OPEN D’AUSTRALIE L’Espagnol, devenu dimanche à Melbourne le plus jeune joueur de l’histoire du tennis à gagner les quatre tournois du Grand Chelem, est un champion assoiffé de titres sur le court et de liberté en dehors.
«J’ai envie de devenir le plus grand de l’histoire mais le plus important, c’est de m’amuser», résume Carlos Alcaraz dans le documentaire Netflix qui lui est consacré, allant jusqu’à avouer avec une franchise désarmante : «Je vais à Ibiza pour me mettre des mines.»
«On dit que j’aime beaucoup faire la fête… On en a beaucoup parlé, cela a fait beaucoup de bruit. Oui, j’aime m’amuser! Qui n’aime pas s’amuser ? Chacun profite à sa manière et moi, personnellement, j’aime sortir, parce que j’ai 22 ans, et qui ne s’est pas amusé à 22 ans?», se défendait-il encore en septembre 2025, juste après son deuxième sacre à l’US Open, célébré au champagne.
Autre témoignage de sa liberté absolue, le prodige d’El Palmar s’est séparé en décembre de son entraîneur de toujours Juan Carlos Ferrero, l’ex-n° 1 mondial avec qui il avait décroché ses six premiers titres en Grand Chelem et réalisé en 2025 la meilleure année de sa carrière. «On a refermé ce chapitre d’un commun accord», assure Alcaraz à Melbourne alors que Ferrero avait laissé entendre qu’il aurait bien poursuivi l’aventure.
Plus jeune n° 1 de l’histoire à 19 ans, après son premier titre à New York, en 2022, Alcaraz régale les publics du monde entier avec ses accélérations foudroyantes en coup droit, ses amorties sorties de nulle part et ses «Vamos» qu’il hurle parfois en fin d’échange, à l’image de son illustre compatriote Rafael Nadal.
L’inévitable comparaison avec Nadal
L’humilité d’Alcaraz est un autre point commun frappant avec l’homme aux 22 titres du Grand Chelem, auquel le désormais septuple vainqueur de Majeurs n’a cessé d’être comparé depuis le début de sa carrière. Sa première victoire à Wimbledon en 2023 contre le maître des lieux Novak Djokovic atteste de ses facultés d’apprentissage sur un gazon qu’il découvrait encore.
L’Espagnol a entretemps triomphé deux fois sur la dernière surface qui lui résistait en Grand Chelem, la terre battue de Roland-Garros, propice à toutes les fantaisies de son jeu à risques. C’est aussi sur l’ocre qu’il a écrit en juin dernier la plus belle page de sa rivalité avec Jannik Sinner, lors d’une finale légendaire de 5 h 29 où il a sauvé trois balles de match pour terrasser l’Italien de 24 ans.
Alcaraz «me pousse à explorer mes limites», reconnaît Sinner, l’autre ogre du circuit qui avait rapidement pris sa revanche en battant l’Espagnol en finale de Wimbledon mi-juillet. Pour Alcaraz, cette «rivalité est très belle» et «sans la comparer à celles de légendes comme Borg-McEnroe, « Rafa »-Roger (Federer), ou (Novak) Djokovic (…) les gens sont impatients à chaque fois».
Pour rivaliser dans la durée avec Sinner, l’Espagnol a dû travailler sur la constance, lui qui connaissait jusqu’à récemment de brusques baisses de régime. À tel point qu’avant même leur rupture, Juan Carlos Ferrero en était arrivé à «douter qu’il puisse réellement devenir le meilleur joueur de l’histoire». À Melbourne, Alcaraz a en tout cas prouvé qu’il pouvait triompher sans lui.