Ce n’est qu’un match de poules du tournoi féminin de hockey sur glace des JO-2026, mais le choc ce mardi entre le Canada et les États-Unis sent la poudre après une année de tensions politiques entre les deux pays.
Ces derniers mois, le hockey est apparu comme l’un des terrains d’expression privilégiés pour les frictions entre les deux voisins nord-américains, dont la relation est brouillée depuis que le président américain, Donald Trump, affiche ses vues sur le Canada. Dans la longue liste des matches emblématiques, l’ex-joueur canadien Rick Nash se souvient de la finale des JO-2010 de Vancouver.
«La nuit d’avant, je n’ai pas dormi», raconte l’ancien joueur, passé notamment par la franchise NHL des New York Rangers. Il se souvient que lorsque Sidney Crosby a inscrit le but décisif en prolongation, offrant au Canada la médaille d’or à domicile, la liesse a été immédiate.
«C’est comme si on nous avait enlevé un énorme poids des épaules», explique celui qui a participé au total avec l’équipe canadienne à trois JO et qui dirige aujourd’hui les Columbus Blue Jackets. Décrivant l’explosion dans les tribunes qui a accompagné au coup de sifflet final, il ajoute : à ce moment-là, «c’était la patinoire la plus bruyante où j’ai joué!».
Hymne hué
Depuis cet affrontement mémorable, aucun autre face-à-face n’a atteint ce degré d’intensité. En effet, le Canada a largement dominé les JO de Sotchi de 2014, et les joueurs de la NHL n’ont pas participé à ceux de 2018 et 2022, réduisant l’importance de l’épreuve. Cependant, en février dernier le Tournoi des Quatre Nations, qui a opposé les meilleurs joueurs du Canada, des États-Unis, de la Finlande et de la Suède, a de nouveau provoqué des étincelles.
Ce qui semblait au départ un tournoi sans grande importance a viré à l’affrontement politique à cause des attaques verbales de Donald Trump visant le Canada : les supporteurs canadiens avaient hué l’hymne national américain, et trois bagarres avaient éclaté sur la glace en seulement neuf secondes de jeu. «C’était un moment incroyable», glisse Rick Nash. «Je pense que cela a créé une dynamique parfaite avant les Jeux et que nous avons gagné de nombreux fans grâce à ce tournoi.»
Pour les JO de Milan-Cortina, les équipes canadiennes et américaines figurent parmi les grandes favorites pour une médaille, tant chez les hommes que chez les femmes. L’enjeu est grand, car les Canadiens continuent de voir leur pays comme la nation dominante du hockey, supportant mal les signes montrant que les Américains font désormais souvent jeu égal.
Tensions avec l’URSS
La rivalité entre les deux pays remonte en fait avant même les premiers Jeux d’hiver (1924). Au printemps 1920, la ville belge d’Anvers avait organisé un tournoi : le Canada avait battu la Tchécoslovaquie 15-0 et les États-Unis avaient écrasé la Suède 29-0. L’affrontement entre les voisins nord-américains avait ensuite attiré les foules.
«Tout le monde savait que ce serait le meilleur match de hockey jamais joué en Europe», raconte le chroniqueur sportif Eric Zweig, spécialiste de l’histoire du hockey. Le Canada l’avait finalement emporté 2-0. Mais ensuite et notamment pendant la guerre froide, l’intensité de cette rivalité s’est atténuée. L’adversaire majeur s’est avéré être l’Union soviétique. Avant qu’une nouvelle bascule s’opère à Salt Lake City, lors de la finale des Jeux en 2002, remportée par les joueurs à la feuille d’érable.
Mais pour Rick Nash, au final peu importe l’adversaire : «En tant que joueur, qu’on affronte la Norvège, la Lettonie, les États-Unis ou n’importe qui d’autre, je peux vous garantir que la seule chose à laquelle vous pensez, c’est la médaille d’or».