Franjo von Allmen s’est frayé un chemin parmi les monstres du ski jusqu’à devenir mercredi triple champion olympique à Bormio, où il a remporté la descente, le combiné par équipes et le super-G.
«Je ne réalise pas du tout ce que signifient ces trois médailles pour ma vie future», a affirmé mercredi le skieur de 24 ans après sa victoire lors du super-G. «Je suis curieux de voir ce qui m’attend mais je pense que ma vie reste la même.» Depuis tout petit, Franjo van Allmen carbure au ski plaisir sans penser aux médailles : né en 2001 à Boltigen dans l’Oberland bernois, il découvre vite les joies de la glisse en dévalant les pentes du Jaun.
«Notre mère nous apportait les skis à l’arrêt de bus après l’école, pour que nous ne perdions pas de temps», se souvient von Allmen dans une interview au site d’actualités suisse Watson. Déjà, Franjo brille sur les cours jeunes mais, avec ses potes, ils notent régulièrement les remises de prix pour continuer à skier.
Il grandit et progresse sans rêver des Jeux olympiques, un comble pour celui qui a rejoint mercredi les légendes Toni Sailer (1956) et Jean-Claude Killy (1968), les seuls hommes avant lui à avoir réalisé un triplé à skis sur une même édition des Jeux (chez les femmes, Janica Kostelic l’a réalisé en 2002).
«Pour moi, l’histoire du ski n’est pas très importante, balaye-t-il. C’est peut-être étrange à entendre mais pour l’instant, ça ne veut pas dire grand-chose pour moi.»
Contrairement à la plupart de ses coéquipiers, Franjo von Allmen progresse sans passer par les prestigieuses académies de ski. Lui suit pendant quatre ans une formation de charpentier, métier qui façonne encore plus sa silhouette imposante et qu’il continue parfois d’exercer l’été, entre deux séances de motocross, son autre passion.
«Ça m’a permis de ne pas me concentrer que sur le sport. J’ai dû travailler plus que les autres, ça m’a construit», a-t-il affirmé par le passé.
À 17 ans, son adolescence est marquée par le décès soudain de son père, qui a rencontré la famille en difficulté financière. Il poursuit sa carrière grâce à une campagne de financement participatif, avant d’intégrer l’équipe nationale.
Sous les couleurs helvètes, Franjo von Allmen impressionne : en 2022, il est triple vice-champion du monde juniors en descente, en super-G et en combiné (individuel). L’enfant de Boltigen devient une star dans le village : la boucherie nomme même une saucisse à son nom, la «Franjo’s Wurst».
Un gros ronfleur!
Le skieur suisse, qui vit en colocation avec son frère (la grand-mère vient faire le ménage tous les mercredis!), appréciait jusque-là que sa notoriété ne dépasse pas trop les frontières des commerces locaux.
Avant les Jeux, von Allmen restait dans l’ombre de son aîné Marco Odermatt, superstar en Suisse, ce qui lui convenait d’autant plus qu’il peine à comprendre et à répondre aux questions qu’on lui pose en anglais.
«Je ne suis pas vraiment envieux de Marco par rapport à toutes les sollicitations qu’il a. Moins j’en ai, mieux c’est», affirmait-t-il la semaine dernière, quand il n’avait pas encore débuté sa razzia. Personnalité sympathique, Franjo von Allmen s’est intégré avec facilité dans l’équipe dorée du ski suisse, où sa bonne humeur est appréciée de tous. Personne ne veut cependant partager sa chambre : il ronfle trop fort.
Il a signé son premier top 10 dès sa troisième course en Coupe du monde en décembre 2023, est monté pour la première fois sur le podium en janvier 2024 lors du super-G de Garmisch, avant sa première victoire un an plus tard lors du super-G de Wengen.
Son premier grand coup d’éclat est venu en mars 2025, quand il est devenu champion du monde de la descente à Saalbach, sans s’être imposé auparavant dans la discipline en Coupe du monde. «Il est encore jeune, ça va être un énorme cador en descente. Quand il aura un peu plus d’expérience, il sera très dur à aller chercher», anticipait alors Nils Allègre. Onze mois plus tard, le Français n’aurait pas pu viser plus juste.