Les Japonais se rendent dans les bureaux de vote sans entrain dimanche pour des élections législatives anticipées qui devraient consacrer le Parti libéral-démocrate de la Première ministre Sanae Takaichi, tenante de l’ultraconservatisme et d’une ligne dure sur l’immigration.
Les bureaux doivent fermer à 20 h, et les premières estimations sont attendues dans la foulée. À 14 h, le taux de participation était de 16,05 %, en recul de 3 points par rapport aux dernières élections législatives de 2024.
«Je pense qu’il est important de venir, afin que nous puissions aussi prendre part correctement à la vie politique», a expliqué, près d’un bureau de vote à Tokyo, une femme de 50 ans qui n’a donné que son nom de famille, Mme Kondo.
Pour ce scrutin, qui a débuté sous la neige dans la capitale et une grande partie du pays, Mme Takaichi, 64 ans, espère doper les scores du PLD (droite nationaliste) qu’elle dirige depuis l’automne.
Portée par un début de mandat en état de grâce, la dirigeante nationaliste, première femme à diriger le Japon, depuis octobre, a promis au cours d’un meeting samedi à Tokyo de rendre son pays «plus prospère et plus sûr».
Cette grande admiratrice de Margaret Thatcher s’est engagée à «pousser le bouton de la croissance». Quant à l’immigration, les critères «sont déjà devenus un peu plus stricts, afin que les terroristes, mais aussi les espions industriels, ne puissent pas entrer facilement», a-t-elle lancé.
Le 19 janvier, la Première ministre avait annoncé la dissolution de la chambre basse du Parlement, déclenchant une campagne-éclair historique de 16 jours.
Surfant sur une très bonne cote de popularité, elle en avait même fait une affaire personnelle, interpellant les électeurs : «Takaichi est-elle apte à être Première ministre ? J’ai voulu laisser le peuple souverain décider».
Un discours «facile à comprendre»
Son gouvernement bénéficie de taux d’opinions très favorables avoisinant les 70 %. Auprès des jeunes notamment, Mme Takaichi est même devenue un phénomène sur les réseaux sociaux.
Les observateurs estiment que le PLD pourrait dépasser les 233 sièges nécessaires pour retrouver la majorité absolue et que la coalition au pouvoir, composée du PLD et du Parti japonais pour l’Innovation (Ishin), pourrait même franchir la barre des 300 sièges sur les 465 en jeu.
Au-delà de sa personne, le sujet de cette campagne a surtout été le porte-monnaie des Japonais, alors que l’inflation reste supérieure à 2 % depuis près de trois ans.
«Avec la hausse des prix, ce qui compte le plus pour moi, c’est de savoir quelles politiques seront adoptées pour lutter contre l’inflation. Les prix de quasiment tout augmentent, mais (…) notre revenu disponible se réduit», a affirmé Chika Sakamoto, une Japonaise de 50 ans interrogée à la sortie d’un bureau de vote.
Les premières mesures économiques de Mme Takaichi, dont un plan de relance de 135 milliards de dollars, ont pourtant inquiété les investisseurs.
La cheffe du gouvernement a promis d’exempter les produits alimentaires de la taxe à la consommation de 8 % afin d’atténuer l’impact de l’inflation sur les ménages.
«Même si cela peut sembler une bonne chose à court terme, je suis très inquiet de savoir si de telles mesures sont réellement responsables pour les générations qui nous succéderont», a expliqué dimanche Taku Sakamoto, un Japonais de 49 ans.
Elle a aussi semé le trouble il y a une semaine en vantant les avantages d’un yen faible, alors même que son ministre des Finances a répété que Tokyo interviendrait pour soutenir la devise.
«Une victoire écrasante du PLD reviendrait à lui donner un mandat pour poursuivre ces politiques», a déclaré dimanche Hiroshi Shiratori, professeur de sciences politiques à l’université Hosei.
Le soutien de Trump
L’évolution des relations avec la Chine reste aussi un sujet de préoccupations.
À peine deux semaines après son arrivée au pouvoir, Sanae Takaichi avait laissé entendre que Tokyo pourrait intervenir militairement en cas d’attaque contre Taïwan, déclenchant une sérieuse crise diplomatique avec Pékin.
Enfin, vendredi, elle a bénéficié du soutien du président américain.
«Les résultats sont très importants pour l’avenir du pays. La Première ministre Takaichi a déjà prouvé qu’elle était une dirigeante solide, puissante et sage», a écrit Donald Trump sur Truth Social, ajoutant qu’il était «impatient» de la recevoir à la Maison Blanche le 19 mars.
Un soutien du puissant allié qui pourrait finir de convaincre les indécis.