L’enquête Quality of Work pointe des inégalités entre salariés résidents et frontaliers face au télétravail, avec un impact direct sur l’équilibre vie privée-vie professionnelle.
Dans l’édition 2025 de son étude Quality of Work menée avec l’université du Luxembourg, la Chambre des salariés (CSL) s’est intéressée plus particulièrement au volet télétravail, en décortiquant les profils des salariés qui en bénéficient le plus et ceux qui sont pénalisés.
Car, si le télétravail s’est stabilisé après la pandémie pour s’imposer désormais comme une pratique durable, «son accès reste très inégal selon les professions, les secteurs et surtout, le pays de résidence», constate la CSL.
«Le temps de trajet domicile-travail est très élevé pour les frontaliers, déjà frappés par des restrictions liées aux règles fiscales et de sécurité sociale qui limitent leur accès au télétravail. Cette inégalité augmente leur fatigue, réduit leur temps de récupération, dégrade la qualité de leur emploi, et pèse fortement sur l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée», dénonce l’organisation.
Le temps de déplacement a aussi été pris en compte dans le questionnaire cette année, car la CSL souligne qu’il mobilise à la fois du temps, de l’énergie et des ressources financières.
Ainsi, l’enquête révèle que les salariés du Grand-Duché passent en moyenne 7,4 heures par semaine sur la route du travail : 5h30 pour les résidents, et presque 10 heures pour les frontaliers.

Temps de trajet moyen hebdomadaire d’un salarié à temps plein au Luxembourg. (Source: QoW 2025, uni.lu)
La part de travailleurs ayant l’opportunité de supprimer régulièrement leur trajet en travaillant depuis la maison s’est stabilisée autour de 32 % en 2025, après un pic observé pendant la pandémie.
Les métiers de l’industrie et de l’artisanat, les ouvriers d’assemblage, conducteurs d’installations et machines, le personnel des services directs, du commerce, les métiers de la santé, de l’action sociale, et les professions élémentaires sont, de fait, peu concernés par le travail à distance.
À l’inverse, le secteur de l’information et de la communication (59 %), les activités financières et d’assurance (55 %) et les professions intellectuelles et scientifiques (54 %), télétravaillent massivement. Tout comme l’administration publique, la défense et l’enseignement (44 %), les activités techniques spécialisées et les services de soutien (40 %) et les dirigeants et cadres (36 %).
La CSL veut augmenter le seuil autorisé
Et selon le pays de résidence des travailleurs, un contraste apparaît nettement, dû à la fois à des barrières réglementaires (fiscalité, sécurité sociale), mais aussi au type de poste occupé, certains secteurs non concernés par le télétravail, comme le commerce, la restauration ou la santé, comptant de nombreux frontaliers.
La CSL note qu’un quart des résidents luxembourgeois sont en télétravail plusieurs fois par semaine, voire quotidiennement, alors que les frontaliers plafonnent entre 3 et 5 % depuis le pic de 2021 lié aux dérogations fiscales et sociales postcovid.

Salariés en télétravail plusieurs fois par semaine ou tous les jours, selon leur pays de résidence. (Source: QoW 2025, uni.lu)
Dans ce contexte, l’augmentation du nombre de jours de télétravail autorisés sans impact fiscal pour les travailleurs frontaliers «constitue un levier clé pour rapprocher leur situation de celle des salariés résidents, réduire les temps de déplacement et améliorer l’attractivité des emplois», plaide la CSL.
En face, le patronat s’est déjà dit favorable à l’introduction d’un seuil de 25 %, soit environ un jour par semaine, bien au-dessus des 34 jours actuels. Et côté sécurité sociale, une proposition de résolution européenne a récemment été adoptée en France en commission parlementaire pour autoriser jusqu’à 49,9 % d’activité en télétravail sans impact pour l’assuré. Au Parlement européen de trancher.