Jamais l’indice Quality of Work n’était descendu si bas : la CSL alerte sur la dégradation des conditions de travail au Luxembourg, directement liée aux pénuries de main-d’œuvre.
Depuis 2013, l’enquête Quality of Work, menée chaque année par la Chambre des salariés (CSL) et l’université du Luxembourg, permet d’évaluer la qualité des conditions de travail au Luxembourg, ainsi que le bien-être des salariés et agents publics, travailleurs frontaliers compris.
Un instrument essentiel pour la CSL, afin d’identifier des tendances sur le long terme et d’appuyer ses revendications sur des données scientifiques solides.
Ce mercredi, lors de la présentation de l’indice Quality of Work 2025, qui n’a jamais plongé aussi bas, la présidente Nora Back (OGBL) a appelé les responsables politiques et les représentants du patronat à «prendre conscience de l’impact de la pénurie de personnel sur les salariés en poste», bien obligés de compenser les places vacantes, et ce, tous secteurs confondus.
La pénurie alimente la pénurie
61 % des travailleurs déclarent que leur activité est impactée par le manque de personnel, depuis plus de 18 mois pour 42 % d’entre eux. Un quotidien de moins en moins supportable, surtout pour les professions de santé, du soin, ou de l’action sociale, frappées par une pénurie forte.
«Les conséquences sont claires : des surcharges de travail, un rythme accéléré, de la polyvalence forcée, et des heures supplémentaires. Ce qui alimente la spirale de la pénurie, car dans ces conditions, les gens n’ont plus envie de travailler.» Une analyse qui se reflète dans les chiffres, avec 38 % des salariés exposés à une forte pénurie qui envisagent un départ.
Un malaise qui s’accentue
«L’UEL pense que tout va pour le mieux, or on voit bien que non. Les patrons pointent du doigt l’absentéisme des travailleurs et le nombre d’arrêts maladie, mais il faut voir les conditions de travail actuelles!»
Avec un score global établi à 53,4 sur 100, l’indice Quality of Work atteint son plus bas niveau depuis 2013, signifiant l’ampleur du malaise ressenti au travail par les salariés.

L’indice plonge à 53,4, sous le niveau de la période covid. (Source: csl/uni.lu)
Avec des disparités selon les groupes : ainsi, les dirigeants et cadres (57,8) sont ceux qui s’en tirent le mieux, comme la branche de l’information-communication (56,1).
Le commerce, l’Horeca et le transport montrent des signes de difficulté (50,1), tandis que les conducteurs de machine et les ouvriers d’assemblage (46) sont les plus en souffrance.
Le télétravail contribue au bien-être
«On observe aussi que les salariés en télétravail affichent un score bien plus haut que ceux sur site, et que les parents isolés et les frontaliers français obtiennent des scores nettement inférieurs à la moyenne», explique David Büchel, psychologue du travail et conseiller de direction à la CSL.
Du côté des ressources censées motiver et protéger les travailleurs, comme la participation aux décisions, la sécurité de l’emploi ou les opportunités de formation, là aussi, c’est la dégringolade.
«Depuis 2017, les salariés sont de plus en plus nombreux à craindre de perdre leur travail avec l’automatisation et les progrès technologiques. Les jeunes, les frontaliers, les personnes avec une qualification intermédiaire et celles employées dans les secteurs technologiques sont les plus concernées.»

David Büchel souligne que 36 % des salariés ont un risque moyen à élevé de burn-out. (Photo: julien garroy)
Le risque de burn-out explose
Selon l’enquête, la charge mentale des salariés, le travail dans l’urgence ou encore le mobbing restent stables. Au contraire, la charge physique et les difficultés à changer d’emploi augmentent, l’équilibre vie professionnelle/vie privée est de plus en plus compliqué à trouver, et les exigences émotionnelles dans le secteur de la santé ou du social se renforcent.
Le tableau de la santé mentale s’assombrit lui aussi en 2025. Le nombre de personnes risquant de subir un burn-out explose, passant de 25 % à 36 % en un an, un chiffre en hausse continue depuis 2013. Quelque 15 % des salariés présentent un risque élevé de dépression, une part qui a plus que doublé en dix ans. Et près de 7 % confient avoir des idées suicidaires (le triple par rapport à 2014).
«Les groupes les plus exposés sont les femmes, les jeunes adultes de 25 à 34 ans, les métiers à forte exigence physique ou avec beaucoup d’interactions directes, sans oublier les secteurs sous tension comme le commerce, le transport ou l’Horeca», poursuit David Büchel.
Des inégalités face à la formation
Autre enseignement de l’enquête, les salariés ont de plus en plus de difficultés à suivre une formation continue, d’où un focus particulier sur cette composante, voulu par la CSL.
«On constate que les cadres, les professions intellectuelles et les jeunes salariés participent davantage à des cours, et que les personnes exerçant un métier physique ou de service, comme le nettoyage, la restauration, le commerce ou la construction, en ont moins l’opportunité.»
Car, pour faciliter l’accès à la formation, plusieurs facteurs sont déterminants. À commencer par le temps disponible. Or, 49 % des salariés déclarent en manquer, en particulier ceux qui travaillent en horaires décalés, dans des hôpitaux, dans la finance, l’IT, les hôtels/restaurants ou le fret.
Le manque de soutien de l’employeur ou l’absence de financement sont fréquemment cités aussi comme des freins, alors que la motivation est là. Développer ses compétences, avancer dans son métier, rester employable : voilà les priorités qui poussent les salariés à se former.
Avec la Ligue luxembourgeoise d’hygiène mentale, la CSL propose des consultations individuelles gratuites et confidentielles (jusqu’à cinq séances) aux salariés en situation de stress au travail, ainsi qu’un appui aux délégués du personnel.Une aide gratuite pour salariés en détresse