La 33e édition du Festival international du film fantastique de Gérardmer a sacré le film de la réalisatrice autrichienne Johanna Moder, Mother’s baby.
Logée au creux des Vosges, la petite ville de Gérardmer a accueilli pour la 33e fois son festival du film fantastique. Parti d’une petite manifestation, reprenant en 1994 le flambeau d’Avoriaz dans les Alpes, l’événement a gagné en ampleur au fil des années pour s’imposer à l’international comme une date clé, tant pour les amateurs de films de genre que pour toute l’industrie. Invité cette année pour une rétrospective de son œuvre, le réalisateur indonésien Joko Anwar a par exemple rappelé l’importance qu’a eue le festival dans sa carrière. «Quand l’un de mes films a été sélectionné pour la première fois à Gérardmer, j’ai pu trouver un distributeur en Indonésie. Et depuis j’ai fait dix autres films !»
Cette année, neuf longs-métrages se sont affrontés en compétition pour tenter de séduire le jury présidé par l’actrice Alice Taglioni. Et après trois jours de compétition, c’est finalement Mother’s baby qui est reparti avec le Grand Prix du festival. Ce film de la réalisatrice autrichienne Johanna Moder raconte le combat d’une mère qui, après un accouchement compliqué où elle a dû être séparée de son bébé quelques heures, est persuadée qu’on lui a rendu un autre enfant. Une manière pour la réalisatrice d’aborder, dans un film très intimiste, les difficultés de certaines mères à se remettre psychologiquement d’un accouchement et à accepter leur nouveau rôle.
Un prix du jury ex-aequo
Autre récompense convoitée, le Prix du jury a été attribué ex-aequo à The weed eaters, film néo-zélandais de Callum Devlin, et à Cadet du réalisateur kazakh Adilkhan Yerzhanov. Si le premier assume son statut de film de série B avec son histoire de junkies transformés en cannibales après avoir fumé l’herbe d’un fermier solitaire, le second se veut bien plus austère. Racontant l’arrivée d’un jeune garçon dans une académie militaire où sa mère doit enseigner, Cadet utilise les codes de film de possession pour mettre le Kazakhstan face à son histoire et aux tourments, encore bien présents, de la période soviétique. Le film a également reçu avec le Prix de la critique.
Au moyen de jetons distribués lors des projections des films en compétition, le public a aussi pu voter. Cette année, c’est Redux redux de Kevin et Matthew McManus qui a remporté les faveurs des festivaliers. Lorgnant du côté de Terminator et des débuts de James Cameron, les deux frères, originaires des Etats-Unis, signent un film d’action SF efficace et rythmé qui suit le parcours d’une mère bien décidée à tuer l’assassin de sa fille dans toutes les dimensions possibles, en voyageant d’un univers parallèle à l’autre. Enfin, le Prix du jury jeunes de la région Lorraine, composé de douze lycéens, est revenu au film mexicain Don’t leave the kids alone d’Emilio Portes. Laissés seuls par leur mère le temps d’une soirée, deux jeunes garçons de 7 et 10 ans, Emi et Mati, vont se retrouver confrontés à une entité maléfique prête à tout pour les séparer. Si le film aligne sans grande originalité tous les poncifs du genre, le jeu des deux jeunes acteurs a sans nul doute convaincu les lycéens.
Le festival a été, comme à chaque édition, l’occasion de mettre en lumière de nouveaux talents avec une compétition de courts-métrages. Les cinq membres du jury dédié ont choisi d’honorer cette année Exsanguina de Jonas Brisé. Dans celui-ci, une jeune femme de 22 ans est invitée à Paris pour rencontrer son influenceuse préférée, Isïa. Caméra à la main, elle filme chaque instant de ce week-end dans le but d’en faire son premier vlog. Mais derrière les paillettes et les stories Instagram se cache une réalité bien plus glaçante et ce qui devait être la rencontre avec son idole se transforme peu à peu en une descente aux enfers.