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Crans-Montana : les propriétaires du bar pris à partie


Le couple propriétaire du bar a dû se frayer un chemin au milieu d'une foule hostile. (Photo : afp)

Les patrons du bar qui a brûlé la nuit de la Saint-Sylvestre et provoqué la mort de 41 personnes ont été invectivés avant une audition à Sion.

Le couple de Français propriétaires du bar incendié dans la station de ski suisse de Crans-Montana a fait face jeudi à la colère des proches de deux victimes, en marge d’une nouvelle journée d’audition à Sion. «Vous avez tué mon grand frère salope, vous comprenez! Regardez-moi dans les yeux, vous avez tué mon frère, ne me touchez pas, vous avez tué mon frère», leur a lancé Tobyas, 14 ans, frère du jeune Trystan, décédé à 17 ans dans l’incendie survenu la nuit du Nouvel An dans le bar Le Constellation. Son t-shirt blanc affichait deux photos de Trystan avec ces mots : «Tu étais mon grand frère. Tu es mon grand frère. Tu seras mon grand frère».

Ce drame a fait 41 morts et 115 blessés la nuit du Nouvel An, principalement des adolescents et de jeunes adultes. Certains blessés gravement brûlés sont toujours dans le coma. L’enquête pour «homicide par négligence, lésions corporelles par négligence et incendie par négligence» vise les propriétaires du bar, Jacques et Jessica Moretti, ainsi que l’actuel responsable du service de sécurité de Crans-Montana et son prédécesseur, qui a quitté son poste en 2024. Jeudi, c’était au tour de Jessica Moretti d’être à nouveau interrogée. Ces auditions ne sont pas publiques, mais les proches des victimes peuvent y participer.

«Ni pardon, ni oubli»

Pendant l’audition, «Jacques Moretti a essayé de me demander pardon, je lui ai dit de détourner le regard et de regarder le sol, parce qu’on ne demande pas pardon pour des choses comme ça», a expliqué la mère de Trystan, Vinciane Stucky. Venu avec ses trois enfants encore en vie, Christian Pidoux, père de Trystan, a aussi fait parler sa colère, devant une foule de journalistes sous la pluie : : «Ni pardon, ni oubli, mon fils est mort, il a été brulé».

Lui aussi portait un t-shirt blanc avec une photo de son fils avec de grandes ailes d’ange : «C’est Trystan qui maintenant danse au paradis avec 40 autres jeunes. On fait ça pour qu’il n’y ait plus jamais ça. C’est notre but». Avant de rappeler l’horreur du drame : «Certains enfants ont fondu, ils n’ont plus de visage, plus de nez, plus de bouche, plus d’oreille». Gulcin Kaya, mère d’un jeune de 18 ans, qui est décédé dans l’incendie, a également crié sa colère aux Moretti : «Il est où mon fils, il est où?» «Aujourd’hui on exige la justice, on exige la vérité pour tous ces enfants qui sont décédés et ceux qui sont encore à l’hôpital, qui sont entre la vie et la mort», a asséné Samhare Saleh, jeune femme amie de la famille Pidoux.

Au total, une petite dizaine de proches de victimes était présente à Sion. Ils sont allés au-devant des Moretti à leur arrivée, pour les alpaguer. «On prendra nos responsabilités, on va assumer, on vous le promet, on est là pour la justice», leur a répondu Jacques Moretti, tandis que son épouse en larmes se frayait un chemin vers le bâtiment où se tiennent les auditions. Il avait été placé en détention provisoire le 9 janvier, puis libéré le 23 après le paiement d’une caution, et placé comme son épouse sous mesures de contrainte.

Une enquête trop lente

L’ambiance était très différente mercredi lorsqu’en marge de l’audition de Jacques Moretti, la mère de deux jeunes femmes blessées lors du drame, Leila Micheloud, a échangé en privé avec le couple, en présence des avocats qui ont salué la rencontre. «Il n’y a pas eu de pardon. (…) Je ne pardonne pas, je les ai écoutés et ça s’arrête à ça», a toutefois tenu à expliquer jeudi Leila Micheloud, dans une vidéo Facebook, expliquant que la rencontre s’était faite «de manière impromptue».

L’incendie a été provoqué selon l’enquête par les étincelles de bougies «fontaine» qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol de l’établissement. L’enquête doit lever le voile sur les circonstances exactes de l’incendie, le respect des normes de sécurité par les propriétaires et les responsabilités, la commune ayant déjà reconnu l’absence de contrôles incendie dans le bar depuis 2019 alors qu’ils doivent être effectués tous les ans. Les avocats des victimes estiment que l’enquête progresse trop lentement et demandent que les autorités politiques soient aussi visées par la procédure.

Selon le journal Le Temps, Mes Alain et Anne-Sophie Viscolo, qui représentent une victime grièvement blessée et ses parents, ont porté plainte fin janvier contre le président de Crans-Montana, Nicolas Féraud.

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