L’annonce d’un audit ciblant la gouvernance de l’université redonne espoir aux témoins et victimes d’abus, qui restent attentifs aux conditions dans lesquelles il sera conduit.
«Nos efforts commencent à porter leurs fruits. Peut-être qu’à l’avenir, ces pratiques n’auront plus lieu», soupire ce professeur de l’université du Luxembourg, qui dénonçait harcèlement et abus de pouvoir aux côtés d’une quinzaine d’autres personnes – enseignants, employés administratifs et étudiants – dans notre enquête publiée en novembre.
Après le revirement-surprise de la ministre lundi (lire ci-dessous) et l’annonce d’un audit externe au plus haut niveau de l’université, il veut croire à l’opportunité d’améliorer enfin le climat de travail au sein de l’institution, ajoutant que ces derniers mois, «une dynamique s’est créée».
«La parution de ces témoignages dans la presse a permis aux personnes harcelées et isolées, qui pensaient être seules dans ce cas, de prendre conscience qu’il s’agit d’un problème généralisé. Les gens s’ouvrent désormais à des collègues d’autres facs, concernés eux aussi.»
En interne, c’est la «chasse aux sorcières»
Un premier pas vers la libération de la parole qui accentue la pression en interne ces dernières semaines, tantôt dans le but d’identifier les membres de la communauté ayant échangé avec des journalistes, tantôt pour contrer les atteintes à la réputation de l’établissement.
«On assiste à une chasse aux sorcières de la part du recteur et des doyens. La question de savoir qui fait fuiter des informations a clairement été posée lors d’une réunion à laquelle j’ai assisté.»
Même sentiment pour cet autre professeur : «Les gens qui ont osé prendre la parole sont stigmatisés par le rectorat et pointés du doigt comme des mauvaises personnes qui attaquent notre communauté.»
«Pour le recteur et les doyens, les coupables sont ceux qui témoignent, pas eux. Et ce malgré les dossiers qui documentent leurs agissements», déplore son collègue.
Une lettre de soutien qui interroge
En parallèle, selon nos informations, des soutiens du rectorat auraient tenté, à quatre reprises, de faire signer aux professeurs, étudiants et employés, une prise de position officielle pour défendre l’université face aux faits accablants rapportés.
Jusqu’ici, seul un tiers des professeurs aurait accepté d’inscrire son nom au bas de ce document, que nous avons pu consulter et qui devrait être rendu public ces prochains jours. Parmi eux, bon nombre aurait cédé face à l’insistance de leurs supérieurs ou de pairs.

La position du recteur Jens Kreisel, qui rejette toute critique, est de moins en moins tenable. (Photo : alain rischard)
Un enseignant indique également que «certains doctorants ont subi des pressions de la part de leur directeur de thèse pour signer cette déclaration».
«L’une des versions, soumise par mail un vendredi après-midi, exigeait une réponse avant le lundi midi, en précisant que tout silence serait considéré comme un consentement tacite.»
«La ministre n’est pas à la hauteur»
Dans le même temps, Stéphanie Obertin continuait de défendre publiquement le recteur Jens Kreisel. Une attitude très critiquée : «La ministre n’est pas à la hauteur. Elle aurait dû suspendre les mis en cause et lancer un audit dès le départ», reprend le professeur.
Un autre condamne à son tour le manque de réaction de la ministre : «Elle a elle-même intérêt à éviter le scandale, compte tenu de son rôle de supervision. Il aurait fallu prendre des mesures préventives, en réformant la gouvernance, plutôt que d’adopter une stratégie d’évitement.»
«La ministre a perdu en crédibilité en soutenant le recteur malgré les faits documentés.»
Beaucoup d’attentes
L’annonce d’un audit externe ciblant la gouvernance suscite des réactions mitigées au sein de la communauté universitaire. Si certains veulent croire à une amélioration des conditions de travail et d’études, d’autres se montrent résignés.
«Il faut espérer que cette mission sera confiée à des académiques de premier plan, qui puissent parler à tout le monde, et pas seulement à des interlocuteurs choisis par l’université», souligne un professeur.
Un autre reste sceptique : «Je n’ai absolument pas confiance, alors que le rectorat, le président du conseil d’administration et le commissaire du gouvernement sont étroitement liés. Ce dernier pourrait orienter la portée et l’efficacité des mesures prises à l’issue de l’enquête.»
«Pour moi, la gouvernance doit démissionner et laisser place à une équipe en intérim, totalement indépendante, y compris du ministère.»
«Ma parole a été sanctionnée»
D’anciens employés, licenciés abusivement, souhaitent vivement participer aux entretiens qui seront menés. À l’image de cette ex-employée de la faculté des sciences, des technologies et de médecine : «La crédibilité de l’audit dépendra de son indépendance réelle et de sa capacité à entendre les personnes concernées, y compris les anciens collaborateurs, tout en les protégeant.»
«Il sera essentiel de se pencher sur le parcours de ceux qui ont été mis à la porte après avoir signalé des faits graves. Dans mon cas, la parole n’a pas été libérée, mais sanctionnée.»
Alors que la ministre Stéphanie Obertin soutenait encore le recteur face aux parlementaires le 27 janvier, défendant un audit commandé par l’université elle-même et sur le service RH uniquement, elle a subitement changé d’avis lundi, sans plus d’explication.
«La pression semble s’être accentuée», observe la députée Françoise Kemp (CSV), jointe par téléphone, qui précise que la ministre n’a pas donné plus de détails lorsque sa collègue Joëlle Welfring (déi gréng) l’a interrogée mardi en commission.
Pour Liz Braz (LSAP), «cela montre surtout que des questions fondamentales restent sans réponse». La députée estime que les critiques récurrentes doivent être «examinées sérieusement» et que cet audit ne pourra se limiter à un simple exercice technique : «Il faudra aborder le leadership, les responsabilités et les déséquilibres structurels afin de rétablir la confiance.»