Gianni, 23 ans, raconte les trois balles qu’il a reçues en 2023 pendant la fusillade sur un point de deal à Villerupt, dans le nord de la Lorraine, devant un accusé qui, en procès à Nancy, nie désormais être l’auteur des tirs.
Le 13 mai 2023 «était un jour comme un autre», relate la jeune victime, qui «jouait au foot devant le porche» de l’immeuble de la place centrale de Villerupt, où un tireur encagoulé a dégainé un pistolet-mitrailleur et tiré à une vingtaine de reprises, blessant cinq personnes dont trois gravement.
Tout s’est passé très vite dans cette commune de 10 000 habitants aux frontières belge et luxembourgeoise. «J’ai ressenti quelque chose comme si on me poussait dans le dos, puis j’ai vu un jet de sang sortir de mon thorax», témoigne-t-il devant la cour d’assises de Meurthe-et-Moselle. «Je me vois mourir. Je me dis +je suis mort+».
«Pour moi, il est venu pour tuer tout ce qu’il visait, il est venu pour tirer dans le tas, rafaler tout le monde», a-t-il déclaré.
Gianni a reçu trois balles, dont l’une à «deux centimètres du cœur», a eu des côtes cassées, le bras fracturé, mais aussi «du liquide dans le poumon». Quelques mois après, il a appris qu’il était atteint d’un «cancer du sang», confie-t-il, en larmes.
«Cauchemar»
Depuis ce jour, «je ne dors plus les nuits, j’ai peur de sortir (…) J’ai dû arrêter les études après un Bac+2 (…) Ma vie est un cauchemar», ajoute-t-il à la barre. «Il a détruit ma vie.»
Sabrina, 32 ans aujourd’hui, qui a reçu une balle dans la fesse et subi une fracture du bassin, raconte qu’elle a protégé son fils d’un an et demi près du porche, où se trouve aussi une aire de jeu. «Je me suis mise devant lui, sinon, vu sa taille, il se serait pris une balle dans la tête».
«Maintenant, je n’ai plus de vie (…) Je suis morte à l’intérieur», dit la jeune femme, qui a perdu son travail et son mari depuis les faits.
Erwan, 22 ans aujourd’hui, était étudiant. Il jouait au foot sur «la place» quand il a été touché. Victime d’un hémopneumothorax, il a vécu «la pire douleur de sa vie». Emu, il raconte comment il s’est réveillé du coma, sa famille auprès de lui, incapable de tenir un objet.
Aujourd’hui encore, «c’est impossible pour moi de prendre la douche à l’entraînement de foot», confie-t-il, en raison de sa grande cicatrice dans le dos. «Je cache ce qu’il m’est arrivé comme je peux».
Tous insistent pour se présenter comme des «victimes collatérales», qui n’ont rien à voir avec le trafic de stupéfiants.
«Je suis en guerre»
«Ca me fait beaucoup de peine, j’ai énormément de compassion (…) Je suis vraiment désolé mais ce n’est pas moi qui ai tiré», déclare l’accusé, Abdelkrim Bellot, 40 ans, qui comparaît depuis mardi pour «tentative d’assassinat».
Mercredi, la cour a visionné des images de vidéos tournées en direct sur TikTok par l’accusé en détention, dans lesquelles il revendiquait avoir tiré, disant par exemple «à ce moment-là, je suis en guerre» pour venger son frère, victime quelques jours avant d’une agression et d’une humiliation, filmée et diffusée sur les réseaux sociaux.
L’accusé avait reconnu être le tireur durant l’enquête, mais il conteste fermement l’être depuis le début de son procès.
Un message envoyé par l’accusé à Erwan après les faits a aussi été diffusé. Il y indiquait : «Je ne savais pas que tu traînais ici. Je ne te mêle pas aux autres qui ont fait le sal (sic) à mon frère (…) Je te demande pardon du fond du cœur à toi et à tous ceux que j’ai blessés (sic)».
«Au début, j’ai fait un mensonge généralisé», en mentant à tout le monde en endossant le rôle du tireur, a expliqué l’accusé.
Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité. Le verdict est attendu vendredi.