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Tête FD page 14 – Ski, hommages et plaies ouvertes un mois après l’incendie


Une marche silencieuse a été organisée en mémoire des victimes de l'incendie meurtrier. (Photo : afp)

CRANS-MONTANA «Impossible de rester de marbre» : l’incendie d’un bar la nuit du Nouvel An, qui a coûté la vie à 41 personnes et fait 115 blessés, hantait encore les esprits dimanche dans la station suisse un mois après le drame.

Ce week-end, la station cossue des alpes valaisannes accueillait la dernière étape de Coupe du monde de ski avant les JO d’hiver. Prestigieux, l’évènement aurait dû être synonyme de festivités autour des courses et des champions nationaux : l’ogre Marco Odermatt ou la Valaisanne Malorie Blanc, vainqueure du Super G de samedi.Mais sur les lieux de la compétition, l’habituel élan festif a fait place à la sobriété et aux hommages un mois après l’incendie du bar Le Constellation, qui a principalement frappé des adolescents et de jeunes adultes, dont des dizaines de Suisses, d’Italiens et de Français.Le ministère public du Valais est venu un peu plus plomber les esprits dimanche à la mi-journée, en annonçant le décès à l’hôpital d’une 41e victime du drame, un Suisse de 18 ans, alors que l’épreuve de descente hommes prenait fin.

«C’est vraiment horrible, c’est un cauchemar», a confié en marge de la course Shannon Bugnon, employée de commerce de 28 ans venue du canton de Vaud, d’où sont originaires plusieurs victimes. «Mais revenir ici aujourd’hui (…) ça montre aussi qu’il reste quand même de la vie. Et puis qu’on peut leur montrer aussi et leur témoigner tout le courage qu’on peut à toutes les victimes et les proches», a-t-elle poursuivi.

Sur la zone d’arrivée, les habituelles bannières publicitaires ont été remplacées par un message en noir sur blanc : «Nos pensées sont avec vous», en quatre langues (italien, français, allemand et anglais). Un «joli geste» à l’initiative des sponsors, selon l’organisateur et ex-champion Didier Défago.

Les mots d’Odermatt

Thibault Schoenardt, 33 ans, venu soutenir l’idole nationale Marco Odermatt, estimait, lui, que «le sport donne aussi un petit peu de baume au cœur pour les gens». «C’est génial d’avoir maintenu la compétition (…) Les gens sont là aussi pour penser à ces gens qui sont touchés par ce drame.»

Marco Odermatt a lui-même évoqué dimanche la «triste tragédie» face aux médias. Il a terminé au pied du podium, laissant la victoire à son compatriote Franjo von Allmen. Mais l’essentiel était ailleurs. «Je pense que c’était bien de courir ici et de rendre des émotions au public. C’est d’ailleurs le but de ce sport : faire partager des émotions», a-t-il souligné.

«Notre quotidien, il est toujours marqué par cette tragédie, mais (…) on va de l’avant. On a tous envie de regarder en avant», estimait de son côté Bruno Huggler, le directeur de l’office de tourisme de Crans-Montana.

«Faisons de cette manifestation sportive un espace de respect, de lien et de profonde humanité», avait auparavant exhorté un message sonore diffusé dans la zone d’arrivée.

«La vie dehors continue, elle va vite, parfois trop vite, alors que le cœur, lui, demande à ralentir, afin de (…) faire face à toutes les émotions. Nous ne vous oublions pas», a appuyé ce message enregistré dans le silence recueilli de quelque 6 000 spectateurs.

Dans le centre-ville de la station située à 1 500 m d’altitude avec vue imprenable sur les Alpes suisses, l’espace de célébration habituellement installé sur la place d’Ycoor n’a pas été mis en place.

Ces derniers jours, plusieurs équipes de skieurs et skieuses sont venues se recueillir à proximité du bar ravagé par les flammes. De nombreux bouquets et bougies étaient visibles dimanche sur l’escalier de l’établissement et sur un autel improvisé.

«On se dit que ça aurait très bien pu être nous, à quelques années près», témoigne Odile Angeloz, secrétaire municipale de 40 ans. «Je crois que c’est impossible de rester de marbre face à un tel drame.»

L’incendie a été provoqué selon l’enquête par les étincelles de bougies «fontaine» qui ont enflammé une mousse insonorisante au plafond du sous-sol de l’établissement.

L’enquête devra lever le voile sur les circonstances exactes du sinistre, le respect des normes par les propriétaires et les différentes responsabilités, notamment la commune qui n’avait pas contrôlé le bar depuis 2019.

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