mother, un portrait de la communauté trans de Beyrouth.
Avec «Festival Hits», le LuxFilmFest veut amener autour d’un même label les petites sensations prisées des festivals, du nouveau film de la cinéaste multiprimée Carla Simón, Romería, au loufoque Queens of the Dead, de Tina Romero, qui détourne les codes du film de zombies.
Les stars aussi ont leur place avec deux labels spécialement dédiés : «Prestige» veut mettre en avant les castings d’exception – seront notamment présentés les très attendus Coutures, avec Angelina Jolie, et Die My Love, une descente aux enfers portée par Jennifer Lawrence et Robert Pattinson – tandis que «Icons» présente le travail de personnalités légendaires du cinéma, de Juliette Binoche (le documentaire performatif In-I in Motion) à Ira Sachs (Peter Hujar’s Day) en passant par Jonathan Demme (dont le classique Stop Making Sense sera présenté dans une version restaurée 4K).
Le Luxembourg en haut de l’affiche
Treize films de fiction, neuf courts métrages et cinq œuvres dans le Pavillon immersif : comme à l’accoutumée, le panorama de la nouvelle production «made in/with Luxembourg» est un plat de résistance à lui seul. The Blood Countess (coproduction Amour Fou) et How to Divorce During the War (Red Lion) méritent leur tapis rouge : le premier sera projeté à la suite de la cérémonie de remise de prix et en présence d’Isabelle Huppert, la «comtesse sanglante» du titre, le second, fraîchement primé à Sundance, trouve le chemin de la compétition.
Parmi les autres longs métrages, cinéastes luxembourgeois (Lukas Grevis, Koxi, Nora Wagner) croisent auteurs internationaux bien connus au Grand-Duché (l’Iranien Massoud Bakhshi, le Tunisien Mehdi Hmili). Du côté de la réalité virtuelle, il faudra notamment garder un œil sur Radio Luxembourg, documentaire immersif signé Dominique Santana sur l’histoire et l’influence de l’ancêtre de RTL. Une expérience qui sera proposée exceptionnellement dans le bâtiment historique de la radio : la Villa Louvigny.
Cinémas du monde
S’il reste la vitrine privilégiée de la (co)production nationale, le LuxFilmFest a toujours eu le regard tourné vers le reste du monde. Regardant souvent du côté de l’Iran (encore cette année avec Cutting Through Rocks, en compétition documentaire, ou Divine Comedy, d’Ali Asgari), le festival élargit encore son horizon vers le Kenya (Memory of Princess Mumbi, un film afrofuturiste et féministe), l’Algérie (le conte horrifique Roqia) ou le Kirghizistan avec Kurak, un réquisitoire contre la violence faite aux femmes. À ce sujet, le LuxFilmFest, attentif à mesurer la parité hommes-femmes chez ses cinéastes, remarque qu’avec «les incertitudes géopolitiques», le cinéma mondial accuse «une baisse de 15 à 20 % de films réalisés par des femmes». Si elles restent si fortement représentées au sein du festival, «ce n’est pas parce que ce sont des femmes : c’est parce qu’on aime leurs films», assure Alexis Juncosa.