La Confédération générale de la fonction publique a décidé de suspendre temporairement la procédure de conciliation engagée contre le gouvernement, à la suite de signaux d’ouverture émanant de la coalition CSV-DP.
Une décision tactique, présentée comme un geste en faveur du dialogue social, mais qui s’accompagne d’un avertissement clair : la confédération n’entend pas renoncer à ses lignes rouges sur l’avenir du service public.
La procédure de conciliation avait été déclenchée le 27 octobre dans un contexte de tensions croissantes autour de deux projets structurants : la création de la Centrale nationale d’achat et de logistique (CNAL) et celle de l’Agence luxembourgeoise des médicaments et produits de santé (ALMPS).
Pour la CGFP, ces projets symbolisaient une inflexion politique majeure, marquée par une externalisation progressive de missions régaliennes vers des établissements publics soumis au droit privé. Une orientation jugée incompatible avec l’accord salarial de 2002 et avec le modèle luxembourgeois de service public.
Depuis lors, le gouvernement a fait savoir qu’il était disposé à ouvrir des discussions sur la gestion et la gouvernance futures des établissements publics concernés. La CGFP y voit un changement de ton de la majorité CSV-DP, qu’elle interprète comme une reconnaissance implicite des critiques formulées par le principal syndicat de la fonction publique. Sur cette base, la confédération a choisi de suspendre la conciliation afin de laisser place à des négociations politiques.
Un signal supplémentaire est venu de l’exécutif avec la décision de mettre provisoirement en attente le projet de loi créant l’Agence des médicaments et produits de santé. Cet engagement, formalisé par écrit, a conduit la CGFP à reporter la première réunion de la commission de conciliation. Pour le syndicat, il s’agit là d’un test de crédibilité du gouvernement et de sa capacité à renouer avec un dialogue social réel, et non purement procédural.
Remise en cause de la cogestion
Sur le fond, la CGFP ne varie pas. Elle maintient que les missions essentielles de l’État – en particulier dans le domaine de la santé – relèvent de la responsabilité directe des pouvoirs publics et ne peuvent être déléguées à des structures soumises à une logique de marché. Cette position s’appuie sur un avis de la Chambre des fonctionnaires et employés publics, mais aussi sur une lecture politique de l’accord salarial de 2002, qui consacre le statut de droit public du personnel des établissements publics.
La confédération souligne également que le recours à la conciliation n’était pas un choix idéologique, mais la conséquence d’un blocage du dialogue avec la ministre de la Santé, Martine Deprez, restée silencieuse durant plusieurs mois. Dans la doctrine syndicale, la conciliation est un instrument exceptionnel, destiné à corriger une défaillance du dialogue social lorsque celui-ci est court-circuité par des décisions unilatérales.
Lors de son assemblée générale d’automne, la CGFP avait dénoncé avec virulence la méthode du gouvernement, accusé d’avoir avancé sans concertation avec le seul syndicat représentatif au niveau national dans la fonction publique. Une stratégie perçue comme une remise en cause de la cogestion et de l’équilibre institutionnel entre exécutif et partenaires sociaux.
En suspendant la procédure, la CGFP affirme vouloir privilégier un dialogue «d’égal à égal». Mais elle prévient que cette suspension n’est ni un blanc-seing ni un renoncement. À défaut d’avancées concrètes, le syndicat se réserve la possibilité de relancer la conciliation et d’envisager d’autres formes de mobilisation. Le message politique est clair : l’apaisement dépend désormais de la capacité du gouvernement à transformer ses promesses d’ouverture en décisions structurelles.