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[Cinéma] La tournée d’autopromotion de Melania Trump


Amazon aurait investi près de 40 millions de dollars dans le projet, dont plus de 70% reviendraient à Melania Trump. (Photo : amazon mgm)

Le documentaire d’Amazon Melania est arrivé en salles aux États-Unis, avec son lot de controverses. Ce qui ne l’a pas empêché de s’imposer comme le succès-surprise du week-end.

Dans le documentaire Melania, les spectateurs «vont voir ma vie en 20 jours, ce dont je dois m’occuper et je pense que ça leur plaira», a assuré la première dame américaine jeudi soir, en marge de l’avant-première du film au Kennedy Center, haut lieu culturel de Washington, récemment rebaptisé Trump-Kennedy Center. Sorti vendredi aux États-Unis, le film a fait son entrée à la troisième place du box-office du week-end, avec 7 millions de dollars de recettes, un résultat supérieur aux prévisions. «Même si ce démarrage est excellent pour un documentaire, pour tout autre film avec un budget de 75 millions de dollars et un potentiel limité à l’étranger, ce serait un problème», a déclaré l’analyste David Gross du cabinet Franchise Entertainment Research. «Mais il s’agit d’un investissement politique, et non d’une entreprise cinématographique à but lucratif», a-t-il ajouté. «Soixante-quinze millions de dollars, ce n’est rien pour Amazon.»

La sortie du film s’inscrit dans le contexte d’un net rapprochement entre Jeff Bezos et Donald Trump depuis plusieurs mois. Le fondateur d’Amazon a notamment bénéficié d’un siège au premier rang lors de la cérémonie d’investiture du 20 janvier 2025 au Capitole. Selon les médias américains, le groupe aurait investi jusqu’à près de 40 millions de dollars dans le projet, dont plus de 70% reviendraient à Melania Trump. Amazon consacrerait en outre près de 35 millions de dollars à la promotion du documentaire, selon le média Puck. Interrogé à ce sujet, Donald Trump a répondu que contrairement à d’autres productions, «Melania a réellement produit (le film), elle a accompli quelque chose de formidable». «Elle est très influente, quelqu’un sur qui je peux compter», a-t-il ajouté.

Et si, sur les réseaux sociaux, le documentaire et la publicité qui l’entoure ont été tournés en ridicule, certains internautes publiant des captures d’écran de sites de salles de cinéma américaines n’affichant aucun ticket acheté, des spectateurs curieux et en bonne part déjà conquis avaient assisté vendredi aux premières séances du film en salles. «J’étais simplement très intriguée de voir les coulisses», a expliqué Savannah Harrison en sortant d’une salle obscure de Washington, où peu de spectateurs s’étaient pressés en cet après-midi d’hiver. «Contrairement à ce que nous voyons chaque jour avec le président Trump, c’est simplement un autre aspect qui les rend un tout petit peu plus humains», ajoute celle qui avait une bonne image de la première dame avant même d’avoir vu le film. En Floride, Jannet Iglesias débordait d’enthousiasme en découvrant le documentaire dans un cinéma de Miami, le qualifiant d’«incroyable». «Je vais y retourner une deuxième fois. Je pense que j’irais avec mon mari. Ce film véhicule tellement de messages importants», affirme-t-elle.

«Très glamour»

Les premières images du film, dévoilées en décembre, montraient la première dame adresser un «c’est reparti pour un tour» directement à la caméra quelques instants avant la seconde prestation de serment de son mari. Pendant 1 h 44, le documentaire suit la première dame entre la résidence de Mar-a-Lago, en Floride, et la Maison-Blanche, en passant par la Trump Tower à New York : l’ancienne mannequin de 55 ans enchaîne les rendez-vous avec ses stylistes pour préparer les tenues qu’elle portera le jour de l’investiture ou décider de la décoration dans le palais présidentiel. Aucune révélation fracassante, sinon que l’on apprend que Melania Trump a été beaucoup affectée par la mort de sa mère et que son chanteur préféré est Michael Jackson. Des invités-surprise apparaissent à l’écran, comme la première dame française, Brigitte Macron, avec qui Melania Trump s’entretient par visioconférence.

Lors de l’avant-première, le président américain a salué un film «très bon, très glamour». Sur le tapis de couleur noire, correspondant à l’esthétique noire et blanche du film, plusieurs membres de l’administration Trump étaient au rendez-vous, comme le ministre de la Défense, Pete Hegseth, l’émissaire diplomatique Steve Witkoff ou encore le ministre de la Santé, Robert Kennedy Jr. Le président républicain de la Chambre des représentants, Mike Johnson, avait également fait le déplacement. Il a dit espéré que le documentaire permette aux «Américains et au reste du monde de découvrir plus la première dame», restée plutôt discrète depuis janvier 2025, «telle que nous la connaissons personnellement».

Noms retirés du générique

Les médias américains se sont montrés moins dithyrambiques. Pour The Atlantic, le film est une «honte», tandis que la revue spécialisée Variety juge qu’il s’agit d’un «publireportage». Plusieurs médias évoquent encore des sièges vides dans les cinémas américains. Les professionnels, eux, anticipent des recettes limitées en salles. Melania, le documentaire le plus cher à être sorti au cinéma, a été distribué dans 2 000 salles aux États-Unis et quelque 5 000 salles à l’échelle mondiale, le film devant sortir dans une vingtaine de pays. À titre de comparaison, Michael Jackson’s This Is It, le documentaire le plus rentable de tous les temps, sorti en 2009, a coûté 60 millions de dollars et a battu des records au box-office ainsi qu’en termes de préventes et de fréquentation en salles.

Le film a encore été vivement critiqué pour le choix du réalisateur, Brett Ratner, ancienne gloire déchue d’Hollywood accusée en 2017 de violences sexuelles par les actrices Natasha Henstridge et Olivia Munn, ainsi que quatre autres femmes. Environ 80 membres de l’équipe du film ont par ailleurs demandé le retrait de leur nom du générique de fin. Pour son premier documentaire, le réalisateur de la trilogie Rush Hour (1998-2007) a déclaré le week-end dernier à la revue spécialisée The Hollywood Reporter que Melania a été «le film le plus dur que j’aie jamais fait». Le magazine rapporte encore qu’en novembre 2025, trois mois après le rachat de Paramount par le producteur David Ellison, proche du président américain, Ratner et la major américaine ont signé un contrat pour relancer la franchise Rush Hour avec un quatrième volet attendu de longue date, mais compromis à la suite des accusations auxquelles avait fait face le réalisateur.

Melania, de Brett Ratner.

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